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Publié le 02/04/2021 - Par François-Charles Rebeix

Livres Achats Off 2021 : la 7ème saison commence aujourd’hui !

Une nouvelle saison s’ouvre pour les Livres Achats Off ! La 7ème pour un principe né en 2015 et désormais bien rodé d’une sélection d’ouvrages de l’année dont les thèmes ne peuvent qu’alimenter une réflexion sur les Achats. Au menu de cette première série d’ouvrages : les frontières, les nouveaux défis de la géopolitique, l’innovation. Trois livres de perspectives à la fois économiques, sociétales, territoriales. De quoi occuper les quatre semaines annoncées d’un 3ème confinement…

L’Atlas de frontières : murs, conflits, migrations, les enjeux d’aujourd’hui cartographiés

Soyons un peu péremptoire : impossible de travailler dans les Achats sans s’intéresser à la question des frontières ! Les Achats ont pour vocation de les repousser. Comme autant de limites. La mondialisation a eu précisément pour effet de les gommer. Les entreprises ont élargi leurs terrains de conquêtes. Les Achats ont largement contribué à ce déploiement. Acteurs des délocalisations, voilà maintenant qu’ils se chargent des relocalisations, remède supposé à cette pandémie de la Covid19 qui a montré les limites de la désindustrialisation et notre trop grande dépendance à de lointains fournisseurs.

Nouvelles donnes

Mais mieux vaut mille cartes pour le voir que mille mots pour le dire ! En réalité, le monde n’a jamais autant créé de frontières que ces cent dernières années, au moins. Brexit, Covid, crise de l’euro, conflits aux marches de la Russie, guerres aux Moyen-Orient, migrations et réfugiés, murs anti-migrants aux Amériques, tensions en Asie comme aux limites de l’Europe, volontés indépendantistes de différentes régions, les frontières, quand elle ne se multiplient pas, se referment. C’est ce que relève cruellement notre crise sanitaire. Nous sommes assignés à résidence dans nos pays. Le passeport revient en force. Nous entrons tout doucement dans l’ère du laisser-passer vaccinal.

C’est un livre d’images que les auteurs, Delphine Papin, docteure de l’Institut de géopolitique qui dirige le service cartographie-Infographie du journal Le Monde, Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation de la recherche stratégique, et Xemartin Laborde, cartographe au journal Le Monde, nous invitent à feuilleter. Des textes courts pour résumer les enjeux mais surtout des cartes à toutes les pages avec angles de vue originaux, des décrochages éloquents. Des infographies qui nous aident à tracer le récit de tous ces murs qui s’érigent, ces routes qui s’ouvrent, sur terre ou sur mer, ces reliefs qu’elles contournent. Quelques têtes de chapitres ; Frontières en héritage, Mers et frontières, Frontières particulières, Frontières contestées, etc.

Vous êtes confinés avec vos enfants ? Vous pourrez partager ce livre avec eux : il est agréé pour les nouveaux programmes Lycée, Sciences-Po, Capes, Agreg, ENS. Et donc bientôt dans les mastères achats !


L’Atlas des frontières par Delphine Papin, Bruno Tertrais et Xemartin Laborde (Les Arènes)


Les guerres invisibles : sous l’effet de la pandémie, le monde continue de s’affoler

Dès les premières lignes du prologue de cet ouvrage signé par Thomas Gommart, directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri), nous sommes rattrapés par l’actualité : la Covid19 signe le point de bascule entre l’occident et l’orient. Plus que la présidence Trump qui a révélé l’affrontement sino-américain, la pandémie qui frappe depuis la fin 2019 va modifier les équilibres entre Asie et Occident…

Quarante ans nous contemplent

C’est le dernier volet d’une histoire débutée il y a une quarantaine d’années, quand le mouvement de dérégulations et de financiarisation des économies avancées porté aux Etats-Unis par le président Reagan et en Europe, par le premier ministre britannique, Margaret Thatcher, va rencontrer les réformes structurelles lancées par le nouveau dirigeant chinois de l’époque, Deng Xiaoping. Pour le dire autrement : l’argent des néolibéraux va venir financer les nouveaux appétits d’un pays en voie de développement. Les premiers ont assuré le niveau de vie des retraités américains quand le second a mobilisé la force de travail de la jeunesse chinoise à des tarifs défiant toute concurrence. Au même moment, d’autres événements historiques intervenaient : la révolution islamiste en Iran, l’intervention soviétique en Afghanistan, la crise des euromissiles en Europe, etc. Le monde basculait d’ouest en est. Nous vivons encore aujourd’hui les conséquences de tous ces mouvements tectoniques.

L’affrontement sino-américain d’aujourd’hui découle sans conteste de ce que l’auteur qualifie de « formidable transfert industriel et technologique des Etats-Unis, d’Europe, du Japon vers la Chine ». La Chine peut désormais défier l’Amérique. Elle a plus que rattrapé son retard. Son économie s’est développée. Elle revendique selon les domaines une avance technologique. Elle ne cède rien de ses ambitions territoriales. Mieux, elle défend une organisation sociale plus à même, selon elle, d’éradiquer le virus qui met par terre le reste de la planète. Valeurs asiatiques contre valeurs occidentales ? Loi du groupe pour les uns, respect des libertés individuelles pour les autres ? Leur point d’orgue, notre point de chute ? Quelles sont les perspectives à la fois géopolitiques et géoéconomiques de cette confrontation ? Car il faut parler de conflits. Imaginer même qu’ils puissent dégénérer… Ce qui se joue touche toutes les régions du monde, Tracer des perspectives n’est pas chose aisée. Il ne s’agit pas de prédire mais de « percer des intentions ».

Thierry Gomart a choisi de diviser son propos en deux grandes parties : ce qui est visible et ce qui n’est pas visible. Dans la première, c’est l’état des lieux en quatre (grands) chapitres : Conflits, Environnement, Commerce et Inégalités. La seconde partie repose elle-aussi sur quatre chapitres : Numériser, Innover, Dissimuler, Contrôler. Il y a même un épilogue intitulé La France en quête d’une stratégie.

Pourrions-nous nous distinguer ? L’Europe est à la croisée des chemins. Sa diplomatie est toujours aussi disparate. L’Angleterre a fait son Brexit. La pandémie a mis à mal l’idée d’une coopération parfaite. Les frontières se sont refermées. Peut-elle assurer seule sa défense ou dépend-t-elle plus que jamais de l’ami américain (aujourd’hui Biden plus que Trump) ? Elément essentiel de cette Europe, la France n’échappera pas à une introspection sur ses propres enjeux, économiques, industriels, sociétaux, ses dépenses publiques, son endettement, son « archipélisation ». Notre avenir en dépend… Au terme de l’ouvrage, les guerres invisibles ne le sont plus tout à fait…


Les guerres invisibles, nos prochains défis géopolitiques par Thomas Gomart (Tallandier)



Innover en plein chaos : ou comment de situations impossibles faire émerger l’avenir

Prévenons tout de suite les lecteurs : ce n’est pas un livre de recettes qui vous dira comment innover en dix leçons. Mais c’est beaucoup mieux ! C’est une sorte de parcours initiatique sur la conduite de l’innovation qui fait chaque fois le lien entre le passé et l’avenir qui en a découlé. Comment un évènement marquant a poussé ceux qui le vivaient vers une idée – la source de toute innovation - puis sa réalisation libératrice qui doit cependant emprunter différentes étapes avant sa diffusion et son appropriation par le plus grand nombre. Chaque chapitre s’ouvre sur le récit d’une bataille fameuse dont les héros, le général Bonaparte, Cortès, le Pharaon Ramsès, Jeanne d’Arc, l’aviateur Roland Garros, Taytu Betuk, reine éthiopienne, vont venir illustrer la démonstration qui d’une vision, d’un sursaut créatif, d’une intuition, d’une audace. Le chaos initial.

Amélioration continue ou table rase

« Innover est un éternel combat », l’introduction nous met sur la voie des enjeux. Les premières pages convoquent aussi Joseph Schumpeter, l’économiste, qui donnera son nom pour définir ce fameux mouvement Schumpétérien, destruction-création, mais qui dira aussi que « le nouveau ne sort pas de l’ancien mais apparait à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le ruiner ». Et de classer aussi l’innovation selon cinq types : « un nouveau produit, un nouveau moyen de fabriquer ce produit, un nouvel usage pour ce produit, de nouvelles matières premières pour fabriquer ce produit ou enfin un nouvel aménagement dans la manière de travailler dans une organisation. ». Vient aussi cette distinction entre deux approches définies par Clayton Christensen, professeur à l’Harvard Business School : « l’innovation incrémentale » opposée à « l’innovation de rupture ». L’amélioration continue contre le changement complet de paradigme.

Cette ouverture relie aussi tous les inventeurs de la fin du XIXe siècle (aviation, automobile, électricité, vapeur) et les « gourous » de la fin du XXe et leurs marques déjà mythiques (Apple, Google, Tesla, Space X, Softbank Robotovs, Virgin Galatics). Les applications sont partout, sur terre, dans les nuages, dans l’espace, dans nos mains, au bout de nos doigts, entre cloud et mobiles. Plus important : on ne nous amène pas seulement l’innovation et ses bouleversements, elle est en nous, tout nous y conduit. Extrait : « Le chaos n’est plus forcément le résultat d’un cataclysme mais un désordre institué par nos propres changements portés par des besoins de renouveler notre manière de faire, de voir, de penser et de créer, pour révéler l’inattendu et permettre ce qui était encore il y a quelque temps jugé impossible ». Ou comment établir aussi un pont entre les champs de bataille et la vie civile… Suivent 11 chapitres depuis Vision jusqu’à Machines et manipulations. Cet ouvrage, qui a le goût du combat, mêle approches stratégiques et réflexions philosophiques.

Machines autonomes mais pas solitaires

L’auteur, Jean-Baptiste Colas, Officier de terre, est diplômé de l’Ecole Militaire Interarmes et de l’Ecole Centrale de Paris. Il a été conseiller innovation à la DGA, a travaillé au ministère de la Défense puis des armées et œuvre aujourd’hui au sein de l’Agence de l’innovation de défense. L’histoire le fascine mais il s’en sert pour éclairer tous les processus de l’innovation. Jean-Baptiste Colas parle d’expérience : il est également l’inventeur du téléphone sécurisé, Auxyllium, développé pour l’armée française (voir l’article du Point, le 06/03/2021). Les dernières pages du livre nous alertent sur les défis que notre monde doit désormais relever. « Une guerre invisible et continue, une lutte incessante se joue contre la manipulation du savoir et pour la maîtrise de l’information. » prévient-il. Notre capacité à créer des données (1 500 téraoctets chaque seconde, une évaluation qui date déjà de 2019) nous donne une idée des désordres potentiels auxquels nous nous exposons si nous n’y prenons garde. Avec 4,5 milliards d’individus accédant à Internet, 20 à 30 milliards de machines connectées, voire plus, le rapport de l’homme à toutes ses machines mobiles ouvre de vastes champs de réflexion. Une dernière phrase retient l’attention ; « une machine plus autonome ne signifie pas pour autant une machine plus solitaire. » Presqu’un sujet de dissertation si ce dernier chapitre n’était pas un solide devoir à lui tout seul. L’ouvrage est préfacé par Cédric Villani, homme politique et mathématicien que l’on ne présente plus. La postface est rédigée par Emmanuel Chiva, Directeur de cette fameuse Agence de l’Innovation de Défense.


Innover en plein chaos par Jean-Baptiste Colas (Nuvis Editions)

Publié le 02/04/2021 - Par François-Charles Rebeix

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