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La Lettre des Achats - Novembre 2018 N°276
Novembre 2018

Marchés

Conjoncture

Macroéconomie : une croissance mondiale désynchronisée

Une croissance mondiale désynchronisée

Laurent Gaetani - Directeur général - Degroof Petercam Gestion France
« Les Etats-Unis continueront de dicter le tempo en 2019 »

Par François Le Roux

Une croissance mondiale désynchronisée

Au plus haut depuis 2011, la croissance mondiale montre des signes d’essoufflement. Sur fond de guerre commerciale, de montée des populismes en Europe et de hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis, un ralentissement marqué de l’économie n’est pas exclu d’ici 2020 à l’échelle planétaire.

Après l’OCDE, le Fonds Monétaire International vient de réviser à la baisse ses prévisions de croissance mondiale. Le FMI table désormais sur une progression du PIB de 3,7 % pour 2018, à l’unisson avec l’OCDE, soit 0,2 point de moins que prévu en avril. « Il y a des signes que la croissance mondiale a atteint un plateau. Celle-ci est devenue moins synchronisée avec moins de pays participants à cette expansion » a détaillé début octobre Christine Lagarde, la patronne du FMI. Cette baisse de régime n’affecte pas seulement les pays émergents et la Chine. L’activité s’essouffle également en Europe, dans le sillage de la décélération du commerce mondial.

L’Europe et la Chine affectées


Dans le sillage d’une croissance du commerce mondial revue à la baisse par l’OMC à 3,9 % pour 2018 et 3,7 % en 2019, la croissance de la zone Euro devrait ainsi s’infléchir pour revenir autour de 2 % cette année après une hausse de 2,5 % en 2017. « Les dernières enquêtes PMI soulignent un ralentissement de la croissance en zone euro en septembre, étroitement lié à la décélération de l’activité industrielle dans la plupart des pays. (…) C’est surtout le climat d’incertitude régnant autour des commandes à l’exportation qui affecte négativement la perception de l’environnement économique des agents » précisent les experts du Crédit Agricole dans une note d’analyse.
En Chine, le ralentissement de l’économie a débuté au deuxième trimestre 2018, après une forte décélération de l’investissement. La croissance chinoise devrait progressivement se modérer pour avoisiner les 6 % à 6,2 % en 2019. Face au risque d’une nette baisse de régime de son économie, Pékin n’a pas tardé à réagir, d’abord en diminuant les taux d’intérêt interbancaires, puis en tâchant de faciliter l’accès au crédit des entreprises de petite taille et de certains secteurs dont les infrastructures.

Les Etats-Unis en fin de cycle


En cette fin d’année 2018, seuls les Etats-Unis tirent leur épingle du jeu, bénéficiant des mesures de relance budgétaire de Trump. La Réserve fédérale américaine a même révisé à la hausse ses prévisions, à 3,1 % pour 2018 contre 2,8 % précédemment. Passé 2018, le tableau pourrait toutefois s’assombrir. « Le risque de récession est élevé à horizon de 2020 étant donné l’avancement de l’économie américaine dans le cycle, la dissipation des effets du stimulus budgétaire, le resserrement de la Fed et les risques liés à la guerre commerciale. Par ailleurs, la hausse des tarifs douaniers résultant d’une guerre sévère entre la Chine et les États-Unis est susceptible de rajouter quelques dixièmes de points de pourcentage à l’inflation l’année prochaine » préviennent les experts du Crédit Agricole, tandis que leurs homologues de la Société Générale pronostiquent une croissance de 1,5 % en 2020 et de 1 % sur la période 2021-2022.

A l’aube d’une nouvelle crise ?


Dix ans après la chute de Lehman Brothers, les clignotants menacent à nouveau de tourner au rouge, le FMI s’inquiétant également d’un endettement mondial colossal. A la fois public et privé, il culmine à 182 000 milliards de dollars. « C’est près de 60 % plus élevé qu’en 2007 » a souligné Christine Lagarde. Cet endettement rend les gouvernements et les entreprises plus vulnérables au durcissement des conditions financières, ce qui se ressent déjà dans les pays émergents.
Malgré ces dettes privées et publiques cumulées représentant 225 % du PIB mondial, la situation diffère sensiblement par rapport à 2008 selon Bruno Colmant, directeur de la recherche chez Degroof Petercam : « le bilan des banques est considérablement plus solide qu’il ne l’était avant la crise de 2008. Leurs ratios de fonds propres sont nettement plus élevés qu’à cette époque. Surtout, ces établissements sont désormais débarrassés des «junk bonds» et autres produits spéculatifs qui avaient menacé leur pérennité ». Débarrassée de ses démons de 2008, la croissance mondiale pourrait cette fois éviter le pire et se diriger vers un atterrissage en douceur !

Par François Le Roux

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