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Publié le 28/04/2021 - Par Guillaume Trécan

Pierre Fauvarque (Kem One) : «La direction achats et supply chain pilote le processus de performance environnementale»

Pierre Fauvarque, directeur achats et supply chain Pierre Fauvarque, directeur achats et supply chain

À la tête des fonctions achats et supply chain du producteur de PVC Kem One, Pierre Fauvarque ne se contente pas de gérer les achats d’énergie qui représentent 15 % du chiffre d’affaires du groupe, il centralise toutes les démarches visant à réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre de Kem One d'ici à 2030.

Kem One poursuit une trajectoire ambitieuse d’amélioration de son bilan carbone. En quoi les Achats y contribuent-ils ?

Nous avons pour objectif une réduction de 33 % de nos consommations d’énergie entre 2013, première année d’activité pleine de Kem One après sa sortie du groupe Arkema, et 2030. Nous avons aussi pour ambition réduire de 50 % nos émissions de gaz à effet de serre sur la même période. La direction achats et supply chain pilote le processus de performance environnementale et les consommations d’énergie en relation avec la direction générale et la direction industrielle. Nous avons mis en place une équipe énergie dans chaque site avec un référent énergie en central, au sein de l’équipe achats, qui anime les démarches de performance énergétique et qui a mené à bien par le passé notre certification ISO 50001. À travers des revues de direction énergie, nous partageons les pistes de progrès et les retours d’expérience afin que tous les sites de l’entreprise avancent le plus efficacement possible. Pour aller encore plus loin, dans nos actions d’achats, nous nous efforçons de regrouper les plans d’investissement de chacun des sites pour atteindre une masse critique d'achat sur certains équipements critiques et accélérer le déploiement des technologies les plus avancées.

Dans votre portefeuille d’achats quelles sont les principales familles concernées par ces objectifs d’amélioration du bilan carbone ?

Nous gérons quatre principales familles d’achats : les matières premières, dont les principales sont l'éthylène et le méthanol ; l’énergie (gaz, électricité, vapeur), près de quatre terawatt heure par an ; les biens et services (pôles investissement et maintenance, achats de matériels et prestations) ; et les achats transports. Dans le cadre de notre politique énergie nous travaillons sur le scope 1, nos émissions directes et le scope 2, celles liées à nos approvisionnements d’énergie. Mais nous avançons aussi sur le scope 3, les émissions liées à nos autres achats, notamment avec un engagement dans la démarche Fret 21 pour la réduction de l’empreinte carbone sur nos transports.

Quels leviers avez-vous priorisés ?

Les projets d’investissements majeurs sont des leviers incontournables d’amélioration de notre performance énergétique. En relation avec la stratégie de l'actionnaire, nous avons été impliqués dans des investissements sur nos procédés, certains réalisés, d'autres en passe de l'être : modernisation de nos moyens de production de chlore sur nos sites de Lavera et de Fos, cogénération sur notre site de Balan, etc. La "chasse au gaspi" est un autre levier avec, entre autres, des sujets d’amélioration continue sur nos sites en matière d’isolation thermique et de récupération de chaleur. En plus de réduire nos consommations d’énergie, nous pouvons aussi utiliser le levier de l’électrification de nos procédés. Nous avons par exemple investi à Lavéra dans la re-compression mécanique des vapeurs, ce qui nous permet de consommer de l’électricité plutôt que du gaz naturel pour concentrer la saumure destinée à la production de chlore. Nous contribuons aussi à une démarche groupe pilotée par la R&D sur le recyclage du PVC. Mais ce projet de recyclage en est encore au stade du pilote.

Le fait que les Achats pilotent le processus d’amélioration de la performance environnementale de l’entreprise a-t-il permis d’améliorer la perception en interne de la performance achats ?

Oui, considérablement, ne serait-ce que parce que le pilotage centralisé des objectifs de performance énergétique accroît l’efficacité des achats via des gains sur les coûts de transport et d’énergie et la réduction des consommations. Dans nos métiers, cela fait longtemps que nous sommes conscients de la problématique du coût de nos consommations énergétiques. Grâce aux indicateurs mis en place, nous pouvons mieux aiguillonner les sites sur les résultats obtenus, chacun voyant nettement sa contribution à l’objectif global de la politique énergie.

Nous travaillons aussi à développer les usages de l’hydrogène. Kem One produit de l’hydrogène bas carbone par électrolyse du sel et de l'eau. C’est un sujet business, mais c’est aussi un sujet de transition énergétique. Nous l’avons donc intégré dans la direction achats et supply chain. Nous veillons d'une part à éviter toute perte d’hydrogène, d'autre part à proposer des solutions de décarbonation pour la mobilité et pour des utilisateurs industriels d'hydrogène gris.

Comment le service achats a-t-il acquis une expertise sur ces sujets ?

Nous nous appuyons beaucoup sur les services techniques et les experts métiers de la direction procédé, qui est encore plus sensibilisée qu’autrefois à prescrire ce qu’il y a de mieux en matière de consommation énergétique. Les acheteurs eux-mêmes sont montés en compétence sur ces questions au fil des années. Nous n’avons pas recruté d’experts en la matière et nous n’avons que peu recours à des expertises externes sur ces sujets que je considère comme des sujets cœur de métier et éminemment stratégiques. Il existe aussi des obligations normatives à respecter. Et, sans parler des implications réglementaires ou en termes d’image, notre facture énergétique représente de l'ordre de 15 % de notre chiffre d’affaires…

Les Achats sont-ils sollicités pour répondre aux interrogations des clients sur ces sujets ?

Notre expertise au sein de la direction achats nous permet d'échanger avec la division vente marketing, qui est elle-même de plus en plus interrogée par nos clients sur l’empreinte carbone de nos produits et sur les démarches de l’entreprise en matière de réduction des émissions de CO2. Les questions de nos clients ne sont pas encore très homogènes. Nous sommes parfois interrogés sur les scope 1 et scope 2, parfois sur le cycle de vie, ou sur l’empreinte carbone de la soude et des différents grades de PVC. Nous allons devoir faire un effort d'explication. J’ai par exemple proposé au business de faire des séminaires clients pour pouvoir mettre en avant nos connaissances et nos initiatives en matière d’efficacité énergétique et de réduction de l’empreinte carbone.

Nous avons aussi travaillé sur l’empreinte carbone du PVC avec l’Uniden (Union des Industries utilisatrices d'Energie) et Deloitte qui ont fait une étude comparative de l’empreinte carbone du PVC fabriqué en Europe, en Chine, en France, ainsi que par rapport à d’autres matériaux, comme le verre, l’acier, l’aluminium. Nous sommes de plus en plus engagés dans ce type de démarche.



EN CHIFFRES

Chiffre d’affaires : 900 M d’€

Montant des achats : 650 M d’€

Effectif : une quarantaine de personnes dont trois-quarts d’acheteurs


PORTRAIT

Pierre Fauvarque (53 ans, ingénieur ESPCI, IAE de Paris) est directeur achats et supply chain du groupe chimiste Kem One depuis janvier 2014. Il reporte au directeur général du groupe, Frederic Chalmin. Pierre Fauvarque était auparavant responsable des achats de matières premières et d’énergie chez Kem One. Plus tôt dans sa carrière, il a travaillé pendant quinze ans dans le groupe Arkema, essentiellement dans des fonctions marketing et commercial.

Publié le 28/04/2021 - Par Guillaume Trécan

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