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Publié le 10/01/2020 - Par la rédaction

Livres Achats off 2019 : La rétrospective

Douze mois écoulés, douze livres à partager ! Puisse cette nouvelle sélection d’ouvrages trouver son chemin vers d’autres lecteurs. C’est un des vœux que nous formons en ce début d’année. C’est la 5e année que La Lettre des Achats propose son Livres Achats Off. Autant de sujets variés dont les thèmes ne peuvent qu’interpeler les Achats. Pas uniquement des sujets liés à la pratique mais à la géopolitique, à l’économie, à la vie des entreprises…

Si 2019 a commencé très fort avec Le piège américain (JC Lattès) qui raconte le calvaire d’un ex-dirigeant d’Alstom, Frédéric Pierucci (son auteur), pris dans les rets de la justice américaine et retenu près de 25 mois dans ses prisons avec en toile de fond un bras de fer industriel qui se conclura par la cession d’une partie de l’entreprise française à GE.

Thriller industriel

Il est plus que probable que 2020 démarrera sur les chapeaux de roue (!) avec le… piège japonais.  L’ancien responsable du bureau de l’AFP à Tokyo, Philippe Riès, prépare déjà un nouvel ouvrage sur Carlos Ghosn. Il suivra de quelques semaines le livre écrit par deux journalistes du Figaro, Bertille Bayart et Emmanuel Eglof, précisément intitulé Le Piège (Kero). Sans préjuger de la suite de cette rocambolesque saga, impossible de ne pas établir de parallèle entre deux systèmes judiciaires assez comparables, l’américain ayant inspiré, dit-on, le japonais. La présomption de culpabilité semble la pierre angulaire de toute procédure et le plaider coupable le sésame pour s’en sortir. Attendons les conclusions (provisoires) sinon les plaidoiries des uns et des autres pour tenter de mesurer la tournure des événements à venir, tant pour le désormais célèbre évadé que pour son ex-entreprise, l’alliance Renault-Nissan. De belles heures de lecture en perspective pour revivre les évènements qui ont conduit Carlos Ghosn de ses bureaux parisiens à sa résidence bunkérisée de Beyrouth en passant par les geôles tokyoïtes…

Restons en Asie. La Chine est un sujet largement couvert par l’édition. Chaque année nous fournit son contingent de livres sur ce pays. Le dynamisme chinois séduit er certains n’y vont pas de main morte : si l’on ne s’en inspire pas, nous courrons le risque d’être absorbés par la vague. C’est la thèse défendue avec plus ou moins de nuances par deux entrepreneurs, connaissant bien la Chine, Denis Jacquet et Homéric de Sarthe dans… Pourquoi demain votre prochain patron sera chinois (Editions Eyrolles). Mais en fait, ce livre porte moins sur la Chine que sur notre monde… empêché. Les auteurs déchainent leurs critiques : absence de vision, lâcheté des politiques (et de leurs électeurs), manque de courage, panne du modèle social (qui en gros a préféré le chômage de masse, l’assistance, les grandes entreprises aux PME, le pouvoir d’achat par la baisse des coûts au prix d’une casse de l’appareil productif, etc.), les coups pleuvent ! 

Dans leur parfois hagiographique de la Chine, nos deux auteurs ont peu insisté sur ce qu’il fait bien appeler se face sombre. Dans La Chine sous contrôle – Tiananmen 1989-2019 (Seuil), François Bougon, journaliste au Monde, rappelle l’histoire de cette place gigantesque au cœur de Pékin, le symbole de pouvoir absolu qu’elle représente, et qui dans un passé très récent a été le lieu d’une répression terrible. Deng Xiaoping, libérateur de l’économie, a dans le même temps réprimé les aspirations démocratiques de la jeunesse de l’époque. Son lointain successeur, XI Jinping, a parachevé le travail si l’on peut dire. En Chine continentale, les rêves sont plus étouffés. Seule Hong Kong résiste encore… Mais la Chine est un monde complexe. Attention aux jugements définitifs. Il faut lire Traverser la rivière en tâtant les pierres (Taillandier). C’est un des dix proverbes de la sagesse chinoise que détaille ce livre en autant de courts chapitres. Celui-ci évoque des rivières à traverser, des méandres, des équilibres à trouver, souvent à pas prudents, à tâtons. A lire, relire et méditer. Applicable aussi à la vie d’ici…

40 ans qui nous contemplent

Peuples, Pouvoirs et Profits (Les Liens qui Libèrent) écrit par le prix Nobel, Joseph Stiglitz, dénonce, lui, les ravages de l’économie néo-libérale, initiée par les pays occidentaux, Amérique en tête, depuis les années 80. Une doctrine qui a abouti pour certains à une mondialisation sauvage. Plus de liberté pour les opérateurs économiques, moins d’impôts, moins de dépenses publiques, les marchés se sont ouverts, l’argent a ruisselé mais n’a pas irrigué ni autant ni aussi équitablement que prévu. Le phénomène a touché tous les continents. Les difficultés commerciales qui s’expriment aujourd’hui entre les Etats-Unis et la Chine en sont probablement une des conséquences. Les années 80 sont sur le grill. Les quarante années qui ont changé le monde pourraient résumer les ouvrages suivants. A commencer par deux écrits chez nous : La France qui déclasse (Tallandier) ou le fameux L’Archipel français (Seuil), un succès de librairie tant son auteur, Jérôme Fourquet (Ifop) a trusté les plateaux radio et télé comme les colonnes de la presse écrite. Le premier décrit quarante années de renoncement, de blocages, de sentiment de déclassement des populations, le tout finissant dans une sorte de jacquerie des temps modernes (Les Gilets jaunes) où deux populations fracturées se retrouvent dans une colère indéfinissable : les déclassés des villes (France Insoumise ?) et les déclassées des champs (Rassemblement national ?). Le second ouvrage traduit en cartes et chiffres cette fracture, cette fragmentation d’une population multiculturelle, divisée en groupes, sous-groupes, dont certains voudraient établir le constat, terrible, « d’une élite qui aurait fait sécession… ».

Toujours sur le  thème des quarante dernières années, citons ici le livre de Gilles Keppel, Sortir du chaos (Gallimard) (paru fin 2018), consacré cette fois aux crises du Proche et du Moyen-Orient. Un récit dont les chapitres s’emballent dès 1979, avec d’un côté la révolution iranienne et le début du conflit de ce pays avec les Etats-Unis, de l’autre, l’invasion russe de l’Afghanistan, combattue par des saoudiens soutenus en leur temps par… l’Amérique. Les Russes finiront par quitter le pays en 1989. Le dernier conflit de la Guerre froide et la fin de cette période, dit-on, mais sans doute le premier chassé-croisé avec le nouveau monde, celui qui s’est mis en place depuis (fin de l’URSS, guerres du pétrole, révolutions arabes, effondrement de l’Irak, guerre civile en Syrie, montée de l’Etat Islamique, etc.) et qui nous préoccupe toujours autant aujourd’hui.

Le buzz de l’IA

Sur un tout autre sujet, et tout aussi planétaire, il faut absolument lire le livre de Yann le Cun, prix Turing 2018  [1] le français qui dirige la recherche fondamentale chez Facebook :  Quand la machine apprend (Odile Jacob). Certes, c’est un ouvrage technique dont certains paragraphes s’avèrent un peu abscons mais qui pour l’essentiel dédramatise, dédiabolise, l’intelligence artificielle. Extrait : « Les machine, si puissantes, si sophistiquées soient-elles, demeurent très spécialisées. Elles apprennent de manière infiniment moins efficace que les humains et les animaux. A ce jour, elles n’ont ni sens commun, ni conscience. […]. L’électronique est un million de fois moins efficace que la biologie. [..]. S’il fallait placer les systèmes d’intelligence artificielle sur le fabuleux curseur de la capacité intellectuelle où l’homme est à 100, et la souris à 1, ils seraient plus proche du petit rongeur. Et ce même si la performance de l’IA sur des tâches précises et étroites s’avère surhumaine. ». Reconnaître, traduire, transcrire, automatiser, non seulement les promesses mais les accomplissements de l’IA sont époustouflants. Mais difficile ici d’aller ici au-delà des citations pour éclairer les défis du deep learning ou des réseaux de neurones artificiels. Il faut plonger et lire. Sinon du début jusqu’à la fin en une seule fois, au moins passage par passage, pour se familiariser. Aider notre cerveau à reconnaître et apprivoiser des mots, des concepts, des raisonnements qui demain nous aideront dans nos choix comme autrefois la machine à vapeur a décuplé la force musculaire des hommes…

Connaissez-vous Faraday Future, Nio, Byd, Byton ? Ou pour vous mettre sur la voie Lucid Motors ? Non, toujours pas ? Tesla ? Oui, tout le monde connait maintenant l’emblématique constructeur américain de voitures électrique. Les marques qui précèdent sont tout simplement ses futurs concurrents chinois voire sino-américain, toutes des startups C’est dire l’attrait qu’exerce le marché automobile de demain. Tesla devrait sans doute atteindre les 500 000 véhicules construits par an en 2020. La marque rachetée (et non créée) par Elon Musk a ajouté à son site historique de Californie, une usine de batteries dans le Nevada, une usine en Chine, bientôt une autre en Allemagne… Ce n’est pas seulement son histoire que raconte son auteur, Hamish McKenzie, un journaliste américain, dans La révolution Tesla (Editions Eyrolles) mais toutes celles de ces entrepreneurs qui croient fermement à un avenir fait de voitures électrique, peut-être autonomes, bourrées d’IA, conduites au doigt et à l’œil depuis une tablette ou un smartphone… Captivant aussi de voir tous ces écosystèmes de nouveaux intervenants qui se mettent en place d’une entreprise à l’autre. Ils n’ont rien à envier aux fameux plateaux donneurs d’ordres-fournisseurs rang1-rang 2 développées depuis la fin des années 80 (on y revient…). Les constructeurs traditionnels doivent-ils s’inquiéter ? Quant on sait ce qu’est devenue Nokia face à Apple en quelques années, la question mérite d’être posée. En tout cas, la mutation est rapide. A peine sortis des remous du dieselgate, les constructeurs allemands ont accéléré. L’Alliance Renault-Nissan qui se vantait de son avance doit aujourd’hui voir se lever la vaque avec un peu d’amertume. De quoi regretter les tourments dans lesquels sont plongés le français et le japonais. Ou de vérifier la règle : il ne faut pas avoir raison trop tôt. Depuis trois ans, les ventes du diesel reculent, au tour du thermique ?

Le one-to-one

Créée par Tien Tzuo, un ancien de Salesforce, Zuora est une plateforme de gestion d’abonnement… Nous connaissons bien dans la presse les principes de l’abonnement. Aussi, quand une nouvelle entreprise s’arrête par Paris à l’occasion du lancement de son livre Le business de l’abonnement (Editions Eyrolles), forcément, ça interpelle. Et quand la jaquette du livre annonce « les entreprises ayant adopté le modèle de l’abonnement enregistrent une croissance neuf fois supérieure au S&P 500 », là, il ne faut plus hésiter. Il faut s’inscrire à l’évènement et repartir avec le livre. Au fil des pages, les secteurs défilent dont le modèle de revenu a basculé ou va basculer vers l’abonnement : la presse, les fluides (télécoms, énergie), l’entertainment (Netflix, Spotify, Deezer, etc.), la bureautique (Office 365, G Suite, etc.), tout le business des plateformes applicatives (le cloud !) mais demain aussi… l’automobile, et pas seulement le leasing mais l’usage d’un mode de déplacement, quelque soit le véhicule mis à disposition, auprès d’un constructeur, les équipements (chauffage, électroménager), l’habillement, etc. Le BtoC mais aussi le BtoB… Les exemples se multiplient d’entreprises qui optimisent leurs coûts fixes, bénéficient de services autour de leurs usages. L’abonnement s’appuie sur la mutualisation des biens. L’usage et les services sont les rois. Leçon n°1 : ce modèle de vente suppose de bien connaître ses clients. Finies les ventes one shot ! Il faut fi-dé-li-ser. Nous entrons dans l’ère des datas. De quoi aussi bouleverser les pratiques achats du côté des entreprises ? Sans doute. Donc à lire !

 

 

Notre sélection 2019

 

 




 

Une image contenant homme, personne, intérieur, photo Description générée automatiquement

2.Le piège parBertille Bayart et Emmanuel Eglof, Kero

 

3. Pourquoi votre prochain patron sera chinois (Peut-on renverser la vapeur avant qu’il ne soit trop tard ?) par Denis Jacquet et Homéric de Sarthe, Editions Eyrolles – L’Instant qui suit



 

4. La Chine sous contrôle - Tiananmen 1989-2019 par François Bougon, Seuil

 


5. Traverser la rivière en tâtant les pierres par Christine Cayol, Tallandier

 


6.  Peuple, Pouvoirs & Profits par Joseph E. Stiglitz, Les Liens qui Libèrent



7. La France qui déclasse par Pierre Vermeren, Tallandier

 

 

8. L'archipel français par Jérôme Fourquet, Seuil

 


9. Sortir du chaos par Gilles Keppel, Gallimard

 

10. Quand la machine apprend (la révolution des neurones artificiels et de l’apprentissage profond) par Yann Le Cun (Prix Turing), Odile Jacob



11. La révolutionTesla (comment Elon Musk nous fait basculer dans le monde de l’après-pétrole) par Hamish McKenzie, Editions Eyrolles



 

12. Le business model de l'abonnement par Tien Tzuo (avec Gabe Weisert), Edition Eyrolles



[1] Le prix Turing récompense chaque année une personne pour une contribution essentielle à l’informatique en hommage au britannique Alain Turing, le concepteur d’Enigma, le 1er calculateur des temps modernes.

Publié le 10/01/2020 - Par la rédaction

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