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Publié le 11/10/2021 - Par François-Charles Rebeix

Edito 100% web #15 : Il n’y a pas que les hausses de prix dans la vie des acheteurs…

Edito #15 - 11 octobre 2021 Edito #15 - 11 octobre 2021

L’actualité des Achats a été particulièrement abondante ces derniers jours. Et si nous laissions de côté les hausses de prix comme les difficultés d’approvisionnement ? Et négligions de même les pénuries de mains d’œuvres ou les délais de paiement qui s’allongent ? Pour se distinguer, nous parlerons plutôt de digitalisation des achats, de motivation des jeunes générations, de formation, d’achats de prestations et de télétravail. A lire !

Les masques trop chers

Mais où sont passées les capacités d’anticipation de tous ces brillants cerveaux qui ont su si bien réagir au temps fort de l’apparition de la Covid ? Une fois la menacé (temporairement écartée ?), l’intensité de la reprise allait forcément stimuler la demande et conséquemment la concurrence aux achats… Voilà sans doute ce que nous vivons au moment où s’achève cette 2ème année de crise. Les grandes entreprises ont, semble-t-il, « profité » de la période pour allonger encore leurs délais de paiement. Le message n’a-t-il pas été suffisamment répété qu’il fallait régler ses fournisseurs au plus tôt pour limiter les défaillances ? Le résultat semble aller à l’encontre de l’effet escompté. Pourtant, nous avons souvent entendu le récit de ces directeurs des Achats qui ont passé 2020 à soutenir, au téléphone, à l’ancienne, leurs fournisseurs tandis qu’ils pressaient leurs comptables d’accélérer les règlements. En 2021, ils usent des mêmes moyens pour débloquer des livraisons. Rien ne change…

Ce ne sont pas les seules contradictions que nous relevons. Il y aurait ainsi des fabricants de masques qui menacent dans notre pays de fermer leurs usines faute de commandes. Encouragés par la pénurie au début de la crise, ils ont (re) lancées des unités de fabrication. Mais depuis, les clients se sont de nouveau précipités vers leurs concurrents asiatiques, évidemment moins chers. Et ce malgré la hausse des transports ? Où sont-elles ces promesses d’achats vertueux, d’approvisionnement locaux, de responsabilité sociale et environnementale ? Une main sur le cœur, l’autre sur le portefeuille, la première retient la seconde.

Les vélos pas assez

Relevé aussi dans l’actualité, l’asséchement du marché du vélo faute de composants. Certains parlent de délais de livraison en mois voire en années. Bigre. La hausse de la demande avait en effet entrainé des tensions (La Lettre des Achats n°298 - novembre 2020). Mais se pourrait-il que nous soyons face cette fois à un phénomène de rétention des commandes ? Confrontés à des hauses de prix vertigineuses pour produire des biens (relativement) peu chers (quoique, les vélos électriques haut de gamme constituant le cœur du marché…), ces nouveaux industriels ne seraient-ils pas tentés de retarder leurs achats dans l’espoir d’un prochain reflux ? La Médiation délivre maintenant un autre message sur le front des hausses des coûts : nous avons sans doute atteint le plateau. Mais de là à redescendre… Ce délai va-t-il lui aussi s’allonger ?

Dans les allées du e-achat

Le salon Solutions e-achats fêtait cette année, en 2021, ses 20 ans mais sans ostentation. Deux jours seulement, des stands modestes, des allées étroites, des visiteurs (sans doute plus le premier jour) et surtout le plaisir visible des exposants de retrouver la vraie vie, le contact avec le public des Achats et même avec les concurrents. C’est dire ! Nous étions loin de l’atmosphère lunaire de la précédente édition avec ses grandes allées vides, ses stands quasi déserts et de trop rares inscrits aux conférences. Cette année à nouveau, le programme des conférences et des ateliers s’annonçait copieux grâce à l’engagement jamais découragé des exposants et de leurs clients venus témoigner de leurs réalisations. L’animation était largement renouvelée avec le recrutement de Patrick Chabannes (Cyrennac Conseil, contributeur pour La Lettre des Achats). La décontraction n’exclut pas la compétence.

Revue de détails

Pas question ici de faire la revue exhaustive des contrats signés ces derniers mois (oui, il y en a eu…), ni des évolutions des diverses solutions. Il suffit de suivre LinkedIn (où abondent les communiqués et autres invitations à d’innombrables webinars). A suivre quand même l’inclination de plus en plus marquée de certains éditeurs vers le monde de la finance (Corcentric, Proactis, Oxalys, entre autres) et la montée en puissance du supply chain financing (services financiers autour du règlement des fournisseurs). A l’inverse, même repoussée d’un an (2024), la dématérialisation annoncée de toutes les factures quel que soit la taille des organisations (jusqu’au TPE) aiguise aussi l’appétit des plateformes dédiées (Feedz, Yooz, Esker qui annonce son Esker Pay, etc.). Toujours au rang des nouveautés, signalons Axiscope qui ajoute un module procurement à sa solution initialement orientée projets et qualité, le breton Cobuy venu challenger le lyonnais Sourcing Force, également présent, sur le terrain des solutions achats dédiées aux ETI-PME, le savoyard Addworks qui a totalement pivoté son activité. Initialement orienté sourcing de freelances dans le domaine du marketing et de la communication, il propose désormais une (petite) suite Achats spécialisée dans la sous-traitance dans la constriction et les travaux. A noter aussi une autre mutation : la start-up I-Bat qui lance SyBuy, une plateforme de gestion des achats. Le marché n’est donc pas saturé.

Nous aurions pu aussi vous parler d’Orgasoftware ou de Silex (spécialiste de l’IA appliqué au sourcing) qui a préféré le Salon des Achats et de l’Environnement de travail (au même moment et presqu’au même endroit), d’Okaveo et de Per Angusta, les frères siamois du pilotage de la performance des organisations achats. Per Angusta revendique quand même, pour se détacher, une orientation de plus en plus internationale et une interaction croissante avec des SI plus puissants (SAP notamment). Nous terminerons cette revue des éditeurs par une page people : après l’annonce du départ de Gérard Dahan de Corecentric vers Synertrade, celle de son quasi-remplaçant chez le premier. Xavier Pierre-Bez devient ainsi VP Business & Operations Southern Europe de Corcentric. La coordination des différents marchés européens de l’éditeur américain est assurée. Voilà pour la saison des transferts.

Rappel des fondamentaux

Pas grand-chose de nouveau en revanche du côté des tables-rondes sinon le rappel de quelques évidences. La première déjà : les outils ne font rien pour la maturité des organisations Achats. Ils l’accompagnent. Aux entreprises d’abord de bien positionner leurs enjeux achats et de digitaliser ensuite. Rien ne sert à mettre en place des outils sur des processus non réévalués. Il ne peut s’agir ensuite que d’un travail commun associant les directions Achats, les finances, les ressources humaines. Un éditeur a fait toutefois une remarque de taille :

Un outil, on ne l’adopte pas, on l’adapte. Histoire sans doute de répondre aux opérationnels qui souvent découvre des applications souvent éloignées de leurs pratiques. Un constat revient souvent : les éditeurs manquent cruellement de spécialistes Achats dans leurs effectifs. Les consultants intégrateurs ne peuvent pas tout pour adapter les solutions. L’intégration très en amont d’une solide pratique Achats favoriserait à la fois l’adaptation et l’adoption.

Autre évidence : les Achats ne sont pas cantonnés à la négociation. L’amont des projets, l’analyse et le suivi des risques fournisseurs, le pilotage de leur performance, les processus d’amélioration continue, les contraintes de la supply chain, leur responsabilité sur l’organisation de la production industrielle, les nouvelles exigences liées à la RSE constituent leur environnement quotidien presque plus que les « savings » ou les « costs avoidance » (entendu dans le fil des échanges !).

Le retour des appros ?

L’actualité du moment pesait d’une certaine manière sur les débats. Les hausses de coûts et les risques induits par la défaillance toujours possible des fournisseurs semblait à cet instant remettre les acheteurs dans de stricts missions d’approvisionnement dont on nous avait dit qu’ils devaient se détacher. Sauf en temps de crise. La puissance des outils e-achats et le volume des données qu’ils sont capables d’absorber sont autant d’exosquelettes censés doper les capacités des acheteurs. Ils ont toutes les données, autant de « bâtons » pour intervenir. Pas sûr que leur rôle soit mieux perçu à l’avenir…

Deux autres sujets ont également émergé de ces différents échanges : la primo-dépendance des entreprises aux éditeurs et aux solutions qu’elles ont choisies. Avec un double corollaire : des durées contractuelles plutôt longues (vraiment prévues et chiffrées au départ ?) et une réelle difficulté (avec les coûts forcément associés) à migrer. L’évolution technologique de même que la mutation des entreprises au fil des années rend subitement le thème de plus en plus prégnant. Mais les réponses ont vite paru s’enliser. La dépendance est sans doute un risque inhérent à tout système d’information. Pour éviter qu’elle ne devienne trop toxique, les gardes fous doivent être nombreux. Là aussi, travail commun obligatoire entre les métiers, les ressources humaines, les juristes, les prestataires, l’écosystème…

Comme toujours, beaucoup d’étudiants ou de jeunes acheteurs sur les salons. Une dernière table ronde de clôture devait montrer la quasi-ignorance des (futurs) professionnels des achats qui sont peu ou pas confrontée à la réalité des outils dédiés à leur métier. Démonstration ne vaut pas pratique ! Une bonne nouvelle cependant : pas une organisation Achats quelle qu’elle soit ne peut prétendre attirer des talents (en devenir ou confirmés) sans de sérieux arguments en matière de digitalisation et même de télétravail. Les talents en question refuseront d’y entrer. En période de pénurie (même relative), ce sont les collaborateurs qui choisissent. Aux directions des Achats de vendre leur offre !

L’enquête ByO-CNA sur le futur des formations

A propos de formation, le cabinet ByO en collaboration avec le CNA lance une enquête auprès des directions à la fois sur leur perception des formations achats (à travers leurs jeunes recrues ou leurs collaborateurs plus expérimentés) et sur les besoins qu’ils projettent à court terme. L’enquête est disponible en ligne. Vous pouvez participer ici. Les premiers résultats devraient être connus en janvier prochain. Espérons que le poids très important de certaines formations initiales (le MAI de Kedge Business, le DESMA de l’Université de Grenoble, le MGAI Essec pour ne parler que des plus anciennes ou des promotions les plus abondantes) sera pondéré pour que la diaspora des alumni ne viennent pas (trop) influencer les propositions attendues.

Pour finir, nous évoquerons l’excellent travail mené cette même semaine par le Brapi, le club dédié aux achats de prestations intellectuelles, sur précisément l’inclusion de démarches de télétravail dans les contrats de prestation de service. La généralisation de ce mode d’organisation induit des changements en chaine entre donneurs d’ordres, prestataires de 1er voire de 2nd rang. Les freelances n’en finissent pas de bouleverser les frontières du travail à tous les sens du terme. A suivre.


Publié le 11/10/2021 - Par François-Charles Rebeix

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