Publicité
La Lettre des Achats - Février 2005 N°125
Février 2005

Tendances

Chronique

Réduction des coûts : les dirigeants donnent toujours le meilleur signal de départ

Par François-Charles Rebeix fcrebeix@lettredesachats.fr

Réduction des coûts : les dirigeants donnent toujours le meilleur signal de départ

« En matière de réduction des coûts, les dirigeants donnent toujours le meilleur signal de départ. Surtout quand cette démarche vient appuyer le développement de l’activité. Transversaliser le fonctionnement de l’entreprise, élargir la réflexion en amont en sollicitant davantage les fournisseurs ou en les remettant en cause, stimuler l’innovation constituent des axes d’autant plus stratégiques qu’ils sont impulsés par le management. Mais il est aussi très intéressant d’observer comment ces messages sont perçus par les dirigeants de PME quand ils se placent dans une relation fournisseurs-donneurs d’ordre. »

Ils se sont sans doute connus chez Bull, se sont retrouvés chez Thomson et continuent ensemble chez France Télécom. « Ils », ce sont Thierry Breton, P-DG de l’opérateur, et Charles Dehelly, nommé depuis peu à la tête d’Equant, la filiale services aux multinationales, désormais reprise en totalité (ou plutôt réintégrée) dans le groupe, comme Wanadoo et Orange en leur temps.

Le second ne ternira pas la réputation du premier dans l’un de ses domaines de prédilection : la réduction des coûts. Une revue anglaise, citée par le quotidien économique Les Échos1, prête ainsi au nouveau P-DG d’Equant un portrait peu amène de la situation réelle de l’entreprise (chiffre d’affaires en baisse,  pertes accrues, cours de bourse en chute, etc.), pour laquelle il conviendrait « d’arrêter l’hémorragie de cash et de réduire drastiquement les coûts ». Énoncé par le dirigeant d’Equant à l’occasion de vœux au personnel, le diagnostic a toutes les chances d’être entendu et le remède appliqué.
Ce « traitement de choc » comporte en gros deux volets : travailler davantage en équipe – ce sera au comité exécutif et à l’équipe de direction d’y veiller – et remettre bien plus souvent en question les fournisseurs. Et pour cause : les achats représenteraient plus de 70 % des coûts. À l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise, tout le monde est prévenu… Dans la série des dirigeants qui parlent de leurs achats et dont cette chronique rend compte régulièrement, voilà un nouvel exemple de discours volontaire.
En matière de réduction des coûts, les dirigeants donnent toujours le meilleur signal de départ. Surtout quand cette démarche vient appuyer le développement de l’activité. Transversaliser le fonctionnement de l’entreprise, élargir la réflexion en amont – en sollicitant davantage les fournisseurs ou en les remettant en cause –, stimuler l’innovation constituent des axes d’autant plus stratégiques qu’ils sont impulsés par le management. Mais il est aussi très intéressant d’observer comment ces messages sont perçus par les dirigeants de PME quand ils se placent dans une relation fournisseurs-donneurs d’ordre.
Ces dernières semaines, au moins trois enquêtes ont livré un éclairage pertinent. Celle du Cenast2, diffusée lors du récent Midest, tout en soulignant que donneurs d’ordre et sous-traitants avaient de plus en plus partie liée dans une démarche commune de recherche de gains de productivité ou de développement de produits, faisait état dans le même temps d’une dégradation de leurs relations. Parmi les griefs évoqués : l’allongement des délais de paiement (encore et toujours), la multiplication des pratiques abusives (le non-respect de la propriété intellectuelle notamment), des exigences de juste-à-temps qui font peser la charge de flexibilité sur les fournisseurs, des hausses de matières premières non répercutées, etc.
Une deuxième étude, conduite cette fois par KPMG à la demande du Medef et publiée fin 2004, s’était donné pour but de mesurer l’état d’esprit des PME françaises face à la tentation de la délocalisation3. Intitulée « France ou étranger : choix ou contraintes pour les PME françaises », elle a eu un premier mérite : celui de bien marquer la différence entre investissements à l’étranger et délocalisations. Dans le premier cas, il s’agit bien d’implantations dans le cadre d’une stratégie de développement vers des marchés de croissance ou pour se rapprocher de donneurs d’ordre ; dans le second cas, l’objectif sera de trouver une alternative soit à une installation existante en France, soit à l’implantation d’une nouvelle activité qui aurait pu y être localisée si elle avait été aussi compétitive que dans le pays d’accueil.
Une distinction subtile mais qui semble comprise par les dirigeants interrogés. Tout d’abord, 55 % d’entre eux considèrent que le marché français offre des perspectives peu, voire très peu favorables (contre 45 % en 2003) ; d’autre part, pour 73 %, la motivation d’un investissement à l’étranger reste la croissance sur des marchés extérieurs (contre 20 % la délocalisation de production). Enfin, 77 % affirment que leur implantation en France s’avère appropriée, tandis que parmi ceux qui sont déjà implantés hors des frontières, 82 % pensent également que leur installation en France reste adaptée.
Les implantations à l’étranger ne seraient donc pas incompatibles avec le maintien des emplois dans le pays d’origine. Une implantation à l’étranger offre un avantage concurrentiel majeur pour 24 % des répondants mais déjà un gain de compétitivité est perçu pour 46 %. L’Union européenne vient en tête des destinations des projets (40 %), suivie de l’Asie (20 %) et de la Chine (18 %). De quoi relativiser toutes les craintes de transferts massifs.
Dernier point : marketing et innovation apparaîtraient encore comme des facteurs de compétitivité mal maîtrisés, alors que 72 % des PME les mettent au centre de leurs préoccupations. À nouveau, cette notion doit être relativisée car le prix resterait le premier critère de différenciation pour les PME (pour 84 % des sondés contre 75 % il y a un an). Un regret toutefois : les achats ne sont pas cités comme pouvant être un élément clé de repositionnement pour une entreprise, ou bien plus des contributeurs à l’innovation. Parmi les gains possibles d’une présence accrue hors frontières, le renforcement du sourcing n’est pas davantage évoqué. Mais la question ne paraît pas avoir été posée…
Pour finir, les résultats de la traditionnelle enquête de conjoncture annuelle de BNP Paribas-Lease Group4, révélés le 19 janvier, laissent augurer des perspectives d’activité contrastées pour 2005. L’Espagne sera en forme, l’Allemagne sous pression, l’Italie optimiste. Quant à la France, les dirigeants des PME-PMI espèrent rester sur le (léger) rythme de croissance enregistré en 2004. L’industrie attend même une nette reprise. Les investissements seront privilégiés (68 % des réponses). Les perspectives de rentabilité s’amélioreraient et les auteurs de cette enquête de conclure sur ce sujet : cap à la hausse par les prix. Qu’en penseront les acheteurs ?


1. Les Échos du jeudi 13 janvier 2005, page 31 : « Equant : Charles Dehelly envoie de sombres vœux ».
2. Le Centre national de la sous-traitance regroupe les organisations professionnelles du secteur, soit 36 890 entreprises, 73,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 680 521 emplois. www.lyon.cci.fr.
3. Menée auprès de 212 entreprises réalisant entre 7 et 75 millions d'euros de chiffre d'affaires. Disponible sur www.medef.fr.
4. Réalisée auprès de 93 000 PME-PMI européennes de 6 à 200 salariés. Disponible sur www.bnpparibas-leasegroup.com.

 

Par François-Charles Rebeix fcrebeix@lettredesachats.fr

Le dernier numéro

Dernier numéro

N°286 - Octobre 2019

Le catalogue

Le catalogue Silex

Nos partenaires

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play