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Par François-Charles Rebeix

Une étude Grant Thornton : freelances, les plateformes au secours des directions achats

Les freelances partent de plus en plus nombreux à l’assaut des entreprises. Ils ne sont plus seuls : nombre de plateformes émergent à leur tour pour servir d’interface. D’où cette double initiative de Grant Thornton : une étude comparative sur les services offerts par ces plateformes et un débat réunissant des indépendants, des donneurs d’ordres et un opérateur.

Emmanuel Dalery-Escutanaire qui anime l’offre plateformes Freelance au sein du pôle Achats et Supply Chain a fait témoigner il y a quelques semaines des acteurs représentatifs de ce nouveau monde du freelancing : D’abord, deux indépendants : Nicolas Beladen, consultant IT et Alain Desmottes, ex-manager Achats (Thalès) reconverti dans le conseil. Ensuite, deux responsables achats, Guillaume Duny (Directeur du pôle Achat Epargne, Assurance et Immobilier, Crédit Agricole) et Gaël Dominique (Purchasing Director IT, Telecom and FM, L’Oréal), en charge précisément, pour leurs entreprises, de la mise en œuvre d’une approche plateforme pour ce type d’achats. Et enfin, un opérateur lui-même, Vincent Huguet, co-fondateur et CEO de Malt (ex-Hopwork). Cette startup compte parmi les plateformes emblématiques d’un milieu qui regorge désormais d’initiatives (voir tableau comparatif proposé par Grant Thornton).

Phénomène de société


Les freelances font le choix de « l’agilité » (sic) parce que les structures traditionnelles (entreprises) s’avèrent souvent contraignantes (Nicolas Beleden). Être indépendant, c’est travailler par projet, selon ses inclinations, et dans un temps moins contraint qu’un travail « présentiel ». Dans le digital, leur terrain de jeu historique, les freelances travaillent pour des grands groupes, des startups, des petites équipes, d’autres indépendants. Au bout d’une carrière, un cadre Achat (Alain Desmottes) peut avoir envie d’un autre rythme. Chercher un sens différent à son engagement professionnel. « Chasseur de coûts, chasseur de risques », se définit-il désormais. Trentenaires ou cinquantenaires, les ex-salariés préfèrent appeler leurs ex-employeurs des… clients.
Le phénomène Freelances est une tendance lourde. En 2020 (sources McKinsey), 20 à 30 % des personnes en âge de travailler aux États-Unis et en Europe (162 millions de personnes) tireraient leurs revenus du travail indépendant (au sens large, professions libérales inclues). Aux Etats-Unis, ce serait même la moitié des actifs. Ils seraient 9 millions en Europe, 830 000 en France (35% de millenials) et dans notre pays la hausse serait continue depuis 15 ans (+45%). Une autre source (Eurostat) évoque 490 000 freelances (en 2016) avec une augmentation moyenne de 11,5% par an. Le nombre de consultants, développeurs, graphistes, experts marketing freelances a été multiplié par trois en dix ans.
En quelques années, le marché du travail s’est transformé radicalement. Les entreprises ont été plus contraintes (les années « crise »). Elles raisonnent plus en « mode projet » et privilégient la « flexibilité ». Quant aux jeunes générations, elles développent une vision plus libre de l’engagement professionnel. D’aucuns parlent aussi d’une quête de sens qui rend plus exigeants encore les millenials comme les seniors… Ce type de choix serait aussi l’apanage des « talents », catégorie de collaborateurs que les entreprises peinent à définir tout en intensifiant plus que jamais leur chasse…

Un sujet Achat


Les Achats doivent s’emparer du sujet au risque d’êtes débordés ! Les opérationnels ont adopté le principe de recourir à des travailleurs indépendants. Mais les procédures achats (indentification du besoin, identification et évaluation des prestataires, commande, contrat, règlement, etc.) sont-elles adaptées ? « Il faut repenser une bonne part de sa stratégie à l’ère des freelances » prévient Emmanuel Dalery-Escutanaire. Adopter de nouvelles pratiques (réseaux sociaux, évaluation des compétences, e-réputation, etc.), un nouveau langage (donner du sens aux missions, vendre son offre), s’entourer de nouvelles précautions juridiques, s’interroger sur les solutions possibles (contrat de prestation, portage salarial, marketplaces, etc.), ne pas mettre hors-jeu les Achats, trouver le bon niveau d’exigences et limiter les risques (dépendance, requalification des contrats, écart entre besoin exprimé et ressources disponibles, réputation du donneur d’ordres, etc.).
Les places de marché peuvent répondre à toutes ces questions. Pour Vincent Huguet, son co-fondateur, Malt (80 salariés, 100 000 freelances inscrits, 15 000 clients et parmi eux 500 clients « corporate ») recense tous les ingrédients du genre : ADN très « techno », place de marché ouverte, nombre significatif d’inscrits, notation des prestataires et des donneurs d’ordres (non public), algorithme de recherche pour coller aux demandes exprimées, vérification des profils, archivage des documents légaux, paiements garantis, comptes séquestres (rémunérations/commissions), responsabilité civile professionnelle (Axa), avantages sociaux, etc. Et plus récemment, une fonction tableaux de bord (Insight) qui recense toutes les missions en cours dans l’entreprise (services, durée, coûts, notation, etc.) de façon très graphique, sans doute à terme partageable (SI achats).

Sans filtre


A propos des freelances, L’Oréal et le Crédit Agricole reconnaissent d’une part « qu’il y en a de plus en plus » (Gaël Dominique, L’Oréal) et d’autre part, « qu’ils sont de plus difficiles à sourcer » (Guillaume Duny, Crédit Agricole). Ainsi, chez L’Oréal, la part des freelances dans les achats de prestations diverses été aurait estimée à 30% du montant total (contrats directs ou sous-traitance). Le groupe cosmétique a désormais un enjeu : être plus agile pour que le prescripteur trouve plus facilement les ressources dont il a besoin. Gaël Dominique a cette formule : « souvent, rechercher un prestataire, c’est travailler dans le cadre d’un marché peu ou pas bien défini avec des ressources mal évaluées. » Guillaume Duny définit la solution : « il faut permettre aux utilisateurs de s’affranchir du filtre des achats ». C’est ce que permet une place de marché. Le Crédit Agricole a démarré l’été dernier un test avec cinq d’entre elles. Une équipe d’une vingtaine utilisateurs (des duo acheteurs-prescripteurs) les expérimentent. Parmi les utilisateurs, certains se montrent enthousiastes et d’autres, plus réticents, redoutant une perte de contrôle. Mais pas question de caler : le programme devrait étendre son panel testeurs pour créer une petite communauté sur le sujet. Les plateformes présentent souvent des caractéristiques très différentes. Il faut les positionner, les évaluer voire les intégrer dans des process de grands groupes pas forcément souples. A terme, le Crédit Agricole ne devrait en retenir que deux.
Deux plateformes de tests, c’est aussi ce que le groupe L’Oréal devrait mettre en place. Interrogées sur les qualités qu’elles prêtent aux plateformes, voici ce que les deux entreprises répondent : des interfaces utilisateurs faciles et des fonctionnalités de recherche équitables (L’Oréal), un vivier de talents, une capacité de pilotage, une gestion des documents légaux, une sécurité règlementaire, une ergonomie capable d’entraîner l’utilisation (Crédit Agricole). Gaël Dominique affiche son enthousiasme : « le métier des acheteurs se transforme. Nous devons avoir des approches globales. Nous ne sommes pas là pour négocier au coup par coup. De ce point de vue-là, les marketplaces offrent un vrai service, placé au plus près des utilisateurs. Et c’est… génial. ». Un cri du cœur qui demande à passer malgré tout l’épreuve des tests…Et parce que tous ces freelances, c’est avant tout de l’humain, Emmanuel Dalery-Escutanaire conclut sur une image plus nature que techno : « la transformation est au cœur de la marguerite ! ». Tout un programme pour les achats aussi !
Portrait

Emmanuel Dalery-Escutanaire
Managing Partner, Achats & Suppluy Chain, Grant Thornton

" Il faut repenser une bonne part de sa stratégie à l’ère des freelances "

Coup d’arrêt
Indépendant ou salarié, le freelance ? Le 28 novembre 2018, la Chambre sociale de la Cour de cassation de Paris (arrêt n°1737) statuait pour la première fois sur la qualification du contrat liant un livreur à une plateforme numérique (Take eat easy, livraison de repas, ayant fait faillite à l’été 2016). Très attendu, l’arrêt publié par la haute juridiction reconnaît le statut de salarié à un coursier autoentrepreneur. Un véritable pavé dans la marre qui s’ajoute à l’arrêt déjà prononcé par la même cour en 2016 « requalifiant en salarié un chauffeur VTC de Le Cab du fait en particulier de l’existence d’une clause d’exclusivité ».
Le nouvel arrêt s’appuie notamment sur le système de géolocalisation utilisé par la société Take eat easy. Elle met en avant aussi « le pouvoir de sanction » appliqué par la société en vertu d’un système de bonus-malus appliqué à ses livreurs et pouvant aller jusqu’à la désinscription du site. En clair, il y avait bien un lien de subordination unissant le livreur à sa plateforme numérique. Un travail caractérisé sans appel de cette façon : « sous l’autorité d’un employeur ayant le pouvoir de donner des ordres et des directives, d’en contrôler l’exécution et de sanctionner les manquements de son subordonné. ». Dans un prononcé plus ancien (4 mars 1983), la Cour de cassation avait déjà précisé les limites d’un choix, même déclaré : « La seule volonté des parties est impuissante à soustraire un travailleur au statut social qui découle nécessairement des conditions d’accomplissement de son travail ». Une sentence renforcée moins d’une dizaine d’années plus tard (17 avril 1991) : « l’existence d’une relation de travail salarié ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu’elles ont donnée à la convention, mais des conditions de fait dans lesquelles est exercée l’activité professionnelle ».
Même si le mode de fonctionnement de Take eat esay n’est pas exactement comparable aux pratiques d’autres plateformes, le risque existe, à l’occasion d’un conflit, de voir des conditions de travail et d’échanges examinées plus au fond. La question doit être dans toutes les têtes tant du côté des plateformes, des donneurs d’ordres que de leurs prestataires.

Places de marché :  une offre encore très hétérogène
Le pôle achat achats & supply chain de Grant Thornton a analysé le fonctionnement de huit places de marchés (la liste n’est pas exhaustive). Certaines sont en cours de test chez quelques-uns de leurs clients. Les offres, assez hétérogènes, évoluent constamment en fonction des réactions du marché, indépendants et/ou donneurs d’ordres.  La recherche des profils est souvent à faire par les équipes du client lui-même. Les conditions financières, plus ou moins complexes, varient du simple au double. Les plateformes ne respectent pas toutes le dispositif de comptes séparés entre le freelance et le fournisseur. Enfin, les tableaux de bord de suivi d’activité comme l’intégration aux SI achats sont plus ou moins poussés. A noter : aucune ne souhaite communiquer les chiffres d’affaires.

D’autres plateformes de service
Coworkees : https://www.coworkees.com/
Creads : https://www.creads.fr/
Crème de la crème : https://cremedelacreme.io/#/fr
Place du conseil : https://www.portailduconseil.fr
Talent.io : https://www.talent.io/
TIH Business : https://tih-business.fr/
Twineeds :https://www.twineeds.com/

Source La Lettre des Achats


Comment choisir une place de marché ?
1. Avancer pas à pas
2.
Faire un POC
3.
Mettre l’accent sur la gestion du changement
4.
Limiter le nombre de places de marché
5. Evaluer et vérifier la conformité réglementaire
6. Être vigilant sur les dispositifs de qualification administrative et professionnelle
7. Rester sur les standards
8. S’interfacer avec les outils d’e-procurement

Par François-Charles Rebeix

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