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Entretien

Actualité

Publié le 15/11/2021 - Par La rédaction

Sylvie Noël (ADRA) : “ Cette fois encore, comme à chaque crise, les entreprises ont pris un peu plus conscience de l’importance des Achats. “

Sylvie Noël, Présidente de l'ADRA, Directrice des Achats, groupe Covea Sylvie Noël, Présidente de l'ADRA, Directrice des Achats, groupe Covea

Elle incarne l’ADRA depuis quelques années déjà. Sylvie Noël, Présidente de l’Association des Directeurs et Responsables Achats et d’autre part directrice des Achats du groupe Covea, rappelle inlassablement les valeurs de ses 130 adhérents : la convivialité et la partage d’expérience. A la veille de ses deux rendez-vous traditionnels, Les Rencontres de l’ADRA et l’ADRA’UP, c’est l'occasion de mesurer une probable et nouvelle mutation des Achats ces derniers mois de crise. Et ce n’est pas fini…

A la veille de la tenue des Rencontres de l’ADRA, comment définiriez-vous la place prise par ce rendez-vous, à la fois pour l'association et le monde des Achats ?

Il faut déjà rappeler le principe des Rencontres de l’ADRA dont c’est la 10e édition cette année : ce sont des binômes qui s’expriment autrement dit des donneurs d'ordre et leurs prestataires. Et parmi eux, beaucoup ont su attendre pour être à nos côtés malgré les reports successifs auxquels nous avons été contraints en 2020 en raison de la crise de la Covid. Toutes ces sociétés qui viennent pitcher ont compris l’intérêt de l’évènement.

D'ailleurs, avant, autant nous avions besoin d’aller chercher des intervenants, autant aujourd’hui, ce sont les sociétés qui viennent vers nous. La règle essentielle, c’est que celui d’entre nous qui présente un prestataire travaille avec lui. Il y a une vraie dynamique des deux côtés. L'idée n’est pas de présenter tous les détails du projet réalisé mais de mettre en valeur une expertise. Il y a une validation par les autres participants, donc autant de clients potentiels. Nous assistons d’une certaine façon à un changement de paradigme. Ce sont désormais les fournisseurs qui peuvent choisir leurs clients. En l'occurrence, nous avons ici l'exemple de sociétés qui sont motivées à l’idée de développer leurs activités avec des gens qui ont les mêmes valeurs, les mêmes façons de travailler et de partager leur expérience. L’ADRA, c’est un peu plus de 130 adhérents et toujours un esprit de club.

Votre autre évènement, l’ADRA’UP, est un marqueur tout aussi important que les Rencontres, cette fois en faveur des startups et de l’innovation. Faut-il que les parrains ou marraines de ces start-up sélectionnées travaillent déjà avec elles ? Leur domaine d'activité est-il limité à la fonction Achats ou plus large ?

C’est vrai, notre attachement à l’ADRA’UP est d’autant plus important que nous nous sommes donnés la mission d’aider et de promouvoir des startups. Le 15 décembre, à la piscine Molitor, ce sera la 7e édition de cet événement. Il y aura deux changements cette année. Le premier : nous faisons revenir une société qui avait participé cinq ans plus tôt à un ADRA’UP. Depuis, elle a fait son chemin, en particulier auprès des membres de l’ADRA. Presqu’un bébé ADRA ! Son témoignage vient à l’appui de notre principe. En tout cas, là aussi, c’est très bien de voir des équipes passées par l’ADRA venir témoigner.

Seconde innovation : intégrer le handicap au sein de cet évènement. Je fais partie du comité d’organisation d’HandiHA, un salon en ligne consacré à l’inclusion, et nous pensons que l’accueil de personnes en situation de handicap n'est pas restreint aux seules grandes organisations et que les startups peuvent aussi s’impliquer dans cette démarche. Sinon, l'ADRA’UP, c’est le même principe que les Rencontres. Les startups viennent pitcher à l’invitation de l’un d’entre nous. Il n’est pas nécessaire d’avoir déjà travaillé avec elle. Elles ont été identifiées et elles présentent un intérêt suffisant pour le groupe. De même, et c’est volontaire, nous ne sélectionnons pas de startups de niche. Par niche, nous n’entendons pas seulement une activité dédiée à la fonction Achats mais aussi limitée à un type de biens ou de services. Nous nous efforçons d'identifier des structures aux potentialités les plus larges possibles.

Venons-en à une actualité plus difficile. Les entreprises sont sous haute tension : hausse des matières premières, pénurie diverses, décarbonation, digitalisation, etc. Comment les organisations Achats vivent-elles cette situation et en particulier les membres de l’association ?

Nous avons justement consacré un de nos derniers Jeudis - nos rencontres mensuelles - aux hausses de matières premières et aux pénuries. C’est extrêmement intéressant de voir comment les entreprises raisonnement et surtout se remettent en question. Elles ont pris conscience que les modèles d'avant, mêmes prédictifs, n'étaient pas les meilleurs modèles. Là aussi, il y a un changement de paradigme. Il y a semble-t-il une prise de conscience générale dans les entreprises que les Achats sont désormais devenus la pierre angulaire de leur organisation. On le voit sur les matières premières - avec les contraintes d'approvisionnement que cela pose - mais surtout sur le pilotage des risques fournisseurs.

Avoir un SRM (Supply Relationship Management) va devenir bien plus important que tout autre sujet et en particulier d’un SRM complet pour pouvoir disposer d’une vision complète, rassemblée dans le même dispositif, de ses fournisseurs. Aujourd'hui, il faut être très honnêtes, nous sommes très peu à l’avoir.

Cette vision à 360° suppose d’avoir des informations très détaillées sur chacun des fournisseurs, des données financières, des données sur les transactions, les litiges éventuels, les risques et jusqu’à des éléments sur le caractère durable, environnementalement responsable des biens et des services proposés. A supposer que ces informations existent, elles sont encore très éclatées. C’est tout le problème. Peu d’organisations ont des fiches fournisseurs détaillées. Les acheteurs se connectent au cas par cas à des bases de données type D&B ou Ecovadis. Donc des pertes de temps et surtout d'efficacité quand il faudrait être très réactif.

Mais à chaque crise, et celle de la Covid ne fait pas exception, les Achats sont censés en ressortir renforcés. Or cette fois encore, personne n’a vu venir ni les difficultés ni la reprise…

Les Achats n’ont jamais dit qu’ils avaient été les meilleurs sur tous ces sujets … Mais que cette fois encore, comme à chaque crise, les entreprises ont pris un peu plus conscience de l’importance des Achats. A condition aussi de continuer à investir dans cette fonction. Ce qui est le cas d’ailleurs. Je vais donner un exemple concret : jamais autant nous n’avons été en pénurie de profils d'acheteurs ! Nous recrutons tous. Pour au moins deux raisons : d’une part, souvent, un accroissement de notre périmètre d’action, et d’autre part, en raison de mobilités internes ou externes. Ce n’est pas gênant en soi cette mobilité, sauf, encore une fois, que nous rencontrons des difficultés à recruter, et d’autant plus que les salaires demandés sont largement à la hausse. Quand il y a pénurie, il y a hausse, c’est presque mécanique. Le phénomène ne se limite pas à nos métiers - recruter par exemple un data scientist, c’est très compliqué - ni aux grandes entreprises. Nos fournisseurs rencontrent les mêmes difficultés.

Ce que l’on entend en arrière-plan, c’est la question de la digitalisation des entreprises, et en particulier de son volet Achats et Supply Chain. Où en êtes-vous, les uns et les autres ?

Les situations sont très inégales. Si je prends l'exemple du groupe Covea, les Achats sont plutôt très bien outillés et avec une bonne prise en compte du pilotage des risques. Mais pour autant nous avons lancé un très grand programme - qui comprend 12 chantiers distincts - sur la conformité des tiers, le contrôle interne, la RSE, etc. Cela mobilise énormément les équipes. Pour autant, pendant la pandémie, l’accent a été déjà mis sur les fournisseurs, leur paiement, leur “criticité” notamment. Ce que l’on peut dire quand même, c’est que bien d’autres sociétés n’ont pas le même niveau de digitalisation, la même maturité sur ces questions.

Alors, pour finir, comment envisagez-vous l’année 2022 ? Sur quels sujets allez-vous plancher ?

Nous allons continuer plus que jamais à nous investir dans nos Jeudis qui constituent vraiment notre ADN. Et puis nous allons aussi avoir un évènement très important : les 20 ans de l’ADRA ! Ce sera à la fin de l’année, période aussi de notre traditionnelle Assemblée Générale. Ce qui est important de souligner, c’est que l’ADRA est désormais connue - ce qui était moins le cas au début - et plus largement reconnue. Nous sommes bien en vue dans le paysage des Achats. Et nous entendons bien rester dans cette dynamique. Il y a encore beaucoup de travail à faire autour des Achats !

Publié le 15/11/2021 - Par La rédaction

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