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Publié le 07/05/2021 - Par Guillaume Trécan

Karine Alquier-Caro (Legrand) : « L’idée est d’aider, avec nos volumes, un pool de fabricants à monter en capacité »

Karine Alquier Caro, directrice achats du groupe Legrand Karine Alquier Caro, directrice achats du groupe Legrand

Animée par la nécessité de sécuriser une partie de ses achats d’électroniques, la directrice achats du groupe Legrand s’engage à mettre en commun certains de ses besoins pour soutenir les investissements de la filière électronique. L’accompagnement de l’Etat, via le plan de relance, notamment, apporte une garantie supplémentaire à cette démarche d’écosystème.

Quelles sont vos motivations pour envisager de relocaliser une part de vos achats d’électronique ?

Ce sont des achats sur lesquels nous sommes dépendants d’acteurs essentiellement internationaux. Il m’a semblé intéressant de voir s’il était possible de casser l’idée selon laquelle le marché européen ne serait pas compétitif et sourcer ailleurs serait une nécessité. L’idée de constituer un rassemblement de donneurs d’ordres travaillant ensemble pour un but commun m’a également paru novatrice pour notre fonction. C’est quelque chose de plus rare en France qu’en Allemagne, par exemple, où l’on voit en ce moment l’État et les industriels s’associer face à la crise des semi-conducteurs.

Un autre aspect intéressant de la démarche tient à l’alliance entre des entreprises privées et l’État, qui finance cette étude. C’est notamment cette alliance qui explique la puissance des Américains sur l’électronique. Les industriels de la filière électronique européenne, tels que STmicroelectronics et Infineon, ne peuvent pas investir seuls face à des entreprises telles que TSMC qui vient d’annoncer 100 milliards de dollars de capacités additionnelles.

Votre situation de dépendance est-elle liée à la crise ou plus structurelle ?

En 2018 et 2019, une crise sur les résistances avait déjà mis en exergue notre dépendance relative. Nous étions soumis à des blocages de capacités pour des acteurs étatiques ou soutenus par des États. Globalement, la demande en composants électroniques est de plus en plus forte du fait de l’essor de l’IOT, des véhicules électriques, mais aussi du marché des biens de consommation. Des sujets géopolitiques viennent encore compliquer ce marché. Des investissements auraient dû être faits par les fabricants de composants électroniques, qui ont été ajournés du fait de la crise et le marché est désormais sous-capacitaire.

Dans quelle mesure avez-vous pu valider la faisabilité économique de démarches de relocalisation ?

Nous avons identifié des familles qui nous semblaient potentiellement relocalisables comme les circuits imprimés. Nous avons aussi travaillé sur l’assemblage de cartes électroniques. Legrand assemble des cartes électroniques. Nous pouvons réaliser le montage sur nos sites ou le sous-traiter en envoyant des composants à monter. Dans une réflexion make or buy sur le montage, la réactivité et la proximité par rapport à nos sites sont des éléments très intéressants. Avoir des sous-traitants français plus compétitifs nous permettrait d’avoir moins de stocks.

Dans cette étude, nous avons identifié des écarts de coûts de 10 % à 20 % et nous avons évalué les sujets sur lesquels nous pourrions agir : sur la réduction de l’écart du coût d’achats, sur l’accompagnement par l’État de la transformation des acteurs, l’accompagnement de la filière pour avoir de la main-d’œuvre qualifiée. Il est intéressant d’avoir une vision écosystème de l’achat. Il est également intéressant d’avoir une vision cycle de vie de l’achat prenant en compte l’importance de la disponibilité, de la réactivité de l’approvisionnement et les impacts RSE.

Pensez-vous pouvoir absorber ces surcoûts ?

Pour nous, le coût du risque de dépendance est en ce moment très simple à chiffrer : c’est le chiffre d’affaires potentiellement à risque et les surcoûts liés aux des ruptures d’approvisionnement. Si nous arrivons à 5 % de différentiel de prix, ce sera largement absorbable par rapport à des enjeux de disponibilité, de sources alternatives d'urgence ou encore des coûts actuels en termes de stocks et donc de BFR.

À quel point cette démarche de mise en commun de vos besoins est-elle avancée ?

Nous en sommes à la signature de la lettre d’intention par laquelle le groupe Legrand explique s’associer à la démarche et s’engage à mettre en commun certains de ses besoins. Nous entrerons ensuite dans des négociations individuelles avec les fabricants français associés à la démarche. Nous ne sommes pas obligés de standardiser nos besoins, l’idée est d’aider, avec nos volumes, un pool de fabricants à monter en capacité. Nous avons évidemment intérêt à élargir le cercle à d’autres donneurs d’ordres.

Au-delà de ce référencement commun, envisagez-vous de poursuivre le travail avec ce pool de donneurs d’ordres ?

Oui, nous souhaitons réfléchir en commun à certains enjeux d’avenir au niveau de la filière ayant des besoins fort en réactivité, maintien du secret industriel et/ou de souveraineté.

Publié le 07/05/2021 - Par Guillaume Trécan

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