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Publié le 06/05/2021 - Par François-Charles Rebeix

Edito 100% web #9 : Le digital, nouvelle terre promise des Achats, mais pour qui ?

Régulièrement des études paraissent sur les Achats, leur organisation, leur transformation, leur digitalisation. Des livres blancs associés ou non à des webinars se chargent de les promouvoir. Nous lisons tout cela. Et puis à force de chiffres, d’affirmations, de perspectives tracées, nous vient l’idée de comparer. Toutes ces études racontent-elles la même histoire ? Nous allons voulu le vérifier. Sans intention maligne. Juste pour voir.

Le digital, nouvelle terre promise

Avec l’envie d’être objectif mais sans exclure aussi d’être taquin. Pour alimenter le débat. A deux semaines de la prochaine édition de FOP (Future Of Procurement) organisé avec le soutien de Deloitte et du CNA (100% en ligne cette année, voir le programme ici), nous avons repris les éléments poussés par les organisateurs sous l’intitulé Baromètre 2021, Imaginons ensemble le futur de la fonction Achats. Quelle bonne idée… Qu’apprend-on ? Passons très vite sur une année 2021 qui serait pour les Directions Achats celle de l’agilité (22%), du challenge (19%), des opportunités (16%). Dans l’ordre. Plusieurs réponses devaient être possibles au vu des faibles proportions annoncées. Autres qualificatifs proposés et leur score : l’innovation (9%) et le big-bang (1%). Soulagement : pas de disruption dévastatrice à l’horizon mais de la créativité dans un esprit de rupture même raisonnable, pas tant que ça non plus. Dommage.

Venons-en à « l’état de digitalisation des projets de transformation Achat » (Sic). D’abord, ce que les répondants estiment « partiellement mené ou déjà mené » (la prudence domine) : le procure-to-pay (40%), les Achats durables (40%) et le category management (35%). Achats durables et digitalisation, dit comme ça, le rapport n’est pas facile à établir. A moins que l’optique Achats responsables ait dopé en parallèle la digitalisation des process. Passons à ce qui est « prévu à court et moyen terme » : le risque et la conformité achats (30%), le supplier relationship management (28%), les achats durables (27%). Moins de doute désormais : la RSE et la conformité semblent des tendances durables. Associées à un fort besoin d’outils. L’auscultation porte aussi sur « les projets en veille » : le supplier relationship management (32%), le supplier network (32%) et… l’intelligence artificielle (32%). L’égalité parfaite. Les fournisseurs sont visés et avec eux la masse de données qu’ils vont générer. Les interrogés confirment. La dernière catégorie, « non concernés » révèle à nouveau l’intelligence artificielle (44% des réponses), le robotic process automation (44%), l’inventory management (40%). Que les ressorts du just in time ne passionnent pas les achats, pourquoi pas, mais que l’lA ou le RPA soient aussi loin dans les intentions interpelle. Là, il y a débat…

Transformation décisive

L’étude révèle aussi que la crise Covid a accéléré la transformation des Achats (46% des réponses), que les outils digitaux ont eu un impact sur les méthodes de travail, que globalement les outils ont été « à la hauteur ou très performants » (84% des réponses). De quoi sans doute encourager, au-delà des utilisateurs, les éditeurs. Ce sont peut-être eux qui ont inspiré sinon répondu à la question sur les principales évolutions attendues sur les suites achats et autres outils en ligne : le RPA (robotic process automation), le process mining et les négociations/appels d’offres automatisés ou encore les places de marchés (principalement pour les achats indirects), importantes/en développement pour 38% des répondants même si 57% n’ont pas (encore) de projets. Depuis combien de temps parlons-nous dans les achats de digitalisation ? Indiscutablement le sujet progresse. Mais sans doute plus le transactionnel que l’analytique. A l’avenir, les outils qui favoriseront l’automatisation des tâches récurrentes et l’aide à la décision entraîneront une nouvelle évolution du rôle des achats.

Toujours plus d’automatisation

Que disent d’autres études ? L’enquête PwC Digital Procurement (3e édition, à télécharger ici), conduite auprès de 400 directions Achats (régions EMOA) dit en substance que la transformation digitale est bien la 3e priorité des organisations Achats (12% des réponses) mais loin derrière le sourcing et le management des fournisseurs (24% des réponses) et la réduction des coûts (43% des réponses), toujours en 1ère position. Indétrônable. Sauf à tenter d’échapper à cette question… Plus subtiles, d’autres réponses montrent une progression des taux d’automatisation des processus achats, tant transactionnels que stratégiques. La progression semble même proportionnellement plus rapide pour les seconds. Entre 2019 et 2020, le transactionnel passe de 46 à 48% et le stratégique de 31 à 36¨%. Ce dernier ne pesait que 24% en 2017. Pour aller vite, aujourd’hui, les auteurs de l’étude PwC estiment que 43% des processus achats sont digitalisés, que d’ici deux ans le nombre d’utilisateurs de solutions Procure-to-pay ou Source-to-contract augmenterait de près de 40% en enfin que 70% des entreprises vont maintenir voire accroître leurs investissements digitaux après la Covid. Enfin, dans les recoins de l’étude apparaissent parmi les outils à privilégier l’automatisation des taches de même que l’analyse et la visualisation des données.

Les évolutions du métier

Il n’y a pas de différence significative d’une étude à l’autre. L’abondance de données ne nuit pas à la cohérence des résultats. Les répondants ne se contredisent pas. Ils sont bien dans un mouvement de digitalisation continu, au service d’une stratégie, dans un souci d’appréhender des relations de plus en plus nourries de données avec leurs fournisseurs. La gestion optimale de leur supply chain et de ses risques sera à ce prix. A noter que dans une tout autre étude, KPMG confirme l’engagement des CEO en faveur de la transformation (CEO Outlook Pulse 2021). Les achats devraient avoir leur support…

Mais l’évolution du métier des acheteurs se devine aussi. Plus d’automatisation, plus de données à appréhender suppose de nouvelles qualités d’analyse à développer. Cette perspective se lit aussi dans (notamment) deux articles publiés par Kearney : « the future of procurement : moving beyond mediocre technology » et « Procurement talent : it’s time to panic ». Un double constat terrible : d’un côté, « des organisations qui ont encore du mal à obtenir une vue complète de leurs dépenses avec des systèmes rigides, compliqués qui ne résolvent qu’une fraction de leurs besoins d’approvisionnement. » et de l’autre « des compétences requises pour faire le travail aujourd'hui qui ne sont pas pertinentes dans le monde numérique, car l'automatisation les rend superflues. ». Conclusion : « Une organisation avec 1 000 employés aujourd'hui en aura probablement 100 dans un avenir pas trop lointain et ceux qui resteront auront un ensemble de compétences très différent. ». Des machines et des hommes. Est-ce ainsi que les entreprises les réconcilieront si besoin est ? A suivre…

Publié le 06/05/2021 - Par François-Charles Rebeix

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