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Publié le 11/10/2019 - Par la rédaction

Handeco Informelles 2019 : cap sur les grands donneurs d’ordres !

La 11e édition des Informelles d’Handeco, le lendemain de la réunion du Gesat, a été l’occasion pour ses promoteurs de montrer leurs muscles. Les Achats y était bien représentés. Et pour résumer la matinée : l’inclusion du handicap affiche encore du retard, le STPA offre une grande diversité de métiers renforcée par les TIH (Travailleurs Indépendants Handicapés) et les grandes entreprises restent des donneurs d’ordres privilégiés.

Feinte ou pas la surprise ? Le secrétaire général d’Handeco, Joseph Ramos, ignorait que la veille de son évènement se tenait celui du Gesat et que les deux avaient le même invité exceptionnel, le comédien Christian Fulder, dont l’abattage sur scène fait oublier son handicap de taille. Un grand bonhomme. Dans tous les cas, deux évènements valent mieux qu’un. Au diable les rivalités. Nous avons croisé dans le public des participants inscrits aux deux manifestations après tout très complémentaires. Passons.

Organisée le 27 septembre dernier au Musée du Quai Branly voulu par Jacques Chirac, les Informelles 2019 pouvaient aussi s’ouvrir sur un hommage au président de la République disparu la veille. C’est lui qui a permis la promulgation de la loi de février 2005 sur l’égalité des chances. C’était un des chantiers prioritaires de son second mandat (2002-2007). Handeco rappelait aussi les principes de sa plateforme : celle-ci référence près de 2100 entreprises du STPA (ESAT et EA). Deux nouveautés cette année : elle accueille désormais des travailleurs indépendants handicapés (les TIH) et met en ligne de nouvelles fiches fournisseurs qui pourront afficher les recommandations des donneurs d’ordres eux-mêmes.

Bouleversement du travail

De la même façon que le recours au STPA doit s’inclure dans une démarche RSE plus vaste, l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap doit être évalué à l’aune de la transformation du travail. Pour camper le décor du jour, le conseiller d’Etat Denis Piveteau, co-auteur avec Jean-Baptiste de Foucauld de l’ouvrage « Une société en quête de sens » (Editions Odile Jacob), rappelait ce chiffre : 19% des personnes handicapées sont sans emploi. Un chiffre sans doute sous-estimé. Mais mettre en perspective la réalité du monde du travail pour les personnes en situation de handicap invite aussi à élargir le sujet.

L’intervenant s’y est employé. Exercice souvent rhétorique, parfois long mais néanmoins stimulant. Ce que nous en avons retenu : l’époque vit un bouleversement du monde du travail. Les symptômes ne manquent pas : « ubérisation » des emplois, externalisation massive, travail partiel, temporaire, besoin de flexibilité, montée en puissance des free-lances, du télétravail, etc. La relation au travail évolue, celle à la hiérarchie aussi. A contrario, le risque est grand que nombre de personnes soient exclues… du monde du travail. Ce paysage très éclaté peut tout autant renforcer les barrières à l’accès que favoriser à l’inverse l’inclusion. Un travail partiel à domicile à distance ne pourrait-il pas être plus facilement confié à une personne invalide ? Le regard sur le handicap a changé. Les valides eux-mêmes prennent conscience de leurs propres risques à vivre une situation de handicap (maladie, vieillissement). Le droit des personnes handicapées peut être une chance. Il faut sans doute… « documenter » cette chance. Du même coup, la notion d’inclusion prend plus de sens et peut être partagée plus largement. Au point de faire bouger les ligne dans les entreprises du côté des prescripteurs. La frontière que rêvent de déplacer, à les entendre, les achats.

Achats contrastés

Et c’est là qu’il faut parler d‘actions. A la tribune, des responsables achats témoignent de leurs efforts. Sylvie Noël, directrice des achats du groupe Covea et présidente de l’ADRA (Association des Directeurs et Responsables Achats) plaide pour un sourcing plus dynamique avec un recours à des plateformes Open data permettant de remonter des typologies d’entreprises les plus larges possible mais ne sous-estime pas dans le même temps la conduit du changement que cela suppose tant auprès des équipes achats que des prescripteurs (les métiers) souvent décisionnaires. Olivier Debargue, directeur délégué aux achats des futurs Jeux de Paris, insiste sur le volet emploi de sa mission : plus de 15 000 emplois vont être créé à l’occasion de cet évènement sportif, avec beaucoup de formations pour accompagner, autant d’occasion d’examiner les volets RSE et inclusion des entreprises répondant aux appels d’offres. Martine Tucakovic, responsable des achats solidaires à la SNCF choisit de son côté d’évoquer les actions que mène l’entreprise auprès des TIH mais plus du côté des RH que des Achats… Difficile selon ses interlocuteurs d’allotir finement les achats pour pourvoir recourir à ces travailleurs indépendants. Il subsiste encore beaucoup d’appréhension. Et puis les achats ont des panels de fournisseurs historiques. Le temps manque souvent pour travailler très en amont la réponse à des besoins éventuels. Ces témoignages ont le mérite de refléter la réalité du terrain…

nouvel observatoire

Le réseau Gesat a son observatoire de longue date. Handeco aura le sien ! Il avait été annoncé à la toute fin des Informelles 2018. La première édition du Baromètre 360° ESAT EA TIH, soutenue par la fondation Handicap Malakoff Méderic, Pas@Pas (partenaire d’Handeco) et H’Up entrepreneurs, a donc été dévoilée un an plus tard. L’étude a été réalisée par OpinionWay auprès de trois cibles (300 entreprises, 200 établissements du STPA et 60 TIH). Elle est disponible en ligne sur le site d’Handeco. Sans surprise, parmi les principales activités exercées par les ESAT-EA interrogées, ressortent, dans cet ordre l’entretien des espaces verts, la sous-traitance industrielle (au sens large), le transport-la logistique-le conditionnement, le nettoyage. Avec dans tous les cas une grande diversité d’activité dans ces entreprises. C’est une caractéristique du STPA. Ce qui ne facilite ni la gestion de ses entités ni sa perception par ses donneurs d’ordres potentiels. Plus étonnant, en revanche, cette indication fournie par les entreprises dites normales : elles feraient appel au STPA essentiellement pour les fournitures générales (65% des réponses) et pour les espaces verts ensuite, loin derrière avec… 13% des réponses. A ce moment-là de la présentation de l’étude, la salle a frémi. D’une part, la présentation des activités du STPA reste dans les poncifs (les espaces verts) loin de la diversité voire de la technicité des métiers couverts par le STAP. Près de 200 par les 2 150 entreprises que représente ce secteur d’activité. L’échantillon n’était-il pas trop faible ? Idem pour les donneurs d’ordre. Le poids écrasant pris par les fournitures ne reflète pas le poids de ce secteur dans les activités même du STAP : 1% à peine ! Conclusion facile : le STPA est loin de faire le plein auprès de ses clients potentiels, du privé ou du public…

Ce nouveau Baromètre 360° aboutit tout de même à des conclusions qui ne seront pas contredites par les observateurs : d’une part, les donneurs d’ordres ne connaissent pas suffisamment le STPA (47% disent aussi qu’ils n’y trouvent pas les services dont ils ont besoin), d’autre part, les acteurs du STPA eux-mêmes admettent qu’ils ne sont pas connus (76% des réponses). Il faut communiquer et surtout montrer ses spécificités, elles-mêmes peu perceptibles, surtout les plus pointues. Et li y en a ! Deux bonnes nouvelles encore : 18% des ESAT-EA disent avoir enregistré une hausse des commandes publiques, 17% des TIH. Dommage, il n’y a pas d’indications pour le privé… A propos des TIH, 52% d’entre eux dispensent des conseils et des formations dans ce domaine précisément. Curieux, alors qu’ils sont sans doute assez peu connus, ils sont 35% à déclarer des commandes publiques… en baisse. Enfin, terminons là-dessus, il y a dans l’ensemble une bonne appréciation des prestations délivrées que ce soient les délais (96% d’avis favorables), la qualité (89%), les relations fournisseurs (87%) ! Des scores édifiants. Seul point où le bât blesse : les prix pour 37% des interrogés. Ils ne sont pas majoritaires non plus. Et puis, on ne se refait pas aux Achats… Les poncifs ont la vie dure ! A suivre ! La 12e édition des Informelles est déjà programmée le 25 septembre 2020.

 

Publié le 11/10/2019 - Par la rédaction

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