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Publié le 30/04/2021 - Par François-Charles Rebeix

Edito 100% web #8 : Quand les mirages de la communication n’opèrent pas toujours

L’étude « CAC 40, le vrai bilan de l’année 2020 » produite par le très sérieux Observatoire des multinationales analyse sans concession l’activité de nos grands groupes. Parue il y a quelques jours, sa 3e édition placée sous le signe de la Covid, a fait de l’effet. Elle révèle, entre autres, comment les PGE et autres aides publiques ont pu doper les profits et les dividendes sans contrepartie véritable. En matière de RSE par exemple. De quoi questionner la réalité des engagements.

Le véritable bilan de l’année 2020

Après les premiers chiffres du CAC 40 détaillés par PwC (voir l’édito100% web #2 du 15 mars), la 3e édition de l’étude CAC 40 de l’Observatoire des multinationales va beaucoup plus loin. Cette étude des bilans 2020 (à télécharger ici) interpelle notamment Bercy et son plan de soutien massif aux entreprises. Il ne s’agit pas d’en remettre en cause le principe mais plutôt ses effets d’autant qu’il n’a pas été demandé de véritables contreparties aux bénéficiaires. C’est en tout cas la position des auteurs qui estiment en effet « qu’en matière de partage des richesses, de protection de l’emploi ou d’écologie, les promesses n’ont pas été tenues. ». Si le Médiateur a fait beaucoup ces derniers mois pour appeler au respect des délais de paiement ou pour souligner la nécessité de soutenir les plus petites entreprises en passant commande, il y a bien d’autres anomalies à pointer.

Ainsi, l’étude CAC 40 souligne que « de nombreuses firmes ont maintenu le versement de dividendes tout en bénéficiant d’aides indirectes comme Total, Sanofi ou Danone ». S’il y a eu des appels à la « modération », ils n’ont pas été entendus par tous. Seul « un petit tiers » du CAC 40 aurait supprimé le versement de dividendes. Un autre tiers aurait choisi de verser des dividendes alors que leurs salariés « bénéficiaient de fonds publics via le chômage partiel ». Parmi ces entreprises, certaines avaient même l’Etat comme actionnaire. Que dire aussi de ces groupes qui, dans le même temps qu’ils bénéficient d’aides publiques, « annoncent des dizaines de milliers de suppressions de postes en France et dans le monde. » ? En tout, ce sont près de 60 000 suppressions d’emplois prévues (dont un quart en France).

L’opinion des auteurs s’exprime sans détour : ni en matière fiscale (un nombre significatif de filiales restent domiciliées dans des paradis fiscaux), ni en matière de développement responsable (que l’on comprend au sens large : emploi, environnement, localisation des activités voire transparence des décisions publiques), les exigences des pouvoirs publics n’ont été à la hauteur.

Eau et C02 à tous les étages

Quelques indications, par exemple sur le plan environnemental, de ce décalage constaté entre les déclarations d’intention et les résultats réels. Ainsi, les émissions de CO2 qui représentent 1,6 milliards de tonnes soit 5% des émissions mondiales, un chiffre sans doute sous-évalué puisqu’un certain nombre de groupes ne déclare pas tout de cette production. Le bilan reste contrasté : un tiers des groupes annonce des baisses (depuis la COP 21 et la signature de l’accord de Paris) tandis qu’au moins 20 groupes ont une production en hausse. A noter encore le débat quant à savoir s’il faut relier ou découpler, c’est selon, la hausse de l’activité avec une hausse ou une réduction de la production de CO2. Difficile de tirer des conclusions individuelles mais la lecture des « lauréats » interpelle dans tous les cas. L’étude CAC 40 étudie de même la consommation d’eau, la génération de déchets (11,9% de déchets en plus entre 2017 et 2019), la production de plastique ou encore l’appétit pour le soja.

A noter encore un volet Achats publics liés à la crise de la Covid. Les auteurs les caractérisent en deux mots : opacité et trou noir. Extrait : « le besoin de répondre à la crise a poussé les pouvoirs publics à multiplier les commandes publiques dans l’urgence. Sans nécessairement respecter les règles ni se donner les moyens de vérifier que les produits et services fournis seraient appropriés et payés au juste prix. »

Le constat est sévère. Rappel du vent de panique qui a soufflé sur le pays à propos du manque de masques, de respirateurs, etc. Tout le monde parlait d’achat sans que l’on comprenne qui faisait quoi ni auprès de qui les commandes étaient passées. Cette partie évoque également le rôle sinon la prise de pouvoir des cabinets de conseils auprès des organisations publiques. Les mêmes qui auraient présidé aux mesures d’économies visant la santé et l’hôpital public ont été missionnés pour résoudre les effets de la crise (pénurie des équipements, sous-effectifs côté soignants, etc.).

Edifiant

Cette étude CAC 40 est très vaste, comporte différents autres chapitres (effectifs, salaires, égalité hommes-femmes, dépenses en action de lobbying, passerelles public-privé, salaires des dirigeants, impact de la pandémie, perspectives des plans de relance, etc.). Une vraie somme qui donne une idée de ce que pourraient être tous les critères à considérer lorsqu’il s’agit d’évaluer une entreprise. Côté Achats, s’agissant bien sûr de leurs fournisseurs mais lesquels pourraient être aussi inspirés pour évaluer en retour les exigences de leurs donneurs d’ordres… A lire dans tous les cas pour remettre en cause sinon bousculer quelques idées reçues sur la performance, qu’elle soit financière, environnementale ou sociétale. Beaucoup reste à faire. A suivre…

Publié le 30/04/2021 - Par François-Charles Rebeix

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