Publicité
La Lettre des Achats - Décembre 2016 N°255
Décembre 2016

Tendances

Événements

Obsar
Des délais de paiement toujours aussi peu respectés

Forum de l’achat public
Pas de professionnalisation sans réorganisation

Par Cécile Bontron

Forum de l’achat public

Pas de professionnalisation sans réorganisation

Le Forum de l’achat public, le 10 novembre dernier, a montré la volonté très partagée aujourd’hui de faire basculer la fonction dans une culture économique. Mais sans transformation organisationnelle et travail pédagogique, cela reste vœux pieux.

L’hôtel du département des Hauts-de-Seine accueillait, le 10 novembre dernier, la troisième édition du Forum de l’achat public organisé par le Cdaf, le Conseil national des achats, (anciennement la Cdaf, la Compagnie des dirigeants et acheteurs de France) devant un peu moins de 200 acheteurs des trois fonctions publiques, directeurs de services et élus. Le Département, dont les achats représentent 350 millions d’euros et les investissements 500 millions d’euros, a créé sa fonction achats, bouleversant son fonctionnement interne, en deux ans (voir La Lettre des Achats n°251). Le Forum a donc profité de l’expérience de son hôte pour analyser les éléments nécessaires à la création d’une véritable fonction achats.

S’attaquer aux tabous


« Je suis convaincu que l’achat public est une fonction structurante, stratégique même, a déclaré Patrick Devedjian, président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine. Structurante, car les budgets n’ont jamais été aussi contraints pour l’ensemble des collectivités. Pour le seul département des Hauts-de-Seine, la dotation globale de fonctionnement accuse une baisse drastique de 64 % en seulement trois ans ! »
Or l’achat public représente près de 150 milliards d’euros a estimé Marc Sauvage, le président du Cdaf et tout récent directeur général adjoint en charge des achats de la Région Île-de-France. Le manager intègre tous les travaux liés au patrimoine et à la voirie dans les achats publics. « Il faut lever ces tabous, a-t-il dit. Nous avons un vrai devoir de travailler cette assiette. »
La préoccupation sur l’optimisation des achats se retrouve dans toutes les collectivités. Benoît Mercuzot, vice-président chargé des finances et de l’innovation à l’agglomération Amiens Métropole a remarqué : « Travailler sur la masse salariale est complexe. L’autre levier, c’est améliorer la performance économique de nos achats. Juridiquement, nous sommes au top ! Mais quelques fois, nous sommes amenés à prendre des décisions qui ne sont pas économiquement bonnes. Or notre capacité de financement s’érode de 4 à 5 millions d’euros chaque année. Si nous ne faisons rien, nous serons bloqués dans peu de temps. » Amiens Métropole et la municipalité, qui avaient déjà mutualisé totalement leurs services, ont donc lancé une centrale d’achats en septembre dernier intégrant les 32 communes de l’agglomération et à terme, plus de 300 communes. « Ce n’est pas révolutionnaire, cela prouve notre retard dans le domaine », a soufflé Benoît Mercuzot.

Dépasser le stade de la sensibilisation


« L’ensemble des collectivités est sensibilisé à la nécessité de la commande publique, a souligné Katayoune Panahi, directrice générale des services du Département des Hauts-de-Seine. La véritable difficulté consiste à passer des préoccupations à la mise en place d’une organisation qui puisse les traduire. »
Le Département a donc décidé, avec l’arrivée de Katayoune Panahi à la tête de la direction générale des services (DGS), de changer de culture pour passer des marchés publics à l’achat public. Il a créé une direction de la commande publique, réunissant les précédents marchés publics intégrés au pôle juridique et la direction achats regroupée avec les moyens généraux et la logistique. Mais il a aussi introduit la pratique du sourcing, des rencontres avec les entreprises, des « matinales de l’achat » réunissant acheteurs et prescripteurs. Le taux d’appels d’offres infructueux est passé de 20 % à 7 %. « Il faut entreprendre un travail de transversalité pour mieux connaître les besoins », a assuré Katayoune Panahi.
Changer d’organisation est donc primordial pour passer du modèle tout juridique à l’intégration de la performance économique. « Il faut que l’organisation s’adapte à la commande publique, pas l’inverse, a commenté Katayoune Panahi. Avant, le mode de fonctionnement était calqué sur l’administration, aujourd’hui les marchés sont plus transversaux. »

Travailler dès la définition du besoin


La réorganisation doit également s’attaquer à la question de la gouvernance et repositionner les achats à un niveau plus stratégique. « Aujourd’hui, ce sont les opérationnels qui définissent le besoin, sans qu’un regard transversal puisse apporter du recul, regrette Benoît Mercuzot. C’est un problème d’organisation. Par exemple, pour transporter les repas d’une cuisine centrale, nous louons des camions neufs qui doivent être remplacés dans l’heure en cas de panne. L’intention est louable : offrir un service optimum aux contribuables. En réalité, ce n’est pas jouable. Ce n’est pas mesurable et on ne peut calculer les pénalités. Le surcoût engendré par une exigence trop importante est sans commune mesure avec la réalité du risque et le service rendu. »
Impliquer les achats dans la définition même du besoin exige toutefois un changement radical de culture. L’accompagnement du changement est donc également primordial. « Nos objectifs de simplification administrative pour les entreprises aussi demandent un travail de persuasion. Car certains ont le sentiment que plus ils demandent d’informations aux entreprises, mieux le marché sera exécuté. »
Ce travail de longue haleine ne peut réussir qu’avec le soutien appuyé aux plus hauts niveaux hiérarchiques et une volonté politique forte. Et Marc Sauvage d’ajouter : « Il faut une gouvernance qui permette aux DGS ou autres directeurs d’entendre les Achats. » Mais le président du Cdaf est optimiste. « Nous voyons les achats publics monter en puissance. Notre ambition est d’accompagner ce mouvement. » Le Conseil national des achats a ainsi annoncé la création d’une revue de l’achat public et de groupes d’étude et de benchmark au niveau national et régional.
Pour Patrick Devedjian, les élus ont tout intérêt à appuyer fortement cette évolution des achats car, se raccrochant à l’actualité américaine – ainsi qu’à l’histoire tourmentée des marchés publics des Hauts-de Seine – il a affirmé : « il existe toujours ces soupçons de corruption qui entachent l’action publique. Le populisme se nourrit de ce soupçon. La professionnalisation et la transparence de la Commande publique sont de nature à donner davantage confiance et à limiter le populisme. » Les élus ont les cartes en main.

Par Cécile Bontron

Le dernier numéro

Dernier numéro

N°283 - Juin 2019

Les indicateurs

Les indicateurs Commoprices

Le catalogue

Le catalogue Silex

Nos partenaires

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play