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Publié le 05/05/2021 - Par Guillaume Trécan

Antoine Perrin (Schneider Electric) : « La réduction carbone devient une condition pour être dans notre panel de fournisseurs stratégiques »

Antoine Perrin, directeur stratégie, innovation et efficience achats Antoine Perrin, directeur stratégie, innovation et efficience achats

Le spécialiste français des équipements pour l'énergie et des automatismes industriels demande à ses fournisseurs de réduire de moitié leurs émissions de gaz à effet de serre. Antoine Perrin, le directeur stratégie, innovation et efficience achats du groupe explique comment le groupe entend accompagner ses partenaires dans cette direction.

Le groupe Schneider Electric a demandé à ses fournisseurs d’accompagner sa marche vers le zéro carbone. Quels objectifs leur ont été fixés ?

Nous mobilisons d’abord nos fournisseurs sur une réduction de 50 % de leurs propres émissions – leurs scopes 1 et 2 – d’ici 2025. Nous les entraînons ensuite dans une logique qui consiste à être net zero à l’horizon 2050, en intégrant également les émissions de leur scope 3, c’est-à-dire toute leur supply chain. Cela se fera par paliers : d’abord 35 % de réduction à l’horizon 2030, puis à l’horizon 2040, neutralité carbone ce qui laisse encore la possibilité de compenser ses émissions.

Qui sont les 1 000 fournisseurs concernés par cet objectif ?

Ce sont nos fournisseurs stratégiques, ceux avec lesquels nous concentrons une partie la plus importante de nos dépenses, environ 800 fournisseurs, ainsi que 200 fournisseurs dont l’activité est particulièrement émettrice en CO2. Ces 1 000 fournisseurs représentent environ 70 % de l’empreinte fournisseurs totale, sachant que le groupe comptabilise environ 50 000 fournisseurs.

Au-delà de ces objectifs fixés aux fournisseurs comment les Achats sont-ils concernés par les engagements développement durable ?

Au-delà du sujet de la décarbonation, les Achats contribuent aux objectifs développement durable du groupe en participant avec la R&D à accroître la circularité et la recyclabilité des matériaux que nous utilisons. Nous demandons également à nos fournisseurs d’appliquer les standards Decent Work de l’Organisation internationale du travail. Ils sont exigibles pour devenir un fournisseur stratégique de Schneider Electric. Nous suivons ce sujet de très prêt et nous menons de plus en plus d’évaluations et d’audits sur site pour nous assurer du respect des droits humains par nos fournisseurs.

Comment avez-vous fait l’estimation de sept millions de tonnes de CO2 émises par vos fournisseurs ?

Cette estimation est fondée sur une cartographie de nos fournisseurs dont nous suivons l’évolution depuis longtemps. Elle s’appuie sur des éléments transmis par des consultants spécialisés qui nous permettent d’avoir une bonne idée des émissions liées aux différents types de catégories d’achats et de nos principaux fournisseurs. Nous publions ces chiffres qui sont régulièrement audités. Depuis cette année nous demandons à nos fournisseurs de procéder à une estimation précise de leur bilan carbone et de se rallier progressivement aux différents organismes de publication, afin que cela soit pour eux un véritable engagement d’entreprise suivi par des cabinets spécialisés.

Dans quelle mesure ces engagements seront-ils excluants pour les fournisseurs qui ne les suivraient pas ?

Nous venons de réunir nos 1 000 principaux fournisseurs pour leur demander de s’engager avec nous. La réduction carbone devient une condition pour être dans notre panel de fournisseurs stratégiques. À ce stade, nous leur demandons simplement de s’engager à travailler sur leur empreinte carbone. Nous leur demandons d’évaluer cette empreinte, que beaucoup aujourd’hui connaissent mal, puis d’identifier des leviers et ensuite de s’engager sur un plan d’action. Il est logique que nous en fassions un critère d’attribution de business étant donné l’ambition de Schneider Electric de devenir un leader dans ce domaine. Nous pouvons d’ailleurs accompagner nos fournisseurs dans ces démarches en mettant à leur disposition nos services d’amélioration de l’empreinte énergétique et d’efficacité des processus industriels.

De quels outils s’agit-il ?

Il s’agit à la fois de méthodologies et de services, des systèmes d’audit et d’évaluation puis de réduction de l’empreinte carbone. Nos équipes d’experts sont en mesure d’établir un diagnostic énergétique, d’identifier les sources d’émission, d’accompagner les clients dans la réduction des consommations d’énergie, avec nos plateformes digitales EcoStruXure, dans les bâtiments et les processus industriels, et de les aider à trouver des sources décarbonées, ou si elles ne sont pas disponibles, à mettre en place des Power Purchase Agreement (PPA), des instruments de compensation de la dépense d’énergie.

Proposerez-vous un accès à ces services à des tarifs préférentiels pour vos fournisseurs ?

Nous n’obligeons évidemment pas nos fournisseurs à recourir à nos propres solutions. Nous leur proposons d’y accéder s’ils y trouvent un avantage. C’est le cas par exemple du groupe STMIcroelecronics, qui est par ailleurs un de nos grands fournisseurs de composants électroniques. Des fournisseurs de plus petites tailles ou qui ne sont pas familiers de ces démarches peuvent également être intéressés par ces solutions. Le fait d’être un fournisseur partenaire du groupe peut être utile, y compris en termes de positionnement commercial pour les clients potentiels de ces offres, mais nous sommes attentifs à ne pas mélanger relation achats et relation commerciale.

Les investissements qui conduisent à la neutralité carbone peuvent avoir un coût pour vos fournisseurs. Êtes-vous prêts à assumer une part ce surcoût ?

C’est une question qui nous a été posée par certains fournisseurs. Nous laissons une place au débat et à la collaboration mais nous combattons absolument l’idée d’associer systématiquement les démarches d’efficacité énergétique à un surcoût. Très souvent la dépense énergétique excessive est liée à l’inefficacité des processus. En travaillant sur l’efficacité énergétique, on améliore la compétitivité. L’investissement lié à ces démarches est le plus souvent très rentable. Nous pouvons le cas échéant en apporter la démonstration à nos fournisseurs, en leur exposant ce que nous faisons nous-mêmes pour gagner en efficacité dans nos usines. Pendant que nous leur demandons de réduire de 50 % leurs émissions, nous nous sommes engagés sur la neutralité carbone dans nos propres usines à l’horizon 2025.

Avancer collectivement avec vos fournisseurs dans ces programmes ambitieux de décarbonation sous-entend un haut niveau de collaboration. Pensez-vous que cela soit de nature à changer vos relations fournisseurs ?

Nous demandons à nos fournisseurs de contribuer à délivrer de la valeur dans des dimensions beaucoup plus larges que le triptyque coût, livraisons qualité, qui constitue la base indispensable d’une relation achats saine. Au-delà de cela nous développons aujourd’hui un travail avec nos fournisseurs et nous les évaluons sur une palette de valeurs, en particulier le développement durable – notamment l’impact carbone – l’innovation et l’agilité. Il est crucial d’être capable de réagir très rapidement à des changements de contexte aussi bien économiques que réglementaires.

En évoluant dans ce sens, la relation demande un dialogue et un suivi beaucoup plus partenarial. Nous entretenons ce niveau de relation en particulier avec nos fournisseurs stratégiques et nous ne pouvons pas nous investir autant en profondeur avec tous nos fournisseurs, mais tous sont évidemment les bienvenus pour participer à l’initiative d’amélioration du bilan carbone.

Publié le 05/05/2021 - Par Guillaume Trécan

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