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Publié le 15/11/2013 - Par la rédaction

Conférence Achats 2020 : l’e-avenir des achats en question

Cyrenac Conseil, emmené par Patrick Chabannes et CCM Benchmark (Journal du Net, etc.), imagine un e-avenir pour les achats : la première édition de la Conférence Achats 2020 a réuni, il y a quelques semaines, au Pré Catelan (Paris) une cinquantaine de participants dans un format club, très interactif. Compte-rendu très libre…

L’initiative parisienne des deux partenaires, Cyrenac et CCM Benchmark, est louable mais attention toutefois à ce qu’elle n’entre pas en résonance avec la Conférence Achats... du même nom organisée chaque année à Lyon à l’initiative du cabinet Crop & Co (Fabrice Ménelot et David Lahille) et qui cette année se décline aussi en Conférence achats Maroc (14 novembre)

Ex-Synertrade et Ariba, Patrick Chabannes, allias Anthelme de Cyrenac, (cf. ses chroniques au porte-voix dans La Lettre des Achats !) s’en dédouane. Lui, c’est le «e»… Cette Conférence Achats 2020 était ponctuée de quatre tables rondes animées par des confrères/consœurs dont le savoir-faire conjugue presque à chaque fois achats et SI (Systèmes d’information) : Bruno Cracco (groupe CGI) sur le thème « Ecosystème fournisseurs et intelligence collective », Valérie Touchon (Ecovadis) pour « Achats responsables, gestion des risques ou création de valeur », Alain Alleaume (Altaris) pour « La donnée, carburant essentiel des applications métier et des performances ». Seule exception, Nicolas Kourim (BigFisch), plutôt câblé achats et ressources humaines pour un échange sur « Compétences et structure d’une gestion moderne de ressources externes ». La moins réussie des tables rondes d’ailleurs. Pas facile de spéculer sur un changement d’objet pour la fonction achats. Le sol se dérobe souvent sous le poids des concepts…

Pour lancer la journée, Patrick Chabannes a mis quand même les pieds dans le plat avec une intro très « outils » et cette assertion : « l’ERP est conçu pour l’interne or les achats travaillent avec l’extérieur ! ». Manière de souligner qu’il faut des systèmes d’information ouverts à tous les intervenants extérieurs, autrement dit les fournisseurs, interlocuteurs naturels des achats. Bienvenu aux éditeurs spécialisés, donc, business netwwork oriented ! Oui mais… dixit l’observateur, la plupart d’entre eux n’apportent plus guère d’innovation, sauf à la marge. En avance de phase il y a, tiens, bientôt 15 ans (!), les « généralistes » de l’achat qui n’ont pas encore fait « exploser » leur marché. La faute peut-être aux achats eux-mêmes qui peinent sans doute à dire (encore) ce dont ils ont besoin. Or, déjà les propositions techniques évoluent (Cloud et Saas, etc.), les modèles qui associent conseil achats et outils se multiplient, bref, les acteurs du futur sont sans doute déjà là et il faudrait savoir les faire émerger…Avec ce conseil « Soyez acteurs ! Essayez de trouver de nouveaux modèles de performance ! ».

Avant de reprendre le chemin des échanges au travers des tables rondes, évoquons les interventions magistrales qui ont émaillé la journée. Il y eut du « déjà vu » comme celle de Pierre Pelouzet, médiateur des relations interentreprises (mais aussi ex-président de la CDAF, président de l’Obsar et vice-président de Pacte PME) sur l’urgence de redonner une confiance (financière) aux PME dont peu d’acheteurs auraient réellement conscience du véritable impact qu’ils ont sur un tissu d’entreprises fragilisé par la crise (et s’il n’y avait que la crise…). On se fit fort à nouveau de rappeler les sept plaies des acheteurs sur leurs fournisseurs : manque de confiance, propriété intellectuelle souvent bafouée, rupture brutale de relations commerciales, retard de paiement, escroquerie au CICE (Crédit d’impôt Compétitivité Emploi) pourtant balbutiant, etc. (à compléter par le lecteur qui a forcément entendu parler d’autres pratiques répréhensibles…). Le message est bien passé ! D’autres interventions ont été plus convenues : de l’importance de choisir un bon suppliers network (Ariba) ou encore d’appréhender la large palette de solutions du conseil stratégique à l’intégration outil ou encore la mise en œuvre d’un BPO achats alliant solution technique et service (Capgemini/IBX). Le message est encore passé, suite…

L’autre intervention à ne pas manquer était celle de Pascal Delval, directeur des achats indirects d’Auchan. Un souffle est passé. Vous avez lu son interview dans La Lettre des Achatsn° 210 (novembre 2012). Mais là c’était en direct. Un distributeur, non, un entrepreneur… Entré dans le groupe nordiste il y a trente ans comme chef de rayon. Devenu notamment patron de la filiale russe. Puis se voir proposer un nouveau challenge presque improbable : mettre sous contrôle 5 milliards d’achats indirects fait directement ou… indirectement par près de 17 000 personnes. Tous acheteurs, forcément ! Et cette formule pour résumer : « bien dépensés mais pas optimisés ! ». Le programme Oxygen a démarré il y a trois ans. Supporté par la direction générale. Porté sans états d’âmes par son représentant. Dans un groupe par essence très décentralisé, avec des personnels très impliqués donc en mode coopératif, en valorisant toute action, en suscitant l’adhésion, en sélectionnant les meilleurs pour porter la bonne parole, en acceptant d’être jugés sur pièce comme tout prestataire… interne. On sentait dans le propos toute la force du mandat donné en son temps…

Que manque-t-il alors aux achats ? Question lancinante déjà posée à la table ronde 1 (CGI) : comment les directeurs achats se positionnent-ils vis-a-vis de leur direction générale ? Et puis cette autre qui en découle : comment ne pas aller « piquer » les derniers points de marge des fournisseurs mais travailler plutôt de façon innovante, autrement dit inventer, optimiser avec les équipes, à l’interne comme en externe avec d’autres fonctions mais aussi avec les fournisseurs. Chacun avance sa méthode : analyse des points d’inefficacité (internes) et travail en symbiose avec les fournisseurs (Yves Rocher pour rentabiliser une solution de packaging), restructurer des process et créer un nouvel écosystème de fournisseurs invités à coopérer (harmonie mutuelle dans une refonte de son éditique), constituer de nouveaux réseaux de fournisseurs en les regroupant (AXA et la réparation automobile). Dans tous les cas, savoir mettre de l’huile dans les rouages. De grandes opérations souvent mais une pratique de petits, pas toujours, loin des méthodes supposées coercitives d’acheteurs en « commandos »…

Après cela, cap sur la table ronde 2 (Big Fish). Et son constat de départ : bon nombre des compétences recherchées par les entreprises se situent chez les fournisseurs. Il faut capter ces competences ! Comment ? Les pistes sont évoquées : devenir une courroie de transmission entre l’interne et l’externe à la faveur d’une réorganisation largement entamée (groupe Bouygues), s’assurer la confiance des intervenants internes et de leur hiérarchie (ministère de la Défense), mobiliser les expertises, monter en compétence, développer les fournisseurs clés (Invivo, coopérative agricole). L’idée passe que toutes les meilleures compétences ne peuvent être présentes en interne. L’expertise – surtout s’il s’agit d’innovation – est au dehors chez les fournisseurs ou futurs partenaires. Quoi qu’il en soit, il faut savoir ouvrir son organisation, panacher les solutions, les adapter, se montrer agile, etc. Développer les compétences… collectives. Comment ne pas adhérer à une évidence ? D’ou venait aussi cette impression que l’on ne bouleverse pas aussi facilement les habitudes, l’esprit maison de certaines d’entreprises ? Encore moins lorsque l’on œuvre aux achats ? Rien à faire. Les intervenants souffraient de la comparaison avec leur collègue de la distribution. D’un constat juste, de solutions concertées et logiques, nous nous heurtions pour finir à une sorte de plafond de verre. Fatalisme et persévérance à la fois. Comment faut-il faire ? Le succès de Pascal Delval à la pause déjeuner montrait que lui était bien passé de l’autre côté…

Après la stratégie, les ressources humaines, le développement durable, pardon la RSE. La table ronde 3 (Ecovadis) devait démontrer la demande clients sur les risques RSE de toute entreprise, pour elles comme pour l’ensemble de sa supply chain. Comment faire pour y répondre ? Les affirmations de principe ne sont plus suffisantes. Une évaluation extérieure systématique est une pratique qui doit s’imposer. Ecovadis plaide (discrètement) pour sa chapelle. Mais veut tordre aussi le cou – et c’est louable – à la logique philanthropique. Il y a un calcul TCO à faire dans toute approche. Une démarche RSE ne doit pas signifier augmentation des coûts. Il reste que dans ces évaluations nécessairement complexes entre une part de calcul : le(s) donneur(s) d’ordres doivent-il tout assumer ? Les fournisseurs peuvent-ils être mis à contribution ? Les achats ne renoncent pas facilement à leur ADN… La (nécessaire) traçabilité a forcément un… prix.

Pour la table ronde 4 (Altaris) sur les données, l’altitude des échanges rendant l’air un peu plus rare, il y avait cette fois plus d’experts que de praticiens. La question des systèmes d’information et de leur alimentation manquerait-elle d’exemples concrets ? Une étude PricewaterhouseCoopers en 2013 sur l es données des entreprises nous éclairait sur le sujet. Ainsi, le niveau de confiance interne serait de 60 % toute entreprise confondue. Au niveau de la fonction achats par exemple, cette cote de confiance baisserait à… 36%. Autre chiffre inquiétant : s’agissant des données extérieures fournisseurs, là encore toute entreprise confondue, le manque de confiance s’élèverait lui à… 80 %. Parmi les secteurs les plus en avance sur l’exploitation de leurs données (sens toujours large) : la grande distribution, l’automobile et l’industrie. Les moins avancés (ou les plus en retard) : l’énergie, les services et les établissements financiers…

L’échange a été dominé par les questions que se posent toutes les directions achats sur l’abondance des systèmes d’information dans les entreprises (multiples ERP, données éparses, non homogènes, non consolidées, etc.) lorsqu’il s’agit d’évaluer un périmètre de dépenses. Et l’écart promet de se creuser. L’internet des objets qui s’apprête à déferler va multiplier les données encore disponibles. Côté marketing et ventes, les plus en avance se tiennent prêts. A l’autre bout de la chaîne, imaginez les directions achats les plus en retard ou les moins avancées. C’est selon. La journée s’est achevée sur une question sans réponse. Pour le moment. Une prochaine édition sera nécessaire pour faire le lien entre stratégies achats et données utiles. Cette année, c’était une simple esquisse…

Publié le 15/11/2013 - Par la rédaction

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