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La Lettre des Achats - Janvier 2005 N°124
Janvier 2005

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Enquête exclusive - La Lettre des Achats
Les PME rattrapent les grands groupes

Ministère de l'Éducation nationale
Les achats font école

Midest 2004
Une présence renforcée des pays émergents

E-procurement
cc-hubwoo confirme l'acquisition de Trade-Ranger

Achats hors production
Big Blue avale KeyMRO

Peco
L'automobile confirme son implantation

Formation
Concilier le droit et les achats

Par Gilles Lordet

Midest 2004

Une présence renforcée des pays émergents

Poussée des donneurs d'ordres, pression sur les coûts, recherche de gains de productivité : de multiples raisons poussent les sous-traitants à s'implanter dans les pays émergents. Lors de la 34e édition du Midest, le salon de la sous-traitance industrielle, en décembre dernier, les industriels sont revenus sur leurs expériences, traçant des bilans largement positifs et faisant parfois part de leurs difficultés.

Poussée des donneurs d'ordres, pression sur les coûts, recherche  de gains de productivité : de multiples raisons poussent les sous-traitants  à s'implanter dans les pays émergents. Lors de la 34e édition du Midest,  le salon de la sous-traitance industrielle, en décembre dernier, les industriels sont revenus sur leurs expériences, traçant des bilans largement positifs et faisant parfois part de leurs difficultés.

Sous l’effet de la globalisation des marchés, la sous-traitance, dont l’offre totale européenne a atteint 384,30 milliards d’euros en 2003 (ex Europe des quinze), connaît une véritable mutation. La Chine est dans tous les esprits, que ce soit pour la mécanique, l’électrique ou l’électronique. Le Maroc  s’impose peu à peu dans les secteurs aéronautique et spatial alors que l’exode de  la production automobile vers les pays  d’Europe centrale et orientale (Peco) représente un véritable défi pour les industriels : la production y a atteint 4 millions de véhicules en 2003 ; en 2010, on estime qu’une voiture européenne sur cinq sera produite dans cette zone.

Une main-d’œuvre compétitive

Pour Patrick Findeling, directeur de Plastivaloire, concepteur de pièces plastiques implanté en Roumanie (163 millions d’euros de chiffre d’affaires), « La première raison de s’établir dans un pays à bas coûts reste le faible coût de la main-d’œuvre ». Dans le Maghreb et en Europe de l’Est, les dirigeants d’entreprise observent cependant que la conjugaison de l’amélioration des niveaux de vie et d’éducation entraîne des hausses des salaires, en particulier pour les emplois qualifiés. La République tchèque, où la présence forte de PSA et de Hyundai a absorbé une grande partie de la main-d’œuvre, arrive à saturation. « La recherche d’une main-d’œuvre bon marché ne peut plus être qu’une solution à court terme », souligne Bohdan Buczko, premier secrétaire de  l’ambassade tchèque en France. En Chine, la croissance rapide du pays (+ 9 %) pose  parfois des problèmes de recrutement. Yann Kerleroux, responsable de la sous-traitance chez Guerin Systems, une société spécialisée dans le transport de poudre plastique (21 millions d’euros de chiffre d’affaires), déplore le « turnover » des ingénieurs chinois : « Tous les six mois, l’interlocuteur anglophone chez notre sous-traitant démissionne pour un meilleur poste. On perd du savoir-faire et des acquis. On doit tout recommencer à zéro et former quelqu’un de nouveau en France ».
Les industriels apprécient aussi la grande capacité d’adaptation, le savoir technique et la motivation de cette main-d’œuvre. Dans le secteur de l’usinage et du décolletage, Marylise Bougaret, directrice d’un centre de production situé en Pologne de Segepo-Refa (20 millions d’euros de chiffre d’affaires), met l’accent sur la disponibilité et l’envie de travailler de ses employés. Mais exprime une certaine réserve : « Il ne faut pas confondre travail dur et productivité. En transférant une partie de la production en Pologne, nous avons dégagé des gains de productivité sur des pièces qui ne peuvent être produites qu’en France. Mais en Pologne, même si nos employés sont disponibles et motivés, nous sommes un peu déçus par la productivité ».

De nouveaux marchés

L’implantation dans les pays émergents a aussi pour motivation la recherche de nouveaux marchés. Mais quand ils choisissent le Maghreb ou les Peco, les sous-traitants visent à conserver une certaine proximité avec l’Europe de l’Ouest. Et tout en développant leurs activités dans les pays émergents, ils cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de leurs principaux donneurs d’ordres. Selon Marc Selliet, directeur des achats de Dacia en Roumanie, filiale du groupe Renault, « Plusieurs de nos fournisseurs ont remporté des marchés et produisent aujourd’hui pour des constructeurs comme Toyota ou PSA. On assiste à une diminution de la dépendance des fournisseurs vis-à-vis de leurs donneurs d’ordres de proximité ». Les sites montés dans certains pays travaillent également à s’émanciper de leur groupe, en développant des projets avec des partenaires sur place.
Si les marchés des pays émergents sont en forte croissance, la pauvreté des départements de recherche et le manque de matière grise pour le développement restent toutefois un frein à l’essor des tissus industriels.  « Notre usine de Timisoara manque de réactivité car notre centre de recherches se trouve loin, à Langeais. Nous aurions besoin de développer des entités R & D de niveau 2 en Roumanie pour mieux gérer les modifications après industrialisation », indique Patrick Findeling de Plastivaloire. Cette absence pose aussi un véritable problème  de stratégie à Plastic Omnium Exterior (1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires), fournisseur de pare-chocs, d’ailes, de blocs avant et arrière implanté à Bratislava en Slovaquie. Selon Philippe Gaultier, son directeur marketing, « Nos clients nous demandent toujours plus d’innovation, de risque, de prestations, pour moins de coût, d’investissement et de délai. Ce sont des exigences que nous pouvons gérer dans les pays occidentaux où nous reposons sur une bonne R & D. Dans les pays à bas coûts, c’est autrement plus difficile ».

Des exigences de qualité et de R & D

Dans ce contexte, les exigences de coût et de qualité des grands donneurs d’ordres apparaissent parfois difficiles à traiter pour  certains sous-traitants implantés dans les pays à bas coûts. « En Slovaquie, nous devons faire face à des objectifs de prix extrêmement serrés pour des exigences de qualité identiques à celles imposées en Europe occidentale, explique Philippe Gaultier. Nous ne faisons pas que livrer une pièce : nous livrons un service et une optimisation des fonctions de la pièce qui demandent des investissements et de la R & D. Or, on nous aligne souvent sur des prestations et des livraisons de premier niveau, benchmarkées par des pays à bas coûts ». Les remarques d’Éric Molleux, directeur d’EM technologies (124 millions d’euros de chiffre d’affaires), spécialiste du découpage-emboutissage  présent en Hongrie, vont dans le même sens : « Nos clients nous mesurent à des prestataires locaux qui, la plupart du temps, n’ont pas notre savoir technique, les mêmes machines et notre contrôle qualité ». Pour Plastivaloire, Patrick Findeling met en cause l’analyse des coûts de fabrication menée par les grands constructeurs : « Si l’on fait une demande de prix pour un produit auprès d’un partenaire roumain, il vous fera en toute bonne foi une cotation à 2 euros. C’est sur ce prix qu’un donneurs d’ordres se basera. En réalité, la qualité demandée par PSA ou Renault l’obligera à mettre en place des  procédures qu’il n’a pas et à investir dans des machines ». Et les coûts s’envoleront.

Encadrer ses fournisseurs

Car les tissus industriels des pays à bas coûts ne répondent pas encore aux critères occidentaux en termes de qualité, de délai ou de process. « Pour la maintenance et la réalisation de pièces de précision, nous sommes obligés de nous fournir en France », indique Frédéric Bodin, directeur d’établissement chez Souriau, une société de connecteurs implantée au Maroc (155 millions d’euros de chiffre d’affaires). De plus, les acheteurs ont souvent du mal à faire confiance aux fournisseurs de rang 2 des pays de l’Est : leur santé financière fragile et leurs lacunes  en management inquiètent. PSA, qui va démarrer cette année sa production en République tchèque et en Slovaquie en 2006, fait reposer le choix de ses fournisseurs sur cinq critères majeurs :

  •  santé financière : s’assurer de la solidité  financière du sous-traitant et de sa capacité à investir pour monter en cadence,
  •  qualité : privilégier les fournisseurs certifiés,
  •  R & D : s’assurer de la capacité à développer des pièces à partir d’un simple cahier des charges,
  • compétitivité : le fournisseur doit disposer d’une organisation permettant une bonne compétitivité,
  • logistique : obligation de travailler sans  stocks.

À noter que l’analyse des trois premiers  critères est rarement satisfaisante.
Pour répondre à ce problème, Dacia mène une politique d’encadrement et participe au développement du tissu de sous-traitants locaux. La filiale de Renault a pris en stage des responsables qualité de ses fournisseurs, au sein de ses propres services qualité, en les orientant dans une problématique d’achat : il s’agit de former les responsables de l’achat de composants. Il y a trois ans, Dacia a ouvert un institut proposant des cours sur la qualité et la logistique. Le constructeur mène régulièrement des missions ponctuelles auprès de ses fournisseurs pour assurer leur développement. Marc Selliet de Dacia explique le cas du partenariat avec l’éclairagiste roumain Elba : « Nous avions deux problèmes : les objectifs coûts étaient très stricts et Elba ne possédait pas la technique des glaces plastiques, impérative pour le style que nous voulons donner à nos voitures. Nous avons encadré notre fournisseur de façon précise et continue : nous avons signé un accord de licence avec Valeo sur les  parties produit et accompagnement de l’outillage et nous avons aidé Elba lors de ses négociations avec certains de ses fournisseurs venant d’Europe occidentale. Nous sommes parvenus à développer une fonction très compétitive, puisqu’il s’agit de l’éclairage le moins cher de l’ensemble de la gamme Renault. En même temps, nous avons généré des économies importantes en réalisant l’outillage localement ». L’implication de Dacia auprès de ses fournisseurs va encore plus loin : le constructeur développe le tissu fournisseurs de rang 1 et 2 en créant une association roumaine des équipementiers, la Carom. Et cherche aussi à optimiser leur sourcing et poussant leurs achats vers d’autres pays plus compétitifs, comme la Turquie.

 

Par Gilles Lordet

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