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Publié le 04/06/2021 - Par Guillaume Trécan

Dominique Legouge (Resah) : « Nous nous plaçons dans le concept de l’achat souverain »

Dominique Legouge, directeur du Resah Dominique Legouge, directeur du Resah

Les deux grandes centrales d’achats hospitaliers publics français, Resah et UniHA, ont regroupé leurs forces dans le consortium ReUni au plus fort de la crise sanitaire pour faire face aux pénuries. Elles prolongent leur action en passant des commandes fermes pour permettre à des industriels européens d’investir dans des productions alternatives à l’Asie.

Comment est né le consortium qui vous unit à UniHA ?

Lors de la première vague de la crise sanitaire, à la demande de l’État, nous avons commandé avec UniHA 700 000 surblouses textiles pour aider les structures de santé à faire face à la pénurie. Nous avons ensuite développé ensemble la plateforme Distrilog-Santé, destinée à distribuer en cas de pénurie tous les équipements de protection individuelle (EPI) du stock stratégique de l’État géré par Santé publique France. Cette plateforme informatique et logistique reliée à un entrepôt du groupe La Poste a permis de gérer, en cas de tension d’approvisionnement, les commandes et l’approvisionnement en EPI de 27 000 structures de santé médico-sociales ou sociales, publiques ou privées. Pendant la crise, à travers ReUni, nous avons également acheté 300 millions de gants et 15 millions de tests antigéniques.

En concluant un appel d’offres pour l’achat de gants en nitrile pour la période 2022-2026, vous prolongez l’existence du consortium au-delà de la crise sanitaire. D’autres achats en commun sont-ils programmés ?

Nous avons décidé de continuer nos activités avec UniHA, en construisant une politique commune en matière d’achats d’EPI, au moins pour les quatre ans à venir. Nous venons d’acheter avec ce consortium 1,75 milliard de gants en nitrile pour un montant de 100 millions d’euros. Pour cet appel d’offres, nous avons utilisé l’article du code de la commande publique qui permet d’exiger que la production soit faite en Europe. Elle a été confiée à l’entreprise française Kolmi-Hopen, qui va développer une usine pour cela dans la Sarthe. Ces gants sont destinés à la fois aux secteurs de la santé et de l’alimentation, mais nous représentons une part importante du carnet de commandes futur de cette usine.

D’autres appels d’offres doivent suivre, d’abord pour trouver des logisticiens en charge de la distribution des gants en nitriles que nous avons dissociée de la production, puis pour sécuriser l’approvisionnement des gants en latex et en vinyle. Nous allons aussi lancer un important appel d’offres sur les masques pour lesquels nous avons toutes les chances de trouver des fournisseurs sur le territoire de l’Union européenne, notamment en France. Nous avons également l’intention de mettre en place une politique d’achats commune de linge plat, pour lequel il existe un potentiel de relocalisation.

La localisation de la production en Europe est-elle pour vous désormais un prérequis ?

Nous tirons les leçons de la crise et nous sommes désormais extrêmement attentifs à la sécurité du circuit d’approvisionnement. Ce qui plaide, quand cela est possible, pour une production sur le territoire de l’Union européenne. Nous ne réutiliserons pas systématiquement la clause qui en fait une obligation, mais nos politiques achats d’EPI vont accorder un poids important aux critères RSE par rapport aux critères de prix, notamment les conditions de travail des personnes qui fabriquent ces produits et bien sûr l’impact environnemental. L’objectif est de rééquilibrer la compétition entre l’Europe et l’Asie. Nous nous plaçons dans le concept de l’achat souverain. Ce qui va permettre de garantir l’approvisionnement en cas de crise, c’est la présence d’une industrie sur le sol national ou européen. C’est pourquoi ReUni n’agit pas dans une logique de référencement mais d’achat portant sur des quantités fermes, ce qui apporte aux industriels une certitude de commandes qui leur permet d’investir dans de nouvelles lignes de production.

Allez-vous conserver la forme d’un simple consortium pour mener ces actions à l’avenir ?

Le consortium n’ayant pas de personnalité juridique, le Resah a porté les premières actions, à la fois sur le plan juridique et financier. Pour pérenniser notre action, nous réfléchissons à donner une personnalité juridique au consortium. Nos centrales d’achats respectives resteront bien sûr concurrentes sur les sujets qui ne seront pas traités par ReUni. L’idée n’est pas de réduire le choix proposé aux établissements, encore moins d’appauvrir le tissu industriel de nos fournisseurs.

Quels sujets cette entité juridique commune aura-t-elle vocation à traiter ?

Tous ceux qui relèveront d’une question de sécurisation des approvisionnements où la réunion des forces peut être utile. L’idée étant à la fois d’éviter que les centrales d’achats se concurrencent en achetant du low cost et de peser sur le marché pour enclencher une dynamique positive de rééquilibrage de la concurrence entre l’Asie et l’Europe. Nous représentons 50 % à 60 % du marché potentiel, ce qui nous donne une capacité à structurer l’achat dans le domaine de la santé et du médico-social. En unissant nos forces, nous pourrions également additionner nos compétences en matière de systèmes d’information, de logistique, envisager des investissements communs, par exemple dans la création de laboratoires d’essai.

Quelle place doit jouer l’État dans cette réflexion ?

Une réflexion va être ouverte avec nos partenaires ministériels sur les leçons à tirer de la crise. La coupure entre, d’une part les opérateurs qui gèrent l’approvisionnement hospitalier en temps normal – UniHA et le Resah – et d’autre part Santé publique France, chargé de faire face aux situations de crise, n’est pas forcément satisfaisante. Les crises doivent être anticipées au moment de la définition des politiques et stratégies d’achat liées au fonctionnement courant des acteurs de santé. Dans le contrat avec Kolmi-Hopen, nous avons par exemple prévu des stocks importants et pris des dispositions pour augmenter de façon considérable la production au bénéfice des hôpitaux français en cas de crise. ReUni souhaiterait donc travailler plus étroitement, hors temps de crise, avec Santé publique France, qui est d’ailleurs déjà adhérent du GIP Resah et du GCS UniHA.

Quel travail de sourcing avez-vous fait en amont de l’appel d’offres gagné par Kolmi-Hopen ?

Nous avons mené ce travail de sourcing en lien avec la Direction générale des entreprises du ministère de l’Économie et des finances pour identifier, à l’échelle européenne, les industriels capables de produire des gants en nitrile et ceux qui pouvaient se lancer dans cette production. La qualité du projet de Kolmi-Hopen, de son produit et son prix ont fait qu’il a emporté l’appel d’offres. Dans le projet de ReUni, nous souhaitons avoir un partenariat fort non seulement avec le ministère de la Santé, mais aussi avec celui de l’Industrie.

Envisagez-vous de travailler sur la sécurisation des approvisionnements avec d’autres donneurs d’ordres de santé publique en Europe ?

Dans un deuxième temps il serait en effet intéressant que nous puissions créer, sous l’égide des États et de la Commission européenne, une coordination des centrales d’achats qui interviennent dans le domaine de la santé au niveau européen pour mieux faire face aux crises. Nous en discutons avec nos partenaires centrales d’achats européennes à travers l’association EHPPA, avec qui nous avons déjà eu des actions concrètes en pleine crise. Au plus fort de la pénurie nous avons approvisionné en gants une région d’Italie et des hôpitaux privés non lucratifs belges. Nous avons aussi mené des opérations de sourcing en commun avec nos collègues allemands et hollandais.

CP ReUni gants Kolmi

Publié le 04/06/2021 - Par Guillaume Trécan

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