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La Lettre des Achats - Mars 2019 N°280
Mars 2019

Marchés

Conjoncture

Forex : un dollar moins impérial

Un dollar moins impérial

Sandy Campart - Directeur et co-auteur de « Risques de taux d’intérêt et de change »
« Les vents contraires vont s’accumuler pour le billet vert »

Par François Le Roux

Un dollar moins impérial

Figurant au rang des grands gagnants de l’année 2018, le dollar pourrait voir son étoile pâlir dans le sillage du ralentissement de l’économie américaine. Mais avec une croissance mondiale désynchronisée, combinée à la montée de l’instabilité politique aux quatre coins du globe, 2019 pourrait rebattre les cartes pour l’ensemble des grandes devises internationales.

Le billet vert s’est fortement apprécié en 2018. Face à l’euro, la devise américaine a progressé de 4,5 % sur l’année écoulée, bénéficiant des quatre hausses de taux de la FED et d’une croissance porteuse aux États-Unis. 2019 pourrait signer le début de la fin pour le dollar. La Fed a changé de discours. Son président Jérôme Powell a reconnu début février que les arguments en faveur d’une poursuite de la hausse des taux aux États-Unis s’étaient « affaiblis ». Le consensus des analystes estime ainsi à 80 % que le mouvement de hausse du dollar s’est interrompu, contre une proportion de 60 % il y a un mois.
L’influence de la Fed sur le dollar ne doit toutefois pas être surestimée. « Lors du cycle de hausses de taux de la Fed 2004-2006, le dollar s’était globalement déprécié » rappelle à titre d’exemple Sébastien Drut, analyste senior chez CPR AM. En réalité, la période de dépréciation du dollar, de 2002 à 2008, avait été concomitante avec une décélération de la croissance américaine relativement au reste du monde. Le dollar n’était reparti à la hausse qu’à l’été 2008, avec la faillite de Lehman Brothers.

Un euro à 1,20 $ en 2019


Malgré la baisse annoncée du dollar, l’euro ne devrait que partiellement gagner du terrain face au billet vert. La majeure partie de l’appréciation de la devise unique par rapport au niveau actuel d’environ 1,14 dollar devrait intervenir au second semestre, selon les stratèges d’UBS, qui estiment que « l’euro est aujourd’hui bien en dessous de sa juste valeur, qui se situe entre 1,25 et 1,35 dollar ». La banque suisse table ainsi sur une parité de 1,20 dollar en fin d’année. Certains analystes parient toutefois sur une appréciation de l’euro de 5 % en 2019 face au dollar.
Le billet vert pourrait également s’affaiblir contre le yen si la situation sur les marchés financiers se dégrade, compte tenu du statut de devise refuge de la monnaie nippone. En attendant, les experts de BNP Paribas Wealth Management anticipe à trois mois un cours de 110 yens pour un dollar. Compte tenu d’une économique domestique japonaise en manque de dynamisme, la Banque centrale du Japon ne devrait guère modifier sa politique monétaire. Un statu quo est d’autant plus probable que sur le plan de la politique économique une augmentation des taxes à la consommation est programmée pour le mois d’octobre 2019.
Le yuan sur la défensive
En Chine, le yuan a constamment baissé depuis la mi-2018, minimisant l’impact des mesures tarifaires imposées par les États-Unis sur les importations en provenance de Chine. « Le recul observé au second semestre 2018 devrait se modérer en 2019, même si le yuan devrait rester sur une tendance à la baisse » estiment toutefois les experts d’UBS. Un pronostic également partagé par Goldman Sachs qui table sur la bonne tenue de l’activité en Chine, « la croissance du PIB devant s’établir autour de 6,2 % en 2019 ». Le dollar devrait néanmoins dépasser le niveau « sacro-saint » des sept renminbis si la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine persiste.
Autre fait marquant en 2019, nombre de banques centrales devraient opérer des hausses de taux. La couronne suédoise, la couronne norvégienne, le forint hongrois devraient en profiter pour s’apprécier. Le zloty polonais devrait pour sa part bénéficier des solides perspectives de croissance du pays. L’évolution de la livre sterling, elle, dépendra des conditions dans lesquelles le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne. La devise britannique est attendue à 1,38 dollar dans un an. Concernant les pays émergents, la hausse des taux de la Fed et l’attractivité du dollar ont été en 2018 à l’origine de crises monétaires, à l’image de l’effondrement du péso argentin. La banque centrale américaine ayant fait état d’un certain attentisme en matière de politique monétaire, les devises émergentes devraient être à l’abri de nouveaux soubresauts en 2019.

Par François Le Roux

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