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Publié le 04/09/2020 - Par Guillaume Trécan

Jérôme Thomas (XPO Logistics Europe) : « la réactivité de nos fournisseurs par rapport à l’évolution de nos priorités a fait toute la différence »

Si la crise sanitaire a mis en veille certains de ses projets, la direction des achats d’XPO Logistics Europe n’a pas levé le pied depuis le début de la crise. Le dynamisme du e-commerce l’a, au contraire, poussé à mobiliser plus que jamais ses fournisseurs. Elle compte également faire perdurer de nouvelles pratiques collaboratives nées du confinement.

Comment avez-vous adapté vos relations fournisseurs à la crise ?

XPO Logistics étant, par ses activités de transport et d’entreposage, assez exposé au secteur de l’alimentaire, nous avons rapidement mobilisé tous les services de l’entreprise – et par extension nos fournisseurs – pour assurer la continuité de l’activité. Nous avons fait le tour de nos fournisseurs, en particulier les fournisseurs critiques : les sociétés de nettoyage, de gardiennage et toutes celles qui interviennent sur la maintenance des véhicules et de nos sites de stockage. Certaines activités ont bien sûr été mises en sommeil, mais d’autres étaient en surchauffe et nous devions nous assurer que les fournisseurs pouvaient nous accompagner sur des volumes plus importants que d’habitude. Nous avons pu connaître ponctuellement des ralentissements, mais le fait d’avoir tout de suite joué la carte du dialogue et de la transparence avec nos fournisseurs a été payant.

Cet épisode est-il de nature à modifier votre gestion des relations fournisseurs à long terme ?

La réactivité de nos fournisseurs par rapport à l’évolution de nos priorités a fait toute la différence. Ce qui rappelle aux acheteurs une question essentielle qu’ils doivent se poser : sommes-nous un client préféré ? En d’autres termes : le jour où il y a une crise telle que celle que nous vivons – une pénurie de matière première ou une difficulté locale, nationale ou internationale à approvisionner – qu’est-ce qui fait qu’XPO sera privilégié par rapport à ses concurrents à l’achat ? En pleine crise, le message adressé aux fournisseurs sur la priorité donnée à la continuité de l’activité s’est accompagné d’une réorientation de nos pratiques achats au quotidien. Nous revenons maintenant vers une forme de normalité, nous recommençons à nous projeter et nous le faisons avec ceux qui nous ont accompagnés, en faisant en sorte de nous positionner, dans nos négociations, sur une relation à long terme.

Quel apprentissage tirez-vous de cette expérience au niveau de votre organisation en interne ?

Avant le confinement en France, la direction du groupe a réagi rapidement et réuni une task force pluridisciplinaire comprenant les Achats, la direction QHSSE, la Communication, le Juridique, les Ventes et les Opérations. Cette cellule était déclinée au niveau national et au niveau européen, sur lequel j’exerce un rôle de coordination des achats. Il en a résulté un renforcement des liens et des collaborations entre fonctions et entre pays. C’est paradoxal, mais nous n’avons jamais autant échangé que pendant la crise. Nous avons appris à mieux nous connaître. Alors qu’autrefois nous nous réunissions environ une fois par mois pour échanger sur nos bonnes pratiques sans faire émerger de grands changements, le fait de devoir tous gérer la même problématique à l’instant T nous a incité à développer des standards, des façons identiques d’approcher les sujets. Aujourd’hui, alors que nous commençons à reparler de sujets qui ne sont pas directement liés à la crise, nous avons gardé la fréquence et le format des échanges et nous nous efforçons d’entretenir cette dynamique.

Quel rôle ont joué les outils dans l’intensification de ces échanges ?

Depuis le Covid, nous échangeons beaucoup plus d’informations. Nous avons créé notre environnement achats sur Teams avec beaucoup de fichiers partagés que chacun alimente au fur et à mesure. Ces pratiques quotidiennes, que nous avions jusqu’ici du mal à mettre en place, sont rapidement devenues des réflexes pour tous. Au-delà de la fonction achats, nous travaillons aussi à l’amélioration de nos reporting en les mettant sur Power BI pour les aligner le plus possible sur les reporting opérationnels.

Dans quelle mesure votre activité s’est-elle normalisée depuis le déconfinement ?

Certains projets avaient été mis en sommeil, parce que les décisions d’attribution de marché de la part des clients avaient été repoussées ou parce que nos propres investissements avaient été mis en pause, comme par exemple un projet de passage en LED des éclairages de nos sites. Nous retravaillons sur ces projets et les Achats sont dans la boucle. Durant cette crise, la fonction achats a été un interlocuteur du quotidien auprès de la Communication, des RH, de la Finance et de beaucoup d’autres services. Cela a systématisé notre implication dans certains sujets où nous n’aurions pas nécessairement été sollicités spontanément auparavant. De nos interactions avec la DRH et l’IT sont par exemple nés divers projets de dématérialisation visant à faciliter la vie des collaborateurs dans un contexte de travail à distance. La collaboration entre services existait mais, ponctuellement, sur des sujets précis. Tandis qu’aujourd’hui, nous avons pris le pli de faire des points réguliers. Nous avons appris à collaborer avec des outils digitaux de manière fluide.

Quelles sont vos perspectives d’activité pour les mois qui viennent ?

Nous ne réussirons pas à gommer complètement l’impact de la crise sur l’activité en 2020 mais il est possible d’arriver à une année blanche par rapport à 2019. Nous constatons une reprise progressive d’activité dans les volumes de nos clients, dans le retail, spécialisé ou généraliste, mais aussi à travers le e-commerce en très nette hausse. Avec cette reprise, nous relançons des commandes de matériel – camions, matériel de manutention… –, nous recommençons à avoir recours à l’intérim.

Donc pas de changement de cap dans la stratégie achats ?

Non, mais plutôt des ajustements afin de s’adapter à l’essor du e-commerce par exemple qui entraînera quelques changements dans nos achats : plus d’automatisation, plus d’emballages, des supply chain un peu différentes. Nous avons un besoin croissant d’expertises particulières sur des domaines nouveaux comme la mécanisation, ce qui nous incite à renforcer nos compétences en la matière.

EN CHIFFRES :

Chiffre d’affaires (France) : 1,8 Md d’€

Effectif total : 13 000 personnes

Montant des achats : 1 Md d’€, dont 400 M d’€ de sous-traitance transport non couverts par l’organisation achats

Publié le 04/09/2020 - Par Guillaume Trécan

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