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Publié le 26/05/2020 - Par Guillaume Trécan

Gilles Etheimer (RTE) : « Les entreprises avec lesquelles nous travaillons ont besoin de rattraper le chiffre d'affaires perdu »

Le directeur des achats du groupe de transport d’électricité explique comment l’entreprise s’est efforcé de maintenir au maximum son flux de commande avec ses fournisseurs dans la crise Covid-19 et comment ils sont accompagnés dans la reprise d’activité.

Quelle a été l’impact du confinement sur votre activité ?

« Pour que le courant passe à chaque instant » ; l’activité de RTE ne peut pas s’arrêter. Nous avons la chance d’avoir un accord de télétravail depuis plusieurs années, beaucoup de collaborateurs étaient donc équipés pour travailler à domicile et en avaient pris l’habitude. Le basculement au niveau de la direction s’est fait sans difficultés. Sont restées les fonctions vitales nécessaires à l’exploitation du réseau et à sa maintenance urgente.

Quelles ont été les conséquences pour vos fournisseurs ?

Nous nous sommes attachés à maintenir un flux d’information dans les deux sens avec nos fournisseurs. Dès le 7 mars, nous avons envoyé un premier courrier électronique à 14 000 fournisseurs avec lesquels nous travaillons quotidiennement. Nous leur rappelions que nous sommes Opérateur d’Importance Vitale et que nous nous devions de continuer à faire fonctionner le système électrique, tout en prenant de premières mesures préconisées par les autorités sanitaires visant à protéger nos salariés. Le dimanche 15 mars nous les informions de la fermeture des bureaux et de certains sites, de la mise en télétravail du plus grand nombre et nous évoquions le principe de la force majeure si tout ou partie du contrat ne pouvait être exécuté en raison de l'épidémie.

Les achats pour les projets d’investissement destinés au réseau électrique représentent 1,5 milliard d’euros par an, dont 60 % de travaux. Nous avons très vite adressé à nos fournisseurs la liste d’une cinquantaine de chantiers prioritaires eu égard aux enjeux de sécurité, sur les 500 à 600 chantiers en cours et nous leur avons assuré que nous étions prêts à les soutenir pour qu’ils poursuivent toute autre activité sur lesquelles ils voudraient continuer de travailler, si les conditions d’hygiène étaient réunies. Le 26 mars un autre courrier a permis de préciser les modalités d'exécution des travaux, les autorisations de déplacements, les masques, l'hébergement, la restauration, les plans de prévention, la prise en charge des surcoûts… Le 10 avril, nous avons adressé des informations complémentaires susceptibles de répondre aux nombreuses questions et donnant des précisions sur les consultations en cours aux entreprises de travaux et aux fournisseurs de matériel intervenant sur site.

En parallèle, j'ai adressé un autre courrier à tous les fabricants de matériel travaillant en usine afin de les informer que nous nous efforcions de maintenir notre flux de commandes, malgré le report de l’exécution de certains de nos projets. C’est aussi un mot d’ordre que nous avons passé en interne, de sorte que nos fournisseurs aient leur plan de charge prêts pour le moment où ils redémarreront et puissent ainsi gérer au mieux leurs priorités. Nous avons stocké le matériel commandé, quitte à acheter des surfaces supplémentaires chez nos stockistes.

Combien de chantiers ont redémarré à ce jour ?

En ce qui concerne les chantiers prioritaires certains ne se sont jamais arrêtés et la presque totalité avaient repris mi-avril. Sur les 218 chantiers pour lesquels les entreprises nous ont adressé des demandes de redémarrage, 120 sont en cours ou en voie d’être terminés. Même si le nombre de chantiers, dans les faits a fortement diminué, nous ne nous sommes presque pas arrêtés ce qui a permis aux entreprises d’anticiper les questions que pose le redémarrage de l’activité économique. La reprise va être occupée par les chantiers initialement prévus, auxquels s’ajoutent les chantiers qui n’ont pas pu être réalisés en mars et avril. La direction Ingénierie, avec la Maintenance et l'Exploitation du réseau travaillent actuellement à la replanification de l’ensemble de nos chantiers. Nous nous devons d’être transparents avec les entreprises pour leur donner une idée la plus précise possible de ce qu’elles vont avoir à faire dans les prochains mois, surtout qu’elles sont en recherche d’activité.

Qu’appréhendez-vous comme risques sur cette période de reprise ?

Les entreprises de travaux sont les plus impactées par les mesures sanitaires, ce sont celles qui ont le plus de main d'œuvre dans la part achetée. En nous appuyant notamment sur une série d’entretiens avec les majors du BTP ainsi que des ETI qui travaillent avec nous, nous avons élaboré un modèle de prise en compte des surcoûts directs des mesures sanitaires. Nous en prendrons en charge une partie. Nous savons aussi qu’il y aura une perte de productivité et nous allons participer à la prise en charge de ce surcoût indirect. Ce sont des sujets que nous devons régler une fois pour toute pour que nos chefs de projet et les entreprises soient pleinement disponibles pour travailler sur les chantiers qui nous attendent.

La deuxième préoccupation des entreprises avec lesquelles nous travaillons concerne leur charge de travail. Elles ont besoin de rattraper le chiffre d'affaires perdu et nous devons les aider à retravailler au maximum. Nous avons besoin d’elles et nous devons arriver à trouver des solutions pour qu'elles aient suffisamment de travail pour occuper leurs équipes et rentabiliser leurs moyens. Or la replanification de tous les chantiers pose des problèmes de faisabilité et implique des arbitrages. Il faut que nos équipes soient aussi disponibles et nous ne pourrons pas ouvrir toutes nos installations dès lors que le réseau électrique sera revenu à un régime nominal à 100 % des flux d'électricité habituels.

Publié le 26/05/2020 - Par Guillaume Trécan

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