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Publié le 23/04/2020 - Par Cécile Bontron

Commissaire Général Christian Le Nézet (Service Santé des Armées) : « Nous avons multiplié par cinq les demandes d'achat urgentes »

La plateforme achat finance santé du Service Santé des Armées gère tous les achats cœur de métier des services santé de l'Armé. En première ligne face à l'épidémie de coronavirus, les équipes du commissaire général Christian Le Nézet ont notamment appuyés la mise en route de l’hôpital de campagne de Mulhouse et un triplement des lits en réanimation.

Comment avez-vous fait face à la crise liée au covid-19 ?

Dès l'apparition de la crise, nous avons mis en place une cellule de crise Covid achat, à l'image de la cellule de crise Covid-19 créée au niveau de la Direction centrale des armées et de celle du Ravitaillement médical (dont dépend la plateforme, NDLR). Elle comprend six acheteurs expérimentés dont un ingénieur bio-médical, des pharmaciens, un ingénieur achat spécialiste de la partie laboratoire. Tous les weekends, deux acheteurs assurent l'astreinte. Et j'ai gardé une équipe pour les achats courants, les dossiers en cours.

Quelles tensions avez-vous observées ?

Dans le monde de la santé, nous sommes quand même régulièrement en tension sur certains produits. La problématique de rupture d'approvisionnement est une question que nous devons prendre en compte. Là, nous avons dû doter le nouvel établissement militaire de réanimation à Mulhouse (l'hôpital de campagne, NDLR) en matériel, et refournir nos stocks. Nous commençons à sentir une tension sur les EPI (équipements de protection individuelle) comme les blouses, les lunettes, les casaques, sur certains médicaments utilisés en réanimation. Nous avions déjà un bon panel fournisseurs que nous avons sollicité. Lorsque nous avons eu des difficultés, nous avons élargi le panel. Nous avons eu des fournisseurs qui ont pu nous donner des réponses ponctuelles sur les casques ou les lunettes de protection par exemple. Nous avons eu des fournisseurs qui nous ont donné des informations pour nous accompagner. Il faut savoir se tourner vers le sourcing, notamment à l'international qui propose beaucoup de choses, mais il faut savoir garder les supports contractuels et vérifier les normes, la qualité.

Quelles mesures avez-vous spécialement prises ?

Nous avons pu mettre en place toute une palette de mesures. Déjà, nous avons pu nous appuyer sur l'ordonnance du 25 mars 2020 qui prévoit un allongement possible du délai de réception des candidatures et des offres, et une prolongation des marchés par avenant. Nous avons également utilisé la possibilité qui est offerte dans cette ordonnance d'augmenter les avances à hauteur de 60% du marché. C'est important pour les fournisseurs qui s'engagent avec un producteur. Car certains ont été contraints de faire appel à l'international. Et dans certains pays, il faut payer 100% à la commande. Donc faire une avance plus importante permet d'accompagner nos fournisseurs dans leurs efforts et leurs besoins de trésorerie. Les tensions sont globales.

Le paiement est-il un levier particulier ?

Oui outre l'avance à 60%, nous avons accéléré nos procédures de paiement. Quand le fournisseur bénéficiaire livre, l'établissement bénéficiaire doit faire une attestation de service fait dans Chorus puis l'information remonte et nous pouvons envoyer la demande de paiement. Pour les factures inférieures à 5 000 euros, nous avons été exonérés d'attendre l'attestation de service. Donc, dès que nous avons la facture, nous la mettons en paiement.

Avez-vous dû adapter des process ?

Nous avons multiplié par cinq les demandes d'achat urgentes. Cette crise exige parfois une réelle rapidité, tant au niveau de la réponse à un besoin que de la mobilisation d'un bien sur un marché. Il y a une tension sur certains stocks, il faut pouvoir accélérer les procédures. Parmi les mesures que nous avons prises, nous avons déjà mobilisé les marchés d'urgence impérieuse, qui sont négociés sans publicité, qui nous ont permis de contractualiser rapidement. Et mon bureau juridique a également créé un modèle de CCTP achat inférieur à 40 000 euros, un canevas simple, qui sert de document contractuel mais aussi de bon de commande pour pouvoir être rapide.

La relation fournisseur a-t-elle évolué ?

Dans cette crise, l'ensemble du système est solidaire. Certains fournisseurs nous ont même proposé des dons. L'Oréal, par exemple, nous a fait don de gel hydroalcoolique. Et quand des fournisseurs se sont montrés défaillants, parce qu'ils étaient en attente de livraison ou difficilement joignables, nous avons pris la décision de ne pas les pénaliser, de ne pas utiliser les sanctions contractuelles possibles. Certains nous ont fait part de tensions sur le transport, et il y a eu des allongements de délais. Nous sommes au-delà de la relation contractuelle.



EN CHIFFRES :

Montant des achats : 250 M d’€

Effectif : 247 personnes

Le service de santé des armées représente 1% de l'offre de santé publique en France

Nombre de lits en réanimation : 50 avant la crise du coronavirus et 166 aujourd’hui


PORTRAIT

Le commissaire général Christian Le Nezet (61 ans, Ecole militaire du corps technique et administratif, Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, Ecole d’application du service de santé des armées) dirige la plateforme achats-finances Santé depuis sa création, en octobre 2018. Il était auparavant directeur adjoint de la Direction des approvisionnements en produits de santé des armées à Orléans, en 2014. Auparavant, il a également assumé les responsabilités de chef du département logistique à l'hôpital d'instruction des armées à Clamart. Christian Le Nezet a débuté son parcours hospitalier comme chef de service au centre hospitalier des armées de Colmar.



Publié le 23/04/2020 - Par Cécile Bontron

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