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Publié le 11/02/2021 - Par Guillaume Trécan

UniHA : mobilisation générale contre les risques de rupture d’approvisionnement

Confrontée à une spectaculaire inflation des besoins hospitaliers, les acheteurs de la filière hygiène et protection du corps du groupement UniHA réorientent leurs pratiques : plus de communication avec les fournisseurs et de nouvelles mesures de prévention des risques.

Sous l’effet de la crise, Elodie Hémard, acheteuse pour la filière hygiène et protection du corps chez UniHA, a sous sa responsabilité près de 40 millions d’euros d’achats de produits par an. Mais ce chiffre connaît une inflation galopante sous l’effet de la crise. « L’effet sur les consommations est exponentiel, prévient Elodie Hémard qui illustre son propos par l’exemple des blouses à usage unique : « le recensement des besoins effectué en 2018 pour le marché passé en 2019 tablait sur une dizaine de millions de blouses par an. Sur le seul premier semestre 2021, nous allons en livrer 9,9 millions. »

Au total, elle gère quatre segments d’achats : tenues professionnelles, articles d’hygiène à usage unique et incontinence infantile (51 % du périmètre) ; essuie-mains et sèche-mains (23 % du périmètre) ; prise en charge de l’incontinence adulte (21 % du périmètre) ; produits d’hygiène des locaux (5 % du périmètre).


Communiquer pour coller aux nouveaux besoins

Pour mieux accompagner les centres hospitaliers adhérents d’UniHA, le groupement a donc dû revoir sa stratégie. « Le principal changement concerne notre degré de communication avec les fournisseurs et les adhérents. La crise nous a fait prendre conscience de nos points faibles, en particulier du fait que nos achats n’intègrent pas de critères propres à la sécurisation des approvisionnements. Pour permettre à nos fournisseurs de s’organiser et de livrer nos adhérents malgré l’accroissement des commandes, nous menons auprès d’eux des recensements de leurs besoins à venir. En temps normal ils livrent en effet les adhérents par rapport à un besoin prévisionnel annuel annoncé dans l’appel d’offres » Depuis mars dernier, Elodie Hémard a ainsi mené une trentaine de recensements de besoin, ce qui lui a par exemple permis de garantir jusqu’au mois de juin 2021 les approvisionnements en blouses à usage unique… des produits dont le besoin mensuel (au plus fort de la crise) a été multiplié par dix par rapport à ce qui était initialement prévu dans l’appel d’offres.

Elle a également créé un groupe WhatsApp d’acheteurs hospitaliers pour leur permettre d’échanger des informations et de trouver des solutions collectives. Du côté fournisseur, elle est passée de points mensuels à des points hebdomadaires afin de mieux anticiper les éventuels retards de livraison, en particulier avec le segment tenues professionnelles, articles d’hygiène à usage unique et incontinence infantile « Nous devons apporter un maximum de visibilité à nos fournisseurs pour qu’ils puissent répondre aux besoins de nos adhérents », explique Elodie Hémard.


Mieux questionner les fournisseurs sur leurs sources

Pour introduire la notion de risque sans attendre la prochaine remise en concurrence de son accord-cadre, fin 2023, Elodie Hémard s’est fixée comme objectif d’ajouter durant le premier trimestre 2021 un onglet aux bordereaux de prix, demandant aux fournisseurs des informations supplémentaires pour chaque référence de l’offre principale : nombre de sites de production sur des zones géographiques distinctes, capacité du producteur à basculer d’un site A vers un site B, nombre de lignes de production, nombre et emplacement des sites de conditionnement, nombre et emplacement des sites de stockage, origine de la matière première. « Ces informations nous permettrons de réagir dès qu’il se passe quelque chose susceptible d’impacter la chaîne logistique et, par conséquent, la continuité des services de soins », explique Elodie Hémard.

L’acheteuse entend s’inspirer de ces principes dans les critères du prochain appel d’offres : « en phase d’analyse des offres nous devrons nous assurer que notre fournisseur dispose d’un plan B activable à tout moment », annonce-t-elle. Pour l’instant, sur les marchés du segment tenues professionnelles, article d’hygiène à usage unique et incontinence infantile, le critère technique compte pour 60 % et le critère prix pour 40 %.

« Le prix n’est pas le seul et n’est pas le premier critère de choix », insiste Elodie Hémard, qui a pu constater pendant la crise qu’elle était en phase avec ses confrères acheteurs hospitaliers sur ce point. « Nous avons subi de fortes augmentations tarifaires ces derniers mois. Malgré cela, un sondage mené auprès de nos adhérents en fin d’année 2020 révèle que 54 % de nos adhérents recommandent nos marchés à d’autres établissements de santé et 33 % de nos adhérents sont satisfaits. Soit 87 % de satisfaction. Cela prouve bien que le prix n’est pas la seule priorité », analyse Elodie Hémard. Pour elle ces résultats sont aussi une confirmation de l’importance d’entretenir le dialogue et d’accompagner les adhérents du groupement.


Multisourcing plus que sourcing local

L’idée d’introduire des critères favorisant un sourcing local, en revanche ne convainc pas Elodie Hémard. « La crise sanitaire nous a effectivement montré que nous sommes aujourd’hui trop dépendants de la Chine. Mais si, demain, j’achète tous les masques de chirurgie (35 millions an en temps normal) sur un seul site en Europe, ce site aussi peut être défaillant », souligne-t-elle.

Aujourd’hui UniHA travaille principalement avec des distributeurs positionnés en France métropolitaine qui ont recours à des fabricants à 80 % localisés en Asie et à 20 % en Europe. Mais là aussi les tensions sur certains produits font bouger les lignes : pour les masques FFP2, UniHA travaille par exemple avec un distributeur français qui s’approvisionne chez deux fabricants français et un distributeur-fabricant européen. Certains distributeurs ont ainsi pris un peu d’avance sur la nécessité de double-sourcer leurs produits dans des zones géographiques différentes. Par exemple pour les pyjamas, jusqu’ici fabriqués à 100 % en Asie, le distributeur titulaire du marché UniHA a développé depuis le début de la crise des accords avec des fabricants marocains.


Des limites du Code mises en lumière

Riche en enseignement pour les Achats hospitaliers, la crise sanitaire met également en valeur certaines limites du code de la commande publique. « Jusqu’à présent le code de la commande publique ne nous donne pas la possibilité de prendre en compte les rapports d’exécution des marchés précédents dans l’analyse des offres. Si cela se passe mal avec un fournisseur, nous n’aurons pas la possibilité d’en tenir compte dans l’analyse des offres, lorsque le marché sera remis en concurrence, les compteurs seront remis à zéro », regrette Elodie Hémard. Un constat qui renforce la nécessité de dialoguer avec les fournisseurs pour échanger avec eux sur des axes de progrès et leur rappeler leur objectif commun avec UniHA de servir les adhérents.



La filière hygiène et protection du corps

Montant des achats (avant la crise) : 40 M d’€

Coordonnateur de la filière : Stéphanie Geyer directrice des achats du GHT Sud Lorraine

Acheteuse de la filière : Elodie Hémard

Nombre d’adhérents aux marchés tenues professionnelles, articles d’hygiène à usage unique et incontinence infantile : 277 établissements (dont 80 % d’établissements partie de GHT)

Publié le 11/02/2021 - Par Guillaume Trécan

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