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Publié le 17/05/2021 - Par François-Charles Rebeix

Edito 100% web #10 : Evolution de la fonction Achats, les études se succèdent et se ressemblent…

Avec l’ouverture des commerces non essentiels et des terrasses (19 mai), de la fin du télétravail obligatoire (9 juin), de la fin du couvre-feu (30 juin), les entreprises s’interrogent toutes sur cette chronique annoncée du retour à la normal. Le monde d’après ressemblera-t-il au monde d’avant ? Pour les achats, à en croire les études qui se succèdent, la réponse est (presque) sans nuance, non. Les acheteurs data analyst vont envahir tous nos écrans…

Hyper tendance, les achats !

Après les études PwC et Deloitte sur les évolutions possibles-probables des Achats (voir Edito 100% web #9),voici cette fois deux autres contributions : l’une, un court article du cabinet de conseil EY intitulé « Les tendances clés pour les Achats et au-delà » (à télécharger et lire ici), l’autre, un livre blanc co-produit par MichaëlPage, conseil en recrutement, et le CNA sous le titre «Observatoire de la Fonction Achats, captal humain & enjeux de transformation » (à télécharger et lire ici). Bien qu’il distingue dix tendances, le cabinet EY résume lui-même sa position en trois points : la contribution des Achats à la stratégie de l’entreprise est déterminante, la transformation digitale en cours (générale) va fortement impacter la fonction (gestion des données, blockchain, automatisation), les Achats sont au cœur de la stratégie durable. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas follement original. Comme ses confrères, le cabinet dit où il faut aller mais pas comment… Entendre et lire toujours que les Achats en ce moment « affrontent des défis majeurs » et donc de facto vivent (ou vont vivre) une forte évolution ressemble à ce que nous entendons depuis longtemps. Mettons-nous à la place des Achats : c’est un peu décourageant.

Moins égale plus

Des profils capés, diversifiés, des formations high level, des parcours enrichis, des systèmes d’information hyper connectés, des organisations renouvelées de fond en comble (d’un nouveau responsable à l’autre), nous avons pléthore de témoignages. Aujourd’hui un nouveau changement arrive sous-tendu par des outils dont on nous dit qu’ils vont automatiser les tâches subalternes. Donc en résumé, ce que l’on fait depuis, allez, vingt ans, c’est du travail manuel ou quasiment. Demain, les machines feront l’essentiel, il y aura moins d’acheteurs qui travailleront mieux. A se demander pourquoi cela n’a pas été fait plus tôt ou plus fort. Les outils existent, il y a des schémas d’organisation validés, des retours d’expérience… L’urgence de la transition écologique ne date pas d’hier. Ne nous plaignons pas : la prise de conscience est désormais bien réelle. Les mêmes qui nous expliquent de nous n’avons pas encore tout entrepris verront-ils mieux demain dans le marc des données qu’ils accumuleront la prochaine crise des approvisionnements ? Comme celle aujourd’hui des semiconducteurs que beaucoup n’ont pas vu venir ? Les décideurs se montreront-ils maintenant plus audacieux ? Si cela se vérifie, la crise aura eu cela de bon.

Délocalisation des cols blancs

Dans la profession de foi d’EY, une autre petite phrase résonne drôlement : « Les Achats seront une fonction plus ramassée […] recourant autant que de besoin à des expertises pointues externes sur un mode ad hoc « à la demande ». Dernier coup porté ou avertissement sans frais : demain, les entreprises n’auront pas besoin de tout le monde tout le temps. Le freelancing a de très beaux jours devant lui. Le télétravail désormais tant vanté sera peut-être la prochaine révolution culturelle : tout le monde à la campagne et à temps (très) partiel, Un nouveau phénomène de délocalisation appliqué cette fois aux cols blancs. Si celui-ci s’enclenche à grande échelle et avec autant de nuances que ce qui s’est fait dans l’industrie voire les services, cela promet. Lire en tout cas d’ici là l’article co-écrit par Olivier Lluansi (PwC) et Jean-Philippe Collin, expert Achats reconnu s’il en est, sur la délocalisation à venir de la matière grise (Les Echos, Opinion, le 10/05/2021).

Le livre blanc présenté par MichaëlPage et le CNA livre un portrait instantané des acheteurs aujourd’hui : de formation licence/Master spécialisé/Achats/Supply Chain à 67%, de sexe féminin à 53% et satisfait de son poste à 77%. Une confirmation des évolutions décrites plus haut de la fonction. Les auteurs projettent aussi ce que seront les enjeux d’une direction Achats d’ici 2030. Aujourd’hui, les directeurs Achats sont en majorité dans les Codir/Comex (56%), font émerger une politique Achats responsable (60%) et jugent la digitalisation de leur fonction nécessaire (54%). Des proportions dans la moyenne. Sans plus. Peuvent mieux faire. Demain, le business domine ! La priorité n°1 des Directeurs Achats, c’est « le développement d'une culture marketing au service du client final. » avec une stratégie RSE déployée, une supply chain décarbonée et une digitalisation « au cœur des compétences Achats ». Les Achats montrent leur alignement sur la stratégie des entreprises. C’est conforme à ce qui a été dit précédemment.

Les politiques « recyclés » dans la RSE, pas dans les Achats

Cependant, les auteurs posent une question qui interpelle : les acteurs d’aujourd’hui sont-ils prêts pour les Achats de demain ? Compte-tenu du portrait-robot de l’acheteur avancé ici (niveau de formation, missions, parcours), l’inquiétude ne devrait pas dominer. Pourtant, à regarder de plus près, les enjeux à venir des entreprises recèlent quelques pièges pour les acheteurs. Le livre blanc décrit fort bien ces enjeux : il s’agit pour les organisations « [de] réduire leur consommation de matières premières et d’énergie, de favoriser l’achat de produits éco-conçus, d’allonger la durabilité de leurs produits et favoriser l'économie circulaire. Sur le plan social [..] de favoriser l’emploi au niveau territorial, se concentrer sur la lutte contre le travail dissimulé, l’amélioration des conditions de travail de leurs équipes et la promotion de la diversité, notamment du handicap. À terme, [..] les achats responsables vont évoluer vers une intégration plus forte du respect des valeurs sociétales en cohérence avec les attentes des consommateurs. ». Tout cela est bien, mais leur sera-t-il fait plus de place en amont, dès la définition des produits et/ou services (pas seulement dès la conception) ? Eternel problème posé à la fonction Achats. L’émergence (récente) au sein des Codir/Comex de Directions du Développement Durable (qui « recyclent » des politiques…) d’ores et déjà bien plus visibles que les Directions Achats ou Supply Chain ne rassurent pas sur les moyens à mettre en œuvre. L’autre écueil que l’on sent poindre serait de transformer les Achats en évangélisateurs de la cause RSE. Cette feuille de route des Achats parait bien idéalisée au regard des défis économiques qui nous attendent pour sortir de la crise. Les Achats auront-ils le pouvoir d’arbitrer ?

Gestion des talents, le nouveau défi

Enfin, ces chiffres dans le chapitre consacré à la digitalisation interpellent aussi : pour 56% des acheteurs, aucun projet de digitalisation se serait à l’œuvre dans leur entreprise tandis que 12% n’en auraient pas connaissance. Les auteurs précisent qu’ils ne parlent pas de systèmes e-procurement et e-achats déjà bien présents dans les entreprises mais de sujets plus sophistiqués liés à l’analyse de données (prédictive, reporting), à l’automatisation et à la robotisation (RPA, facturation) ou encore à l’Intelligence Artificielle (machine learning, blockchain) voire à l’internet des objets (IoT). Difficile de croire que les Achats aient le monopole de cette méconnaissance… Dans tous les cas, l’étude conclue elle aussi à l’émergence dans les organisations de talents dédiés à ces évolutions technologiques. Cet Observatoire de la fonction Achats propose également dix recommandations stratégiques « pour une transformation réussie ». Nous vous livrons les trois premières : développer la parité dans les postes de direction (il y a beaucoup moins de directrices Achats que d’acheteuses), développer une culture Achats plus forte (en dehors des Achats, dès l’enseignement supérieur, les écoles d’ingénieur notamment), impliquer les Directeurs Achats auprès des directions RH en charge de la gestion des talents (créer des démarches collaboratives entre toutes les grandes direction). La gestion des talents, voilà un autre vrai défi à relever dans les Achats. Pour attirer à l’entrée et rendre attractif au-delà. Ce n’est pas le moindre mérite de ce livre blanc. A suivre…

Publié le 17/05/2021 - Par François-Charles Rebeix

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