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Publié le 06/06/2019 - Par la rédaction

Salon Handicap 2019 : STPA et performance compatibles

Le seuil des 4 500 visiteurs a été franchi par le salon Handicap, Emploi et Achats Responsables pour sa 4e édition organisée le 28 mai dernier. C’est 30% de visiteurs en plus par rapport à 2018. Et parmi eux, pas moins de trois membres du gouvernement : Muriel Pénicaud (Travail), Frédérique Vidal (Enseignement supérieur), Sophie Cluzel (Handicap). Les Achats étaient aussi présents via la CNA et l’ADRA mais aussi des donneurs d’ordres, intervenants ou simples visiteurs…

Et parmi les personnalités s’étant déplacées, ne pas oublier l’épouse du président de la République, bien sûr ! Rendre visible le handicap, c’est aussi user de toutes les ressources de la communication. Brigitte Macron a été vue (notamment) sur le stand Handiréseau. Elle était déjà intervenue cette année lors de la remise des Trophées Femmes en EA que cette association organisait.

Dans les allées du salon, entre les stands des associations et ceux des entreprises (ESAT ou EA), dans les ateliers comme les conférences, les visiteurs ont pu croiser quelques dirigeants achats : Sylvie Noêl (Covea), Arnaud Minvielle (Ex BPCE, depuis Secrétaire général de l’ADRA), Arnaud de Lamezan (Lagardère group), Martin de Neuville (Pierre & Vacances), Eric Dewilde (Ex Crédit Agricole, Movens aujourd’hui), Olivier Debargue (Comité d’organisation Paris 24), etc. Le CNA aussi intervenait, notamment avec la Société Générale (partenaire du salon). Nous retrouvions également Yann Le Coz (YLC Consultants) qui signe régulièrement une chronique dans nos colonnes. Une liste non exhaustive.

La performance en dénominateur commun

Quoi de neuf précisément dans les Achats auprès du STPA (Secteur du Travail Protégé et Adapté) ? Comment prendre en compte, côté Achats, cette dimension, à la fois économique et sociétale, dans son panel de fournisseurs ou à l’inverse, côté prestataires de services, comment intégrer les achats dans ses objectifs de développement ? Nous avons deux convictions à La Lettre des Achats : d’une part, cela fait longtemps que le STPA est sorti des espaces verts ! C’est un de ses domaines d’expertise mais ce n’est pas le seul ! Ses entreprises abordent des métiers de plus en plus divers voire de haute technologie. Nous y reviendrons. Et d’autre part, à l’adresse des prestataires du secteur, il leur faut… oser les Achats ! N’hésitons pas à détourner le slogan popularisé par le Gesat : « Osez le handicap ! ». Et s’il y avait justement un parallèle à faire entre Achats et handicap, il ne pourrait se faire que sur le thème de la… performance. Nous y reviendrons aussi.

Nous nous sommes concentrés sur les conférences marquées Achats. Avec son intitulé Achats responsables : comment sensibiliser et convaincre les prescripteurs d'achats ?, cette conférence d’ouverture résumait à elle seule, à la fois la bonne volonté de toutes les parties prenantes (donneurs d’ordres et fournisseurs du STPA) mais aussi les contradictions qui perdurent sur un sujet largement réparti entre plusieurs intervenants dans l’entreprise : les missions handicap, les responsables RSE, les directions Achats et… les métiers. Sylvie Noël (Covea) le rappelait : « Nos interlocuteus au sein des entreprises – les métiers, les utilisateurs – connaissent très peu le STPA. Et cette méconnaissance génère encore des peurs. Elles sont associées aussi à l’idée de surcoûts… ». Comment en sortir ? La directrice des Achats de Covea se livre sans détour : « il n’y a pas de recette miracle ! Il faut que le STPA se fasse connaître des métiers, identifie de bons ambassadeurs et développe des sujets communs avec les achats ! ».

Céline Grelier, responsable du développement d’Handiem, une association qui promeut l’emploi de personnes en situation de handicap auprès des entreprises du médicament, lui fait écho : « Les achats ne sont pas seuls ! ». Il ne s’agit pas de les contourner, mais bien de les identifier, de les relier à leurs interlocuteurs au sein des entreprises. A l’adresse des acheteurs cette fois, elle ajoute : « Il faut que les acheteurs et les utilisateurs partagent des sourcings, des critères de choix, des indicateurs, organisent des rencontres, des visites d’entreprises et qu’ensemble, ils changent leur regard sur le STPA. » Ne pas faire du « descendant », ne rien imposer. Mais conquérir peu à peu de nouveaux territoires. Une démarche que connaissent bien… les Achats. Beaucoup savent ce que c’est de s’imposer peu à peu, de démontrer son savoir-faire. Passer par les Achats et leur donner des pistes, des sources de substitution, serait sans doute se doter d’un avantage compétitif…

Les Achats ont tous les outils pour bien faire. Sylvie Noël le détaille : « Nous savons définir avec précision les achats que nous pouvons adresser au STPA, et jusqu’à une granularité très fine dans les différents segments d’achats, lancer un appel d’offres global ou bien procéder par lots… ». Mais l’appui des responsables RSE et/ou Handicap est encore une fois indispensable.

Jamais seuls les Achats

Les Achats ne peuvent pas tout (pas encore) et (dommage) ne donnent pas non plus beaucoup de chiffres (montant des achats dévolus au STPA). De ce point de vue-là, une association comme le Gesat sera plus diserte, elle qui se présente désormais comme… une place de marchés de prestataires (plus de 2000 dans une base élargie désormais aux travailleurs indépendants handicapés) … Son homologue Handeco revendique elle aussi une base élargie au TIH. Mais certains acheteurs ont des recettes : un annuaire de prestataires spécialisés poussé au plus près des utilisateurs, des obligations faites à de « grands » fournisseurs à faire eux-mêmes appel à des entreprises du STPA (allotissement) et de piloter l’ensemble. « Demandez à vos prestataires de faire ce travail pour vous ! » suggère, sur l’estrade, un brin taquin, Arnaud Pascal, directeur des opérations de l’ESAT, ANRH. Pour les entreprises du STPA, les temps d’approche ne sont pas négligeables comme le rappelle Jean-Louis Cissé, directeur du développement d’ATF Gaïa : « Ce n’est jamais facile pour une EA ou un ESAT de travailler au niveau requis par les grands groupes. Il faut compter parfois au moins dix-huit mois pour s’adapter… ». Une recette là encore : multiplier les occasions de rencontres pour apprivoiser ensemble prescripteurs et acheteurs. Les réticences des donneurs d’ordres génèrent sans doute beaucoup d’hésitations du côté des prestataires. Inversement, les supposées fragilité de ces derniers – ajouté à de possibles périodes d’adaptation – ne lèvent pas facilement les doutes. Le temps de l’apprentissage réciproque n’est pas près d’être révolu.

Ethique et performance

C’est la conférence plénière qui a drainé les foules. Axel Khan, médecin généticien, Président de la fédération international du Handicap, y a été largement interviewé. Très connu du grand public, sa parole de scientifique a du poids. Il a marqué l’auditoire quand il a fait de la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » du 11 février 2005, « la loi la plus importante de la république. ». Une loi qui permet de « revendiquer un droit à la fragilité » et qui assure dans le même temps que tout sera fait pour (re)donner un droit à l’égalité des chances. Un droit « à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale » pour reprendre le texte officiel. Ce qui a été défait peut être sinon effacé du moins le plus possible corrigé.

Sur le thème « Ethique et performance : le couple infernal ! », l’auditoire n’a pas été déçu. D’abord ce préambule : « les personnes peuvent être performantes de par leur… handicap ! ». Une supériorité sensorielle, tactile, auditive… Autant de qualité que l’on peut s’employer à reconnaitre et à exploiter. Axel Khan enchaîne : « je n’ai aucune difficulté à magnifier la performance à quelque niveau que ce soit. La recherche de performance, c’est d’abord vouloir aller jusqu’au bout de soi-même. Cela n’a rien à voir avec l’idée d’une performance narcissique, futile, fugace… ». On l’entend bien de cette façon : la performance, ce n’est pas l’exercice d’un rapport de force permanent.  Les entreprises doivent intégrer le handicap dans leur organisation, dans une dynamique collective. Le scientifique souligne aussi l’apport des nouvelles technologies au handicap. De très gros progrès ont été fait. On pense à une plus grande intégration homme-machine mais Axel Khan ne veut pas parler d’homme augmenté mais d’homme… réparé. Une approche plus modeste mais sa fierté de scientifique, dit-il, c’est de lutter contre les inégalités de la nature. Il lance pour finir un défi aux jeunes générations : « Nous avons un peu failli. Nous n’avons pas assez fait. Faîtes mieux que nous ! ».

L’intégration dès l’école

Sur le plateau, des dirigeants d’entreprises, Philippe Aymerich (Société Générale), Eric Fourel (EY), Françoise Schoenberger (LVMH), Christian Streiff (Ex-PSA), apportent des témoignages « bien-pensant » sur la prise en compte du handicap dans leurs entreprises respectives (intégration, communication, recrutement, etc.) Peu de choses sur la sous-traitance et sur le rôle dévolu aux Achats. Témoignage le plus marquant, celui d’EY qui a créé une association interne, Droit comme un H. Ce cabinet de conseil recrute chaque année plus de 7 000 candidatures de jeunes diplômés minimum Bac + 5pour en embaucher 1 500. Et parmi eux 200 seulement en situation de handicap. Et c’est là toute la difficulté…

Venue conclure l’échange, Sophie Cluzel, Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées, met les pieds dans le plat en deux temps. Le premier : « Nous sommes sur un salon de l’achat responsable. Il faut faire évoluer nos pratiques, nos ressources humaines, nos acheteurs. Pas seulement faciliter l’emploi des personnes en situation de handicap, mais objectiver, démontrer qu’elles ont toute leur place à compétences égales. ». Le plus beau : c’est elle qui parle des achats ! Ce n’était plus un salon sur le… handicap. Deuxième temps, le rappel : « Il faut investir dans la réparation, investir dans les compétences. Il y a 500 000 demandeurs d’emploi en situation de handicap, 80% n’ont pas atteint le niveau du Bac… On ne dénombre « que » 2 000 étudiants de l’enseignement supérieur handicapés. Il existe trop peu de structures d’accompagnement. Il faut travailler sur une scolarité inclusive… ». Dès la rentrée prochaine une nouvelle approche sera proposée depuis les territoires, associant Pôle Emploi, les universités (77 référents handicaps seront nommés), différentes parties prenantes, sans doute les associations concernées. Le ministère de l’emploi et celui de l’enseignement supérieur sont d’ores et déjà mobilisés. Une grande consultation nationale sur l’emploi et le handicap a été lancée. Il faut travailler l’intégration du handicap dans toutes les dimensions de la société de façon transversale, en finir avec une approche jusque-là en silo. Une démarche qui ne pourra que rappeler celles que mettent aussi en place les entreprises…

Publié le 06/06/2019 - Par la rédaction

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