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Publié le 04/11/2020 - Par François-Charles Rebeix

Alexandre Fretti, Directeur général, Malt : « Le freelancing doit être aussi un canal de recrutement des talents »

Né il y a sept ans, le français Malt, leader des places de marchés de freelances avec 200 000 inscrits (hi-tech, marketing, achats, stratégie, etc.), a conquis plus de 30 000 clients dont 34 entreprises du CAC 40. Aujourd’hui, son nouveau directeur général, Alexandre Fretti, venu de Webhelp, a pour objectif d’atteindre un milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2024. Décryptage avec lui d’un marché européen du « future of work » évalué à 300 milliards d’euros.

Les freelances ont le vent en poupe. Le succès des plateformes, dont la vôtre, en témoigne. Toutefois, les perspectives assez sombres du marché de l’emploi en raison de la crise ne vont-elles pas freiner cette progression ?

Nous sommes passé en effet en deux ans de 100 000 à 200 000 freelances inscrits sur Malt. L’entreprise employait 50 personnes à l’époque. Nous sommes aujourd’hui 200. En 2021, la plateforme gérera un volume d’affaires de 200 millions d’euros. Au niveau des indicateurs que nous suivons, et d’abord sur le marché français, il y a le nombre des indépendants qui est passé au cours des dix dernières années de 500 000 à un million. Sur l’ensemble de l’Europe, ils sont 11 millions. Le marché français représente donc à peu près 10% du marché européen. Nous l’estimons à 30 milliards d’euros pour la France, 300 milliards pour l’Europe. Le chiffre d’affaires moyen d’un indépendant se situant autour des 30 000 euros par an.

La tendance de fond, c’est un marché en forte croissance. Nous enregistrons chaque mois entre 5 000 et 7 000 nouveaux inscrits. Et cette proportion n’a pas faibli pendant la première période Covid qui présente toutefois des éléments favorables et d’autres plus défavorables. Parmi les éléments favorables, il y a ce constat que nous faisons chez la plupart de nos grands clients d’une évaluation sur leurs besoins en postes à temps complets et en CDI. Il y a des fonctions pour lesquelles il n’y a pas besoin de quelqu’un à 100% de son temps. D’autant plus que certains de leurs collaborateurs sont de plus en plus à distance voire éloignés du cœur de l’activité. Il y a beaucoup de réflexion pour flexibiliser le temps de travail. Le freelancing permet aussi d’avoir des gens compétents, rapidement, et à un coût pas forcément plus élevé qu’un équivalent en interne.

Maintenant, est-ce que la crise va entrainer un surcroit d’inscrits qui seraient plus des freelances « subis » ? Ce n’est pas ce que nous constatons. Nos enquêtes montrent que plus de 90% de nos freelances ont fait un choix volontaire. Nous n’aimons pas opposer salariat et freelancing. Aujourd’hui, le modèle est largement en faveur du premier. Mais demain il y aura rééquilibrage au profit des indépendants. Bien sûr, la crise va entraîner des pertes d’emploi mais de l’autre elle devrait aussi susciter des vocations. Le freelancing va contribuer à créer une nouvelle génération d’entrepreneurs. Des profils prêts à prendre plus de risques mais avec des perspectives de gains plus importantes. Comme la demande des entreprises va croître, il n’y a aucune raison de pense que ce marché ne progresse pas.

Côté entreprises, le dynamisme est-il le même partout en Europe ? Hormis le digital, quelles sont les autres fonctions visées par le freelancing ? D’autre part, les directions achats ont-elles pris la mesure de l’intérêt des plateformes de freelances ? Est-ce qu’elles sont devenues pour vous des interlocuteurs naturels ?

Plusieurs questions en une seule ! Nous sommes implantés maintenant dans plusieurs pays. Pour vous répondre sur les disparités : au nord, l’Angleterre, la Belgique, l’Allemagne, nous rencontrons plus d’ouverture sur le sujet, au sud, l’Espagne notamment, il y a plus de réticences. La France se situe à mi-chemin. Mais c’est vrai d’une façon générale sur tous les sujets liés au digital…

Toutefois, nous abordons là un de mes chevaux de bataille. Si le freelancing s’est développé grâce au numérique, à l’IT, aux datas, aujourd’hui, chez Malt, ce secteur ne représente plus que 40% de l’activité. Donc 60% de nos offres se situent sur toutes les autres fonctions de l’entreprise. Vous allez pouvoir trouver des consultants en stratégie, des contrôleurs de gestion, des managers de transition, des experts achats, des acheteurs ! Nous sommes sur plusieurs marchés à la fois : le conseil, les agences de pub, les ESN, etc. Nous intervenons aussi dans 35% des entreprises du CAC40. Nous y avons doublé notre présence, toujours depuis deux ans.

S’agissant des achats, la plupart des organisations sont désormais très matures sur le sujet, même s’il y a des disparités de niveau ça et là. Toutefois, si les achats sont matures, leurs entreprises ne le sont pas forcément. Des plateformes, Malt et d’autres, ont bien été identifiées puis sélectionnées et des accords cadre signés. Les Achats poussent mais ça ne suffit pas. Sans soutien managérial au plus haut niveau, le business, les métiers ne pensent pas forcément à nous. Et il y a un deuxième point : si les achats sont en effet nos interlocuteurs naturels, notre sujet relève aussi des ressources humaines et de la gestion des talents. Or, si nous sommes perçus comme étant avant tout de l’achat de prestations intellectuelles, les RH, sans dire qu’ils nous considèrent comme des ennemis, vont considérer que le sujet n’est pas dans leur périmètre. Certaines entreprises commencent à percevoir cette question. Chez Malt, nous pensons que le freelancing doit être aussi un canal de recrutement des talents. D’où l’intérêt d’être aussi en ligne avec les RH.

Les Achats aiment bien être les intermédiaires et nous faire passer par leurs systèmes. Mais ce n’est pas forcément gage d’efficacité ou de rapidité. Nous devons aussi être près du besoin, de l’opérationnel. Avec un référencement bien fait en amont, nous pouvons identifier et recruter une ressource en moins de six jours. C’est là où le modèle Malt est le plus puissant.

Quels sont les prochains enjeux, à la fois technologiques et économiques, sur vos marchés ? L’offre va-t-elle de concentrer ? Comment allez-vous vous intégrer aux systèmes d’informations achats, pour ne parler que d’eux ?

Avant même de parler de concentration, il y aura d’abord des disparitions. L’offre est à la fois très importante mais aussi très diversifiée, très spécialisée, selon des verticales métiers, IT, marketing, etc. Nous opérons sur un marché où il faut une taille critique pour pourvoir vivre et se développer car nous sommes sur un modèle léger en termes de rémunération. En France, où nous sommes leaders, nous pesons déjà dix fois plus que le n°2. Pourtant, nous sommes tous encore très petits sur un marché très important.

L’autre sujet, celui de l’intégration dans les systèmes d’information de nos clients, c’est un peu l’Arlésienne. Nous en entendons beaucoup parler… De notre point de vue, la valeur de notre plateforme est aussi dans l’expérience client. Le fait d’offrit à tous nos utilisateurs un parcours client aussi simple et efficace que tous les grandes plateformes BtoC, e-commerce, voyages, location et autres, est très important pour nous. Nous voulons que ce soit le client final qui dicte le parcours. Maintenant, comme nous sommes souvent pilotés par les achats, ces derniers nous demandent de nous intégrer sur leurs propres plateformes pour les commandes, les règlements, etc. Nous le faisons, nous savons le faire, mais nous poussons aussi tous nos développements pour bien apparaître en front line pour les utilisateurs et non pas dans le back office d’un autre système…

Ce que nous ressentons aussi, c’est que les directions achats sont très liées par les investissements qu’elles ont fait sur leurs propres SI Achats. Ces outils sont très adaptés à leurs besoins d’achats de biens, de consommables, mais beaucoup moins pour ces achats de prestations intellectuelles où il faut davantage d’agilité, de flexibilité. Quand tous les process sont très e-procurement, les adaptations sur ces autres places de marché s’avèrent plus difficiles.

Au-delà, nous nous sommes aussi organisés par filières métiers, par taille d’entreprises. Les entreprises de taille intermédiaire devraient nous apporter de nouveaux relais de croissance. Les processus de prise de décision sont beaucoup plus rapides. Nous avons des exemples d’entreprises ou le DG et son comex font de Malt un vecteur de transformation pour le recrutement. Nous savons que l’engagement des salariés a tendance à baisser d’années en années, alors que celui des freelances est de plus en plus élevé comme le degré de satisfaction des missions d’ailleurs.




Profil

Alexandre Fretti, Directeur Général de Malt. 40 ans. Diplômé de Telecom Bretagne (2003) et de Stanford (Executive MBA promotion 2017), il commence sa carrière en tant que consultant en stratégie au sein de Deloitte et McKinsey & Company. En 2006, il rejoint Webhelp dont il devient directeur général dix ans plus tard. Il participe à la transformation de cette entreprise considérée comme une des plus belles licornes françaises en faisant passer le chiffre d’affaire de 30 M€ à son arrivée à 1,5 milliard d’euros à son départ. Il a désormais pour objectif, aux côtés des les deux cofondateurs, Vincent Huguet (CEO) et Hugo Lassiège (CTO), d’accélérer la croissance de Malt en France et en Europe et d’atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2024.

Publié le 04/11/2020 - Par François-Charles Rebeix

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