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La Lettre des Achats - Avril 2019 N°281
Avril 2019

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Ecovadis Sustain 2019
L’évaluation RSE à l’heure du prédictif

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Par Guillaume Trécan

Ecovadis Sustain 2019

L’évaluation RSE à l’heure du prédictif

Lors de son événement annuel, Ecovadis Sustain, les 5 et 6 mars 2019, le champion de la notation RSE des fournisseurs à partir d’audits documentaires, a exposé à ses clients donneurs d’ordres et fournisseurs ses perspectives de développement. Riche de sa base de 50 000 fournisseurs évalués, Ecovadis se lance à présent dans l’analyse prédictive.

Les fondateurs d’Ecovadis ne donnent toujours pas d’information sur le chiffre d’affaires de leur société mais à en juger par l’inflation de leurs équipes, la croissance de leur activité est toujours soutenue. Ecovadis employait 320 personnes en 2016 lors de sa dernière levée de fonds ; elle compte désormais dans ses rangs 600 collaborateurs et cherche à en recruter 150 de plus d’ici à la fin de l’année 2019. De nouvelles énergies mises notamment au service du développement technologique de la plateforme sur laquelle les quelque 350 clients donneurs d’ordres d’Ecovadis accèdent aux résultats des évaluations documentaires RSE de leurs fournisseurs. « Notre modèle devient de plus en plus informatique, c’est-à-dire que le ratio entre analystes et développeurs informatiques s’est inversé », concède Pierre-François Thaler, co-fondateur de la société avec Frédéric Trinel.
Le résultat de ces investissements technologiques, c’est d’abord la nouvelle version Ecovadis 10 de cette plateforme, sortie en fin d’année dernière, avec de nouvelles interfaces utilisateurs et une meilleure ergonomie (voir la Lettre des Achats n°271). L’idée étant d’en faire un véritable outil de pilotage de la performance. Ecovadis travaille désormais à son intégration dans les SI achats et a créé une direction des partenariats qui dialogue dans ce sens avec les éditeurs. Un accord a déjà été conclu avec Coupa. Pour renforcer les capacités de pilotage d’Ecovadis 10, un nouveau module, Ecovadis Spotlight a été développé pour permettre aux donneurs d’ordres de coordonner les audits sur site commandés à des tiers, de les collecter sur un point unique et de les intégrer à l’analyse de la performance fournisseur.
Ecovadis commence également à exploiter ses données – 50 000 fournisseurs évalués – avec de l’intelligence artificielle, via le nouveau module Ecovadis IQ qui permet d’effectuer des analyses prédictives de risques par pays et par famille d’achats.
En matière de gestion des risques RSE associés aux fournisseurs, l’idéal pour tout donneur d’ordres serait de pouvoir scanner sa supply chain jusque ses rangs 2 ; 3, voire plus. C’est notamment ce qui a motivé la création de l’offre Tier N en mode freemium, qui propose aux fournisseurs audités de faire auditer gratuitement quelques-uns de leurs propres fournisseurs. Bien sûr Tier N a aussi vocation à fournir de relais de croissance à Ecovadis auprès des ETI et PME.

La moitié des fournisseurs évalués en Chine


D’un point de vue géographique, la croissance des activités d’Ecovadis s’avère portée par des régions plus dynamiques que d’autres ou en cours de développement – l’Amérique du Nord, l’Australie, ou encore le Japon, deux pays où de nouveaux bureaux viennent d’être implantés. Aux Etats-Unis, dont le développement s’appuie sur une cinquantaine de personnes basées à New York, San Francisco et surtout Toronto, se trouvent la moitié des nouveaux clients signés au premier trimestre 2019. Mais le regard des dirigeants d’Ecovadis se tourne toujours avec insistance vers la Chine où se trouvent près de la moitié des fournisseurs évalués et où ils viennent de signer avec leur premier grand client donneur d’ordres, le groupe chimiste Wanhua.
La croissance de la société s’appuie également sur des secteurs d’activité nouvellement acquis à la cause de la notation RSE des fournisseurs et de la méthode de l’évaluation documentaire sur laquelle s’appuient ces notes ; en particulier le retail (avec des clients comme Auchan et Lidl), l’enseignement supérieur (avec par exemple l’Université de Californie) et les fabricants de pneumatiques où les clients historiques Michelin et Goodyear ont été rejoints dernièrement par Continental et Bridgestone.
Autant de secteurs mis à l’honneur dans les tables-rondes et ateliers, avec notamment le témoignage du directeur des achats de l’Université de Californie, William Cooper (8,7 milliards de dollars d’achats et 178 000 fournisseurs), celui du patron de la cyber-sécurité de Sanofi, Jean-Yves Poichotte, client de la filiale Cybervadis, créée en 2017 pour aider les donneurs d’ordres à se conformer à la RGPD, ou encore Hélène Paul, la directrice des achats de Michelin dont la signature avec Ecovadis en 2012 constitue une initiative fondatrice de sa démarche d’achats responsables. L’autre événement fondateur étant la création d’une charte soumise à ses fournisseurs : Michelin Purchasing Principles.

Des démarches achats responsables nécessairement transverses


Depuis, le fabricant de pneumatiques aux 12,6 milliards d’euros d’achats s’est fixé d’ambitieux objectifs, tels qu’arriver à un impact CO2 nul en 2050, ou encore atteindre 80 % de produits recyclés. Dernière initiative en date, la plateforme Natural Rubber, fondée l’an dernier et dont la première AG a eu lieu la semaine suivant l’événement Ecovadis Sustain. « Le but de cette plateforme, explique Hélène Paul, est d’entraîner l’ensemble de l’écosystème du caoutchouc naturel – producteurs, utilisateurs, mais aussi la société civile à travers les ONG – vers des pratiques responsables : biodiversité, gestion raisonnée des forêts, de l’eau, respect des droits humains, lutte anti-corruption... Nous sommes dans des zones sensibles et la supply chain du caoutchouc naturel est longue et complexe. Il y a huit millions de petits planteurs et souvent, entre le petit planteur et nous, il peut y avoir six ou sept intermédiaires. »
Fruit de ces réflexions, Michelin a développé avec un concepteur de solutions digitales dédiées à l’agriculture (Smag) un outil de cartographie de cette supply chain, baptisé Rubber Way. Preuve que les démarches d’achats responsables ne décloisonnent pas seulement les Achats avec le reste de l’entreprise, mais poussent aussi à établir des liens entre entreprises, même concurrentes, Hélène Paul ne compte pas garder pour elle l’usage de cet outil. « Nous sommes en train de faire le nécessaire pour que cet outil soit mis à la disposition de tous les acteurs », confie-t-elle.

Par Guillaume Trécan

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