Publicité

Organisation

Actualité

Publié le 23/09/2021 - Par La rédaction

Jean-François Pape (Icade) : “ Nous ne positionnons la fonction achats que lorsqu’elle crée de la valeur."

Jean-François Pape, Directeur des Achats groupe, Icade Jean-François Pape, Directeur des Achats groupe, Icade

En engageant une stratégie de réduction des gaz à effets de serre qu’il qualifie lui-même d’ambitieuse, le promoteur immobilier Icade n’a pas éludé le risque d’une hausse de ses coûts. Seule réponse possible : s’obliger à une maitrise de ces derniers très en amont en remontant la chaîne de valeur. Pour travailler à cette industrialisation du contenu de ses logements, la direction des achats a été un des passages obligés de cette stratégie d’innovation. Détail ici de la méthode suivie.

Dans quelle mesure les achats sont-ils stratégiques pour le groupe Icade ?

La nouvelle stratégie bas carbone du groupe, « Low carbon by Icade », fixe des objectifs très ambitieux de réduction des gaz à effets de serre (GES), en ligne avec la Stratégie nationale bas carbone (SNBC). Tous les métiers sont alignés sur ces objectifs : ainsi, la Foncière Tertiaire du groupe s’est fixée pour objectif de réduire de 45 % ses émissions de GES à horizon 2025 ; la Foncière Santé, quant à elle s’est engagée à ce que 100 % de ses constructions neuves de plus de 4 000 m2 soient certifiées HQE. Enfin, du côté de notre pôle Promotion, 50 % de nos immeubles seront conçus d’ici 2022 en atteignant a minima une performance E2C1, label expérimental surperformant la réglementation thermique 2012. La démarche « Low carbon by Icade » a naturellement un impact sur les coûts. Pour compenser ces hausses, un promoteur n’a que trois options : les deux premières – acheter moins cher le foncier et augmenter les prix de vente – ne sont guère envisageables, contrairement à la troisième qui est de maîtriser les coûts de construction. Pour ce faire, nous sommes remontés très en amont dans la chaîne de création de valeur, dès le volet conception, en travaillant avec l’ensemble des équipes techniques et programmes. Ce faisant, nous nous inscrivons pleinement dans l’objectif stratégique du groupe que nous accompagnons en allant également sourcer de nouveaux partenaires en ligne avec nos objectifs, par exemple sur les filières bois ou béton bas carbone.

Comment êtes-vous parvenu à faire intervenir les Achats en amont de la conception des projets immobiliers ?

Nous avons travaillé sur l’industrialisation du contenu de nos logements. Avec le marketing produit, nous avons créé des gammes qui correspondent à nos niveaux de prestations. Nous avons défini quels produits nous souhaitions retrouver dans nos appartements : revêtements de sols et muraux, matériels électriques et domotiques, meubles de salle de bain et robinetterie etc.

Dans un grand groupe tel que le nôtre, le déploiement représente la plus grande difficulté : comment toucher la plupart des fonctions qui interviennent dans l’acte d’achat ? Nous avons donc créé un catalogue interactif sur lequel les responsables programme s’appuient pour choisir ce qu’ils souhaitent intégrer dans leur logement. Cet outil digital, élaboré en interne, contient l’exhaustivité de nos gammes, ainsi que les produits et leurs fiches descriptives, d’un point de vue technique et marketing, avec les prix maximums garantis que nous avons négociés. Cet outil est filtrable selon la fonction et le besoin de celui qui le consulte, qu’il soit au Marketing, aux Programmes, à la Technique ou aux Achats.

Nous avons harmonisé toute la chaîne : ces articles se retrouvent en digital dans le configurateur utilisé par nos clients pour sélectionner leurs choix ainsi que dans notre plateforme BIM; dans les showrooms et les brochures destinées aux acquéreurs d’appartements ; et dans les dossiers de consultation de nos partenaires – entreprises générales et corps d’état séparés – à qui nous indiquons les produits qu’ils vont mettre dans nos logements et auprès de quels fabricants les acheter à des prix négociés.

Votre direction achats groupe couvre-t-elle l’ensemble des métiers du groupe ou seulement la promotion ?

Je suis à la fois rattaché au Directeur Général du groupe pour l’animation de la fonction et la réalisation des achats transverses et hiérarchiquement rattaché au secrétaire général d’Icade Promotion. Avec une équipe de quatre personnes, nous gérons les achats d’Icade Promotion ainsi que les achats centraux d’Icade comme par exemple l’IT, les télécoms, ou encore les prestations intellectuelles. Pour les achats propres aux autres business units, nous avons défini une politique globale. Nous les aidons à la mettre en œuvre en exerçant un rôle de coordination. Nous introduisons de la transversalité dans les achats uniquement quand cela a du sens ; nous avons par exemple construit un appel d’offres commun entre les BU Promotion et Foncières sur les contrôles réglementaires. Nos besoins concernent des prestations différentes mais nos fournisseurs sont les mêmes.

D’une manière générale, nous ne positionnons la fonction achats que lorsqu’elle crée de la valeur. Au sein d’Icade Promotion, mon rôle consiste aujourd’hui à former des collaborateurs, qui sont à la manœuvre sur nos achats de travaux, car la taille de certaine de nos agences ne justifie pas toujours la création de postes d’acheteur. J’assure ainsi la coordination avec notre directeur technique national et RSE, une trentaine d’ETP issus des programmes, de la technique ou dédiés aux achats. Nous partageons avec eux nos procédures et nous les aidons à mieux acheter par les outils, les méthodes et les contrats que nous mettons à leur disposition. Tous les premiers vendredis de chaque mois, nous animons une formation thématique sur un sujet. L’année dernière nous avons formé 250 personnes ; cette année, nous formons 100% de nos nouveaux arrivants.

Sur quels autres outils que le catalogue de vos gammes produits vous appuyez-vous pour diffuser la politique achats ?

Etant donné que nous sommes mono ERP, nous avons créé une classification fournisseurs que nous avons implémentée dans la plateforme Oracle. Cela nous permet par exemple d’avoir une vision très fine de la cartographie géographique de nos achats : 82 % de nos achats sont faits avec des fournisseurs locaux. Cette information est importante pour nos clients et parties prenantes. Avoir des garanties sur l’origine géographique de nos produits et prestations associées nous apporte également des indications sur la manière dont ils sont produits et de progresser sur nos objectifs bas carbone.

Nous sommes aussi en train d’adopter une solution de gestion d’appel d’offres spécialisée sur notre marché des travaux. Baptisée AOS, cette plateforme développée par une start-up nous a déjà permis de traiter 200 millions d’euros d’achats de travaux sur tous les corps d’état.

Aujourd’hui, tout le flux évaluation et consultation passe par ces outils qui intègrent les exigences de l’ensemble des métiers en termes d’audit, de notation, de conformité : c’est le socle de la transversalité de l’entreprise, sachant que le processus achats est le plus transverse dans l’entreprise. Nous avons cadré le besoin, les consultations et, à moyen terme, nous allons disposer des KPI achats qui contribueront à piloter l’activité en offrant aux différents métiers un contrôle de gestion de l’ensemble de leurs coûts. Cela permettra de fiabiliser les chiffres lors de nos comités d’engagement. C’est aussi de ce benchmark des coûts des différents projets que naîtront de futures opportunités d’optimisation achats.

Comment vos relations fournisseurs ont-elles été modifiées par l’harmonisation de vos gammes ?

Nous avons effectué un important travail d’homogénéisation de nos besoins afin de mettre en place des référencements avec des fabricants. En deux ans, nous avons mis en place près de cinquante contrats avec eux. Nous leur avons ainsi apporté de la visibilité sur nos chantiers, les niveaux de prestation et, avec notre outil de référencement, nous les avons rapprochés des réseaux de prescripteurs locaux.

Quelles sont vos relations avec les entreprises à qui vous demandez d’utiliser ces produits et équipements ?

La situation varie selon les régions et les corps de métiers mais, sur beaucoup de lots techniques, nous avons parfois des difficultés à finaliser nos consultations. Les responsables de programme doivent donc élargir leur sourcing et rechercher à chaque appel d’offres de nouveaux partenaires pour pouvoir renouveler notre réseau et augmenter notre niveau de qualité. Sur certaines gammes de produits, comme la menuiserie extérieure, par exemple, il arrive aussi que les fabricants nous orientent vers leur réseau d’entreprises partenaires.

Quel est l’effet de la crise sur ces marchés ?

Nous avions un certain nombre de difficultés pour trouver des entreprises avant la crise, du fait du très grand nombre de chantiers, en particulier sur la région parisienne mais aussi maintenant en régions. Cette situation a une influence à la hausse sur les prix et les délais de fournitures.

Comment accompagnez-vous les objectifs bas carbone du groupe ?

Dans les filières bois et béton bas carbone nous devons identifier de nouveaux acteurs. Cela a un impact sur le sourcing à travers l’identification d’architectes expérimentés, ainsi que la formation de nos maîtres d’œuvre, les fabricants et les entreprises qui vont pouvoir monter ces projets, voire les industrialiser. Nous devons travailler en collaboration avec eux pour accompagner la structuration des filières. C’est pour cela que nous avons créé Urbain des Bois, une filiale d'Icade Promotion entièrement dédiée à la construction bas carbone pour industrialiser ces projets pilotes que nous avons lancés unitairement. Nous cherchons à définir des standards locaux à partir de ces expériences qui nous permettront à la fois de mieux maîtriser nos coûts, nos solutions personnalisables et nos calendriers.

Comment les Achats contribuent-ils à intégrer des innovations ?

Nous travaillons avec la direction de l’innovation et son start-up studio Urban Odyssey qui identifie des projets innovants. Un de nos collaborateurs a par exemple créé la plateforme Stock CO2 qui porte des projets de compensation bas carbone et nous comptons bien évidemment utiliser au sein d’Icade. Notre rôle est d’intégrer l’offre de service de ces créateurs de start-up et de contribuer à leur développement en les faisant connaître à l’ensemble de nos collaborateurs.

ICADE EN CHIFFRES

Chiffre d’affaires (2020) : 1,5 Md d’euros

Effectif total : 1 120 personnes

Montant des achats : 1 Md d’euros

Effectif achats : Six acheteurs et une trentaine de correspondants achats dans la BU Promotion dédiés technique et achats


PORTRAIT

Jean-François Pape. Directeur des Achats du groupe Icade depuis 2018. Précédemment Directeur des Achats et des Approvisionnements de Veolia France (2014-2017). Profil complet : https://www.linkedin.com/in/jean-fran%C3%A7ois-pape-1b50502/


Pour en savoir plus sur le groupe Icade

https://www.icade.fr/groupe

Publié le 23/09/2021 - Par La rédaction

Le dernier numéro

Dernier numéro

N°300 - Janvier 2021

Le catalogue

Le catalogue Silex

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play