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Publié le 05/07/2021 - Par François-Charles Rebeix

Achats responsables et inclusifs : ce à quoi les donneurs d’ordres doivent se préparer

La co-traitance de plus en plus prisée tant par les donneurs d'ordres que par les ESAT-EA La co-traitance de plus en plus prisée tant par les donneurs d'ordres que par les ESAT-EA

La présentation du Baromètre des Achats responsables du Gesat (voir nos Actualités) s’est faite dans le cadre d’un webinaire. Plusieurs invités ont pris la parole. Nous avons choisi de rapporter ici les interventions de deux représentants de donneurs d’ordres, le CNA et le Club Être. Plus la position du Gesat à propos des démarches de co-traitance qui figurent de plus en plus dans les demandes adressées aux ESAT-EA. En association ou pas avec des prestataires classiques. Dans tous les cas, le signe d’une profonde maturité achats.

Nathalie Leroy, Déléguée Générale, CNA

Aller vers un déploiement des achats responsables via la charte et le label

Cette politique des achats responsables devient vraiment une réalité. Il y a une accélération. C'est au cœur de tous les échanges, comme l’a rappelé la ministre Olivia Grégoire, chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable. Cette mission, demandée au médiateur, c'est vraiment d'aller vers un déploiement des achats responsables, de cette charte et de ce label dont nous sommes, le CNA, les co-créateurs

Des dispositifs robustes

Nous allons d’ailleurs travailler sur une nouvelle charte relations fournisseur responsables qui devrait sortir au mois de septembre L’idée serait d'aller vers un parcours, de la charte au label. La charte, ce sont déjà dix engagements pour des achats responsables. Ils se déploient de plus en plus au sein des organisations privées et publiques et au-delà de la maturité achats, il s’agit de créer une méthodologie, des process, des dispositifs robustes qui puissent se décliner au sein de toutes les organisations, quelles que soient les fonctions, pas seulement les RH mais aussi la RSE, les Achats qui vont constituer un levier puissant. Il est important aussi que les directions générales y apportent tout leur soutien.

Avec la crise sanitaire que nous traversons, il y a eu une prise de conscience vraiment forte que les achats des entreprises comme des organisations publiques devaient intégrer le respect de valeurs sociétales très fortes. Il faut être en cohérence avec les besoins et les souhaits de nos concitoyens comme de nos consommateurs.

Il est très important de pouvoir sensibiliser, former aux achats responsables. Cela représente sans doute un coût mais cela permet surtout de bénéficier d’un impact positif. Cela peut aussi s’évaluer pour son organisation en termes d'attractivité, d’image. Pour les clients bien sûr mais aussi en matière de recrutement de collaborateurs. C’est une démarche globale.


Emmanuel Perret, Directeur du Club Être

Le rôle que vont jouer les politiques d'achats responsables et inclusives dépend de tous les acteurs du secteur

Nous sommes encore dans une année un peu difficile plus d’un an après la survenue de cette crise sanitaire et économique. Les EA-ESAT ont été aidés par l'Etat et il est encore difficile d’avoir une vision très claire de la situation. Dans tous les cas, l'économie liée à la politique handicap et aux achats responsables est une activité réglementée par l'Etat. Dès qu'il y a un changement réglementaire important, en l'occurrence institutionnel, comme la loi Pénicaud pour la liberté de choisir son avenir professionnel et les décrets qui ont suivi, il y a forcément des conséquences. Alors quelles sont-elles, même si elles ne sont pas pour tout le monde ni à court terme ? Pour vous répondre, je vais revenir sur une donnée qui n'est pas dans cet Observatoire Gesat sur lequel nous intervenons mais qui est dans une étude que vient de publier récemment (mai 2021) la fondation Handicap Malakoff-Hulmanis.

S’adapter aux changements

Il y avait dans cette étude une question posée à l'ensemble des entreprises en ces termes : le handicap est-il plutôt une préoccupation, pas une préoccupation ou une préoccupation réglementaire ? Les réponses ont été un tiers, un tiers, un tiers… . Autrement dit, la question initiale n’était pas une préoccupation pour 34% des entreprises. Pour celles-là, nous allons être obligés d’agir autrement… Pour 35% des entreprises, c’est une préoccupation réglementaire. Il va falloir expliquer les changements réglementaires à ce type d'entreprises. En revanche, les entreprises pour lesquelles c'est une préoccupation globalement importante, elles vont continuer de travailler avec vous, les donneurs d’ordres, même s'il y a un changement réglementaire. Elles trouveront des moyens pour continuer d’agir de la même façon. Donc nous voyons bien que tout cela ne s'adresse pas à tout le monde de la même façon.

Il y a deux effets structurels importants. Avant, les achats responsables, c'était du premier rang. Au même titre que l'emploi, c'est à dire un emploi direct. Maintenant, ça passe au deuxième rang. Cela vient en déduction financière de la contribution. Il va falloir l’expliquer aux acteurs de l'entreprise qui, pendant un certain nombre d'années, ont opté pour une autre réflexion. Pour les entreprises qui sont sur la réglementation, il y a une nécessité et elle est à très court terme parce que le mouvement a commencé en 2020. La fin des accords agréés ne concerne pas toutes les entreprises mais plutôt les grands comptes. Bien sûr, tout cela va se faire progressivement. Mais il y avait une façon de faire, une organisation, une autonomie financière, des investissements par rapport aux ESAT-EA. Est ce que ça va se faire de la même façon ? Aujourd'hui, nous ne le savons pas mais c'est une réforme structurelle assez importante à venir.

Le rôle que vont jouer à court et moyen terme les politique d'achat responsable et inclusives vis-à-vis de l'obligation d’emploi des travailleurs en situation de handicap (OETH) dépendra de nous tous, les acheteurs, les représentants des secteurs protégés et adaptés. Et puis les entreprises. Il va y avoir des changements et il va falloir que l’on s'adapte. Il faudra repérer ensemble les besoins et les synergies sur les autres projets comme la RSE. Mais toutes les entreprises ne sont pas forcément sur cette typologie ou cette référence. Pour les plus petites, ce sera peut-être l'économie locale, le développement durable. Il faut suivre toutes ces pistes sans diluer la question du handicap parce que, quand même, notre préoccupation principale reste l'insertion des personnes en situation de handicap.

Une vue transversale

Il va y avoir des effets retard. Il faut donc préparer ce changement avec l'ensemble des acteurs, aussi bien les acheteurs que les directions financières, les directions générales, les RH et bien entendu celles qui ont porté cette question depuis 30 ans, les missions handicap. Ce sont elles qui ont l’expertise. Ils ont une vue transversale. Ils portaient la stratégie de la politique handicap. Ils ont appris à sensibiliser en fonction des métiers. Donc, ils vont pouvoir nous aider au moment des changements de monde pour discuter avec les organisations syndicales et les institutions. Il y a une nécessité de travailler avec toutes ces personnes.


Aurélie Berlioz, Responsable du Pôle ESAT et EA, Réseau Gesat

La co-traitance, une démarche de plus en plus mise en oeuvre

Il y a co-traitance lorsque des prestataires unissent leurs forces, ressources humaines et techniques, pour pouvoir répondre ensemble à des marchés qui ont une forte volumétrie, un périmètre géographique étendu ou qui supposent aussi de multiples compétences qu'une seule structure ne peut prétendre apporter seule. Aujourd'hui, 39% des donneurs d'ordres sollicitent des ESAT ou des EA dans le cadre de réponses en co-traitance, ce qui signifie que des entreprises adaptées sont intégrées aux côtés d'autres prestataires qui viennent ainsi compléter les réponses qu'ils peuvent apporter à leurs clients.

Dans 52%des cas, ces co-traitances sont le fait de réponses d'ESAT-EA avec des prestataires classiques, tandis que 48% sont le fait d'entreprises adaptées avec d'autres acteurs de l'ESS ce qui produit cette fois une offre 100% responsable. Aujourd'hui, les clients qui recourent le plus à la co-traitance sont notamment les organisations publiques, collectivités territoriales, autres services de l'Etat, les ministères, etc.

Inciter à la co-traitance

Nous trouvons aussi les entreprises de services, la grande distribution, l'industrie mécanique et métallurgique.

Du côté prestataire, 51% des ESAT-EA pratiquent la co-traitance. Il y a donc un savoir-faire en la matière sur ce type de réponses. Les deux-tiers des co-traitances constatées sont 100% responsables et interviennent entre entreprises de l'ESS et un tiers s'effectuent avec des entreprises classiques. Nous ne pouvons qu'inciter les prestataires à développer ce type d'offres en co-traitance qui permet une synergie des cultures au sein des entreprises mais qui permet surtout d'aller sur de nouveaux marchés qui seraient inaccessibles pour une seule structure.

L'autre piste de développement, c'est l'achat inclusif. De par leur nature, les entreprises adaptées sont des structures inclusives. Elles proposent des parcours professionnels à des travailleurs en situation de handicap pour leur permettre de développer leurs compétences et et de s'intégrer dans la société à un niveau professionnel.

Sur les 150.000 travailleurs des ESAT-EA, 28% exercent leur métier directement chez le client à travers différents types de contrats, que ce soit de la prestation de services, de la mise à disposition, de l'intérim, etc. Ces formes contractuelles sont en hausse de plus de 8 points par rapport à 2018. C'est en plein développement. Ainsi, 54% des clients accueillent des travailleurs issus d'ESAT-EA au sein de leurs entreprises à travers ces différents types de contrat. Cela leur permet de bénéficier d'un service de qualité mais aussi de montrer à l'ensemble de leurs collaborateurs toutes les compétences dont font preuve les entreprises adaptées à travers les personnes en situation de handicap. Le premier des contrats mis en oeuvre, c'est la prestation de services sur site à4 1%. Mais les entreprises et les organisations publiques peuvent aussi recourir à des stages, à l'intérim, etc.

Profils et métiers variés

Quant à la question de l'embauche de travailleurs d'ESAT-EA directement par des entreprises ou des organismes publics, sachez que ces deux dernières années, c'est 15% des clients qui déclarent avoir recruté un travailleur de ce type et qu'ils sont 33% à envisager le faire dans les deux ans. Il y a une dynamique enclenchée sur la question de l'embauche de personnes en situation de handicap.

Les profils et les métiers recherchés sont variés : services généraux, logistique, restauration, l'IT, les fonctions administratives. Les acteurs du secteur sont déjà en ordre de marche pour pouvoir répondre à cette dynamique. C'est peut être pour cela aussi que les entreprises sollicitent leurs prestataires qui sont déjà 72% à déclarer former leurs travailleurs dans cette perspective.





Publié le 05/07/2021 - Par François-Charles Rebeix

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