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Publié le 19/10/2019 - Par la rédaction

Livres Achats Off 2019 : Peuple, Pouvoirs & Profits par Joseph E. Stiglitz

Sous-titré « Le capitalisme à l’heure de l’exaspération sociale », ce livre serait-il un brûlot de plus contre l’économie de marché, le monde libre, etc. ? Le compte-rendu ne s’annonce pas facile. Sauf que l’auteur a été Prix Nobel d’économie, économiste en chef à la Banque mondiale et conseiller du Président Obama. Ce n’est pas non plus son premier ouvrage contre les dérives de l’ultra-libéralisme. A lire d’autant plus qu’il revisite nos quarante dernières années…

De Reagan à Trump, des années 80 à maintenant, le dernier Stiglitz sorti chez nous le 26 septembre dernier livre le portrait terrible d’un monde qui a profondément changé. Quarante années qui ont vu l’effondrement de l’URSS, la chute du mur de Berlin, la montée de puissance de la Chine, le recul du leadership américain qui sous les coups de butoir de la mondialisation a subi la désindustrialisation, la tertiarisation de son économie, l’appauvrissement de ses classes populaires et moyennes, un transfert éhonté de richesses vers le 1% de sa population la plus aisée, etc. Joseph Stiglitz ne croit pas, mais alors pas du tout, aux principes du ruissellement. Cette théorie selon laquelle le moins d’impôt possible profite à l’investissement et que, subséquemment, l’activité ainsi générée par les plus riches rejaillit sur les plus modeste. Un raisonnement simplissime – pour ne pas dire simpliste - balayé par l’auteur.

Limiter le pouvoir de marché

Croire aveuglément à la toute puissance des marchés, aux dérégulations, au moins d’impôts, c’est accepter de livrer les populations aux développements exponentiels des technologies et des sociétés qui les contrôlent (attention aux monopoles qui se constituent) ou à l’accroissement des risques climatiques (l’éternel retour des énergies fossiles face aux énergies renouvelables). L’auteur dénonce la logique des fusions qui tendent à réduire la concurrence pourtant un des piliers de l’économie moderne. Sans parler de pratiques ou de clauses contractuelles abusives. Et il prévient : « Dans une économie de la connaissance, les droits de propriété intellectuelle (DPI) vont jouer un rôle croissant. ». Au risque d’un double écueil sous couvert de monopole : faire monter les prix et étouffer l’innovation. Joseph Stiglitz a un leitmotiv : il faut limiter le pouvoir de marché. Surtout ne pas interdire aux Etats de corriger les inégalités qui peuvent naître d’un système sans contrôle. Et ne pas les priver non plus de ressources. Moins de moyens, c’est moins d’argent pour la santé, pour l’éducation, pour la recherche fondamentale, pour les investissements d’avenir. C’est aussi potentiellement faire courir un risque à la démocratie. La crise économique de 2008 a consacré la fin des illusions. La montée des populismes partout dans le monde traduit une tentation du repli sur soi. Trump aux Etats-Unis, le Brexit en Europe en sont le reflet.

Joseph Stiglitz ne veut pas faire de Donald Trump la cause de tous les maux de l’Amérique – et du monde – d’aujourd’hui. Il l’écrit mais cela ne relève que de la pétition de principe. Il consacre en effet un long passage à la guerre commerciale avec… la Chine. L’obsession du locataire de la Maison Blanche qu’il contredit de façon vigoureuse. Le succès de ce pays ne repose plus seulement sur ses usines et ses travailleurs à bas salaires ni sur les joint-ventures qu’il impose aux investisseurs occidentaux pour organiser un transfert de technologies. « Dans certains domaines, écrit-il, comme les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle ou la cybersécurité, la Chine est déjà à l’avant-garde. Le nombre de brevets qu’elle reçoit augmente énormément. ». A rapprocher au paragraphe précédent avec la question des DPI qui préoccupe l’auteur.  Il ajoute cette formule définitive : « L’administration Trump veut fermer la cage alors que l’oiseau s’est déjà envolé ! ». Renforcer les taxes sur les produits chinois pénalisera le consommateur (le contribuable) américain et n’entraînera aucune relocalisation des productions abandonnées… Il faut malgré tout « réparer » la mondialisation. Celle-ci n’a pas produit les effets escomptés pour… les travailleurs des pays industriels. Les baisses de revenus, l’inactivité, les coupes dans les services publics ont eu des conséquences largement sous-estimées…

Joseph Stiglitz n’est pas à proprement parler placé à l’extrême-gauche de l’échiquier politique. Façon de parler. S’il critique volontiers et fermement les dérives du systèmes financier (toujours la crise de 2008 !) et les excès du court-termisme avec des choix relevant plus du pari que des investissements à long terme, protégeant plus les actionnaires des établissements que les apporteurs de fonds et privilégiant la rente, il espère toujours une action déterminée du politique pour ramener les banques à leur vocation : financer l’entreprise (dans son acception la plus large). Autrement dit, la vie réelle… L’auteur voit deux défis à relever : celui des nouvelles technologies – un secteur qui a ses vertus et ses faces sombres - et un autre, plus complexe, qui pose à nouveau – et vu des Etats-Unis ce n’est pas simple, la question du rôle de l’Etat et de l’action collective.

Faciliter la transition vers un monde post-industriel

Les nouvelles technologies de l’information portent des promesses sans précédent pour ses utilisateurs mais offrent aussi un concentré de dérives potentielles, déjà évoqué : concentration des savoirs-faire, des revenus, positions anti-concurrentielles, monopoles, usages abusifs, restriction des libertés, règne absolu des datas, perte de contrôle, etc. Sans oublier les risques liés aux baisses de salaires sinon au remplacement de la main d’œuvre traditionnelle. Vertigineux. Mais l’auteur ne s’étend pas. Il conclue à nouveau par un constat : les Etats devront s’employer à réformer leur pratique, leur implication, pour jouer à plein leur rôle de régulateur. Dans une seconde partie, plus courte, intitulée « Reconstruire la politique et l’économie des Etats-Unis (la voie pour avancer) développe ses recettes. Autocentrées sur l’Amérique ? Pas seulement. Outre les lignes consacrées aux limites actuelles du système politique américain (à commencer par un processus électoral qui ne garantit pas aux plus grand nombre d’électeurs de l’emporter), l’économiste propose des pistes pour « faciliter la transition vers un monde post-industriel » comme créer une société de l’apprentissage, mettre en œuvre des politiques territoriales, renforcer la protection sociale (ne plus revoir les scènes de 2008 et de ces gens contrains de quitter leur logement, etc.). Au passage, il tord le cou à l’idée du revenu universel qui a également sévi outre-Atlantique… Cette dernière partie est elle aussi plus universelle. A lire aussi les très riches notes reportées à la fin de l’ouvrage. Une somme...


Peuple, Pouvoir & Profits par Joseph E. Stiglitz, Les Liens qui libèrent

 

Publié le 19/10/2019 - Par la rédaction

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