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La Lettre des Achats - Mai 2019 N°282
Mai 2019

Marchés

Conjoncture

Commerce : les Routes de la soie, cheval de Troie ou réelle opportunité

Les Routes de la soie, cheval de Troie ou réelle opportunité

Témoignage

Soazig Thémoin - Conseil en propriété industrielle, mandataire européen en marques et modèles - Cabinet Vidon
« Faire en sorte que la Route de la soie ne se transforme pas en route de la contrefaçon »

Par François Le Roux

Les Routes de la soie, cheval de Troie ou réelle opportunité

Avec l’ambitieux projet des Nouvelles Routes de la soie de Pékin, l’Europe a l’opportunité de développer ses relations commerciales avec la Chine. L’Italie vient de franchir le pas. L’exemple du Sri Lanka soulève toutefois des doutes sur les intentions chinoises d’instaurer un partenariat gagnant-gagnant.

Lancé en 2013 par le président Xi Jinping et connu en Chine sous le nom de Belt and Road Initiative (BRI), le projet des Nouvelles routes de la soie est un vaste plan de développement des liens terrestres et maritimes entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Ce gigantesque programme devrait se finaliser à l’occasion du centenaire de la fondation de la République Populaire de Chine en 2049. Plus de 80 pays, représentant approximativement 36 % du PIB mondial, 68 % de la population mondiale, et 41 % du commerce mondial sont concernés.
Sous l’impulsion de la BRI, les échanges de marchandises entre la Chine et les pays partenaires devraient croître de 117 milliards de dollars en 2019, après une estimation de 158 milliards en 2018, selon Euler Hermes. Pékin a en effet déjà développé de nombreux partenariats au sein de sa zone d’influence en Asie ainsi qu’en Afrique. En mars 2018, Moscou a également apporté son soutien officiel au projet, signant seize accords de libre-échange avec des pays et régions directement concernés par la BRI.

L’Europe avance divisée


L’Europe figure également dans le viseur des Routes de la soie. En mars dernier, lors de sa tournée européenne, Xi Jinping a frappé un grand coup en scellant l’entrée de l’Italie dans la BRI, premier membre du G7 et pays fondateur de l’Union européenne à franchir le pas. Au total, vingt-neuf contrats ou protocoles d’accord ont été signés entre Rome et Pékin, portant sur 2,5 milliards d’euros et un potentiel total de 20 milliards. Ils prévoient notamment des investissements chinois dans les ports de Gênes et de Trieste. Une décision d’autant moins passée inaperçue que l’État italien venait de reporter sa décision sur la ligne à grande vitesse Lyon-Turin.
L’Italie ne constitue toutefois pas un cas isolé en Europe. Le Portugal a déjà cédé le contrôle de son électricité à un industriel chinois. Parallèlement, les pays d’Europe centrale et orientale ont acté la BRI, dont la Croatie, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne sans oublier la Grèce et Malte. A défaut d’avoir concrétisé un accord Chine-UE, la Chine avance par le biais de projets bilatéraux. Pour l’heure Paris, Berlin et Londres refusent de se joindre à la BRI sans garanties de réciprocité, même si Airbus et China Aviation Supplies Holding Company ont signé l’acquisition de 290 appareils, pour près de 30 milliards d’euros.

Un partenariat pas toujours gagnant-gagnant


L’hégémonie chinoise fait peur. Les mésaventures du Sri Lanka rappellent si besoin que le projet de la Chine est loin d’être philanthropique. Confronté à des difficultés financières et après une alternance politique, Colombo a dû céder à Pékin l’exploitation du port de Hambantota pour une période de 99 ans, les capitaux chinois ayant servi à la construction de cette infrastructure. Des Maldives à la Malaisie en passant par le Pakistan…, de plus en plus d’États destinataires de chantiers accusent Pékin de les mettre sur la voie du surendettement.
Avec une dette atteignant désormais 253 % de son PIB, la Chine pourrait par ailleurs avoir des difficultés à financer son projet de Routes de la soie, estime Euler Hermes, le besoin de financement du BRI s’élevant à 1,7 trillion de dollars par an. Un autre risque est l’absence d’harmonisation réglementaire et juridique entre les pays signataires, sans compter les fortes tensions géopolitiques entre pays membres, à l’exemple de l’Iran et l’Arabie saoudite, de l’Inde et du Pakistan, mais également la méfiance des pays de l’Asean face à la Chine… Accusée d’être trop naïve face aux puissances étrangères, de la Chine aux États-Unis, l’Union européenne entend en outre, comme l’a martelé dès septembre 2017 Jean-Claude Juncker, défendre ses intérêts stratégiques, alors que vient de paraître un rapport de la Commission soulignant l’augmentation continue des prises de participation de sociétés étrangères dans les secteurs clés de l’UE. Reste à joindre le geste à la parole !

Par François Le Roux

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