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Publié le 19/10/2021 - Par François-Charles Rebeix

Matinée Brapi : quand le télétravail s’invite dans les achats de prestations intellectuelles

C’est le 9 décembre prochain que le cabinet Brapi (Benchmark des Responsables Achats de Prestations Intellectuelles) dévoilera les tendances 2002 de sa traditionnelle étude annuelle sur les achats de prestations intellectuelles. En attendant, sa dernière matinée, le 7 octobre dernier, s’est tenue sur le télétravail, ses conséquences sur l’organisation des donneurs d’ordres mais aussi sur celle de leurs sous-traitants et des sous-traitants de ces derniers...

L’extension du domaine du télétravail pourrait être le phénomène qui pourrait à lui tout seul résumer les conséquences de la crise Covid sur les entreprises (5 millions de télétravailleurs pendant, 900 000 avant). Les phases successives de confinement depuis mars 2020, la digitalisation qui, dans la foulée, s’est accélérée, et sans doute une envie d’autonomie accrue du côté des équipes - avec en parallèle le phénomène freelances lui aussi en extension - constituent autant de raisons expliquant cette mutation. Et l’écosystème Achats n’a pas tardé à prendre sa calculette (ou son tableur) : des bureaux ou des locaux à louer/entretenir en moins, des frais de déplacements économisés, quelques allers-retours avec les RH puis les DSI pour comprendre que tel ou telle “expert” en interne ou en externe n’est pas mobilisé/mobilisable à 100% de son temps, et voilà le télétravail devenu une véritable aubaine. Peut-être une boite de pandore aussi....

Extension du domaine de concurrence

Si l’entreprise devient de plus en plus “accro” aux “prestas” extérieurs, ESN ou freelances (parfois les deux dans une cascade de sous-traitances plus ou moins formalisées), voilà du même coup les frontières du travail qui s’élargissent, y compris au sens physique - géographique même - du terme. Le télétravail n’a pas de frontières justement. Paris, la Creuse, la Tunisie, le Maroc, la Pologne et n’importe où ailleurs peu importe, il n’en faut pas beaucoup plus à certains pour prédire la fin du salariat, l’envol du travail indépendant, la mise en concurrence de ces armées de l’ombre sur toutes les plateformes de la terre. C’était un peu ça le sujet de cette matinée de rentrée Brapi qui a réuni près de 140 participants (présentiel/distanciel). En plus cadré quand même (par Karine Foret et François Tourette, les consultants), avec des invités (la chambre de commerce Franco-Allemande sur le télétravail en Europe, la direction des Achats d’Eramet Group, un cabinet d’avocat spécialisé IT, Poggi, un cabinet spécialisé en stratégie et en transformation des organisations, Qwanza). Au-delà de fixer le phénomène, il faut apporter des réponses possibles aux différentes questions qui se posent dans autant de domaines spécifiques (ressources humaines, transformation des organisations, droit des contrats, négociations, évaluations, etc.)

Alors les chiffres maintenant : en Europe, sur 330 millions d’emplois qualifiés, 160 seraient “télétravaillables”, près de 40% ! Les gains potentiels paraissent très importants, à la mesure des postes de dépenses des entreprises : en n°1, les salaires, en n°2, les locaux. Dans les entreprises, le modèle hybride (entre 2 et 3/5e du temps en présentiel) tend à s’imposer. Pour les acheteurs de prestations intellectuelles, un tableau résume les avantages et les inconvénients de la situation. En positif, s’inscrivent une diminution des risques par l’éclatement des zones de productions, un sourcing territorialement et qualitativement élargi (régions/Europe à minima) et enfin, le plus subtil, l’avènement possible d’une double grille... tarifaire avec un mix de TJM Présentiel et de TJP Distanciel. En négatif, en revanche, plus de lignes apparaissent : risque de pénurie de profils qualifiés dans les métropoles dites attractives (Europe du sud notamment), risque de délocalisation massive des emplois qualifiés (France et Europe de l’Ouest), sécurité du lieu d’exécution des contrats hors France et/ou Europe (transparence, risques également juridiques), l’application du RGPD (hors Europe) et enfin la risque de délocalisation des services Achats eux-mêmes. Un choc à rebours en quelque sorte. Ne parlons même pas ici de notions d’équilibre entre vie professionnelle et vie privé ou de qualité des équipements pour travailler efficacement “à la maison”.

Télétravail relocalisé ?

A ce stade, l’effet d’aubaine peut sembler s’estomper. Le rêve peut-il se transformer à terme en cauchemar ? Après les cols bleus et leurs usines, les cols blancs et leurs bureaux ? Combien de temps avant de s’apercevoir des dégâts causés par une fausse bonne-idée ? Surtout avec un enjeu de (seulement) 7% de réduction des coûts si un emploi sur quatre était délocalisé (lu sur une slide). Sans doute invérifiable. Comme les 350 000 créations de postes que certains revendiquent avec le passage aux 35 heures. Il est encore temps de réfléchir : 70% des salariés européens seraient d’accord pour du télétravail mais occasionnel et 45% n'ayant jamais télétravaillé ne souhaiteraient pas le faire. Seuls 13% l'envisagent tous les jours. Pour happy few seulement donc. Attention à l’effet de loupe.

En pleine réorganisation de ses Achats depuis mars de cette année (avec l’arrivée d’une nouvelle CPO, Séverine Schumacher venue de Biomérieux), l’équipe Eramet Group a tout même bien voulu témoigner de l’impact du télétravail sur ses achats de prestations intellectuelles. L’entreprise minière partait de loin : le télétravail était en effet plutôt considéré comme du temps personnel et non pas du temps réellement productif. La Covid a tout bousculé. Le ralentissement brutal voire l’arrêt de certaines activités et la mise sous contrôle des dépenses (plan cash control / spend control) a paradoxalement accéléré la prise de décisions stratégiques. La transformation parait avoir été assez radicale : d’une part, les collaborateurs ont dû s’adapter au travail distant (sous la houlette des services IT) tandis que le recours aux activité conseils se réduisait lui aussi fortement (avec une reprise progressive en 2021), A l’expérience toutefois, les prestations réalisées à distance ont perduré, le recours aux plateformes a continué de progresser et au bout du compte, sur le territoire français notamment, le travail à distance des consultants “est entré dans les mœurs”. La réflexion est désormais engagée sur “l’exécution à distance” ainsi que sur “la mobilisation de compétences sur des projets éloignés (Afrique)". Cependant, les points “d’attention” concernent la sécurité, en particulier des lieux de réalisation de certains projets. Pour résumer à grands traits.

Des clauses contractuelles précises

Le télétravail s’est donc imposé. Les salariés y ont trouvé un double confort (équilibre vie privé/vie pro, moins de transport et plus de concentration dans l’exécution des tâches en distanciel), Les entreprises soucieuse aussi de paix sociale (comme une anticipation du risque de pénurie de main d’œuvre) entérinent peu à peu un modèle hybride (2 jours sur 5). Attention toutefois aux tensions possibles dans la mise en œuvre (négociation des accords, pas tout le monde les mêmes jours, etc.). Plusieurs phases apparaissent d'un processus plus complexe qu’il n’y parait : accord de télétravail, contrat d’activité (par service ou département), contrôle des résultats (formalisé et régulier), maintien de rituels de management (se retrouver régulièrement, échanger ensemble), cycles d’expérimentation (plus ou moins courts et toujours révisables). Là, c’est l’expérience Qwanza qui parle... Et cela reste parfaitement recevable et compréhensible par tout manager.

Enfin, le télétravail expose tout donneur d’ordres aux mêmes risques juridiques que n’importe quelle autre prestation de service. Ce que l’on comprend ici, c’est que toutes les précautions que l’entreprise prend avec ses propres collaborateurs s’imposent aussi à elle s’agissant des contrats de prestations qu’elle conclue, ESN ou autres activités de conseil. Les clauses contractuelles doivent être précises et tout décrire, y compris le recours au télétravail des collaborateurs des prestataires. Et s’assurer ainsi de risques potentiels. Du côté des fournisseurs, doivent être écrites des clauses de recours au télétravail (“Le fournisseur détermine sous sa seule responsabilité les conditions, les modalités et la fréquence, etc.”), des clauses de responsabilité (“En cas de recours au télétravail, le fournisseur s’engage à respecter ses obligations d’employeur, etc.”), des clauses de garantie (“Le fournisseur indemnisera le lient pour tout dommage subi, etc.”). Le cabinet d’avocat Poggi a pris le relais mais prévient : il ne se place pas en expert en droit social. Il s’agit bien de droit commercial, de droit des contrats. Dans la salle ou derrière leurs écrans, les acheteurs ont dû prendre des notes. Ils échangeront plus tard avec leurs propres juristes. Le télétravail ne s’improvise pas. Pas plus chez soi qu’en relation avec un fournisseur quel qu’il soit.


Publié le 19/10/2021 - Par François-Charles Rebeix

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