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Publié le 23/03/2021 - Par François-Charles Rebeix

Edito 100% web #3 : Questions d’image

Ne parlons pas des choses qui fâchent ! De ce confinement qui se prolonge dont nous mesurons chaque jour les incohérences sinon sanitaires au moins administratives pour ne pas dire économiques… Parlons plutôt de l’ouverture de la saison des événements achats 2021. En visioconférences comme il se doit désormais. La semaine passée, Ecovadis, cette semaine, Proactis et l’EIPM. Nous les avons regardés. Vous aussi peut-être ? Sinon, il y a bien les replays…

Ecran total

Nous avons pris le parti à La Lettre des Achats de ne pas proposer de comptes-rendus de ces évènements. Ils sont annoncés et relayés par leurs organisateurs via les réseaux sociaux. Pas un jour sans une annonce sur Linkedin, point de ralliement obligé de toute prise de parole. A peine si nous sommes nous-mêmes avertis. Le CNA (Conseil National des Achats) s’est fait lui aussi une spécialité des webinars. Ce sont des initiatives régionales ou nationales, sur des sujets métiers ou marchés. Autant de thèmes et d’intervenants de qualité. C’est indéniable. Une newsletter a même été créée pour alerter sur tous ces rendez-vous. Il suffit de s’inscrire. Ce sera notre contribution à l’écosystème. La page Agenda de La Lettre des Achats propose de son côté une sélection d’évènements. Au moins seront-ils ainsi rassemblés au même endroit.

Difficile de suivre tous ces évènements. Les dates se chevauchent souvent. Heureusement, il y a les replays. Quand ils existent, nous relayons volontiers ceux de notre sélection. Cette semaine, ce sera d’abord l’Ecovadis’ Annual Sustain Conférence (Replay). Session par session, vous retrouverez les intervenants de votre choix (renvoyer son adresse mail !). Consacrer du temps (entre 15 et 50 minutes) à l’exercice. Evidemment, a contrario, lire un compte-rendu, c’est parcourir en 5 minutes ce qui prend des heures à écouter et à mettre en perspective.

Ecologie numérique

Nous étions inscrits au Proactis ReThink21 et à l’EIPM Annual Conférence. Une matinée (Replay) pour le premier (une intro, un invité exceptionnel, trois courts débats). Pour le second, une matinée (Replay Day 1) et une après-midi (Replay Day 2) sur deux jours en suivant (des intervenants préenregistrés et des débats les réunissant ensuite). Les formules se cherchent. Mais plus c’est court, mieux c’est. Qu’avons-nous retenu ? Du côté de Proactis, l’énergie tranquille de ce prestataire, sûr des qualités solides de sa solution Saas (source-to-pay, sourcing, gestion des catalogues, des commandes, du paiement) et de ses références (Michelin, témoin du jour). A propos de Saas et d’économie numérique, le choix était gonflé de la part de ses dirigeants (Olivier Jung, directeur général et Eric Vial, directeur commercial) de faire venir Frédéric Bordage, le fondateur de GreenIT, un think tank, non, un collectif d’experts dédiés à la sobriété… numérique.

Le savons-nous assez ? L’internet mondial, avec plus de 4 milliards d’utilisateurs et 34 milliards d’équipement connecté a considérablement accru son empreinte environnementale (4,2% de la consommation d’énergie primaire, 3,8% des émissions de gaz carbone, 0,2% de la consommation d’eau). Entre 2010 et 2025, cet impact aura été multiplié par trois ! La pandémie due à la Covid a cependant placé nos activités face à ce paradoxe : réduire l’empreinte écologique de celles-ci et développer plus fortement encore le numérique pour retrouver les chemins de la croissance… Mais comment stopper ce recours massif aux métaux critiques, aux terres rares, aux énergies non renouvelables quad on sait que deux-tiers de leur impact se situent du côté des terminaux et de leurs usagers ? Possible nous avertit notre expert. A condition de travailler les habitudes de consommation, de recourir aux « mines urbaines ». Les deux tiers des stocks de métaux précieux sont dans nos poubelles (déchets recyclables). Le lien avec les Achats ? Recourir aux ressources infinies de l’éconception (innovation). L’enjeu ? Atteindre des réserves pour quatre voire six générations de consommation. Donc fabriquer moins, réemployer plus, faire durer plus longtemps et allumer moins nos objets connectés. Ne nous décourageons pas : sobriété ne veut pas dire décroissance…

En toute fin de cession, un autre lien était fait avec les Achats et l’une de leur prérogative : développer le référentiel fournisseurs. Et ce simple rappel en trois points de leurs missions par Christophe Delétié (Altaris) : maitriser les dépenses (les achats mais aussi les consommations), gérer les risques dus à ces ressources externes et apporter de la valeur. Une vision très en amont du cycle Procure-to-Pay mais toujours utile à rappeler pour donner une perspective.

Changement d’échelle

Du côté maintenant de l’EIPM (European Institut of Purchasing Management), d’une conférence à l’autre, que celles-ci soient dédiées à ses Awards ou à son traditionnel rendez-vous annuel (24e édition cette année), les Achats sont toujours présentés dans une acception stratégique, contributive au business et avec une forte composante innovation. Le thème de la conférence cette année reprenait l’intitulé de leur ouvrage collectif paru l’an passé (Fifth-Generation Purchasing – When Pace Meets Power par Bernard Gracia et Hervé Legenvre) présenté sur notre site. Nous avons choisi de suivre notamment les interventions des CPO de Capgemini, LVMH Wines and Spirits, Suez ou encore Schneider Electric. Mais il y en eu d’autres. Des présentations toutes consistantes suivis de débats animés par les deux compères de l’EIPM. Les deux journées ont été chaque fois conclues par un autre duo, Christophe Durcudoy et Aldric Vignon d’Argon&Co, le cabinet de conseil partenaire de l’évènement.

Nous avons retenu l’intervention d’Emmanuel Erba (Capgemeni) revenant sur l’année 1 de la pandémie. Quand une entreprise évalue le recul potentiel de son chiffre d’affaires entre 15 et 50% de son chiffre d’affaire (ce qui ne sera pas le cas finalement pour Capgemini), elle n’a plus pour objectifs que d’abaisser son seuil de rentabilité, revoir sa supply chain, réduire ses volumes. Deux mises en garde tout de même : les réponses ne sont pas forcément standards et les achats ne peuvent opérer seuls. Les décisions doivent être partagées. Avec les ventes, au plus près des clients. Les crises nous ont habitué à des adaptations fortes, immédiates, dures parfois. Mais attention aussi à ne pas aller trop loin. En sortie de crise, l’entreprise privilégiera la croissance. Elle devra se montrer sensible à la bonne santé de son écosystème, notamment de ses fournisseurs. Conclusion (provisoire) : « tout ce que nous achetons, c’est pour le client ! ».

Avec Dominique Lebigot (LVMH Wines and Spirits), nous restons dans une approche stratégique des Achats. Ou à l’instar de pratiques de l’industrie automobile, le producteur de boissons et de spiritueux va développer son réseau de fournisseurs « best in class » et inciter ces derniers (emballages, contenants) à s’implanter aux portes de ses propres installations partout dans le monde. Une approche « win win », globale, qui contribue aussi à une réduction de l’empreinte carbone (échanges très localisés). La formule magique : « identifier les meilleurs fournisseurs, ceux capables de vous aider à développer votre activité. »

François Bacalou (Suez) interviendra sur la vision que doivent développer les organisations Achat pour coller aux objectifs stratégiques de l’entreprise, leur capacité à pousser leurs messages en interne, des actions tout aussi profitables que le seul pilotage des ressources externes. Klaids Lafon de Ribeyrolles (Schneider Electric) fera la démonstration du changement d’échelle du leader des équipements électriques : l’entreprise ne se limite plus à la fabrication de produits et développe une activité de services. Au cœur de cette stratégie : la capacité à produire des données essentielles à la maîtrise de l’énergie. C’est toute l’entreprise qui a pivoté autour de ces évolutions technologiques (IOT et collecte de datas).

La production exponentielle de données dans les années à venir va changer les entreprises et la nature des services qu’elles vont délivrer à leurs clients. Que conclure sinon que les Achats dans leur quête de l’excellence ont plus que jamais la même feuille de route ? Avoir une vision globale de leur supply chain, adapter localement celle-ci, réduire son empreinte carbone, identifier et mobiliser les meilleurs fournisseurs, favoriser l’innovation, coller à la stratégie de l’entreprise, développer les actions avec les autres fonctions, se rendre encore plus visibles, s’appuyer sur le digital pour développer les réponses temps réel, la flexibilité, etc. Le mot de la fin pourrait revenir à Christophe Durcudoy (Argon&Co) : « Le changement, c’est une initiative de l’entreprise ». Comprendre : une décision stratégique, transversale. A suivre…


Publié le 23/03/2021 - Par François-Charles Rebeix

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