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La Lettre des Achats - Septembre 2018 N°274
Septembre 2018

Marchés

Conjoncture

Finances Publiques : les pays émergents sur le gril des taux américains

Les pays émergents sur le gril des taux américains

Régis Chatellier - Stratégiste Marchés Emergents - Société Générale Corporate and Investment Banking
« Le vrai risque au sein des pays émergents serait un hard landing de l’économie chinoise »

Par François Le Roux

Les pays émergents sur le gril des taux américains

En 2013, la hausse des taux longs américains avait bousculé les pays émergents. Avec le retour des rendements des T-bonds à 3 %, de nouvelles turbulences sont à craindre, l’appréciation du dollar et le durcissement des barrières douanières aux Etats-Unis risquant d’attiser les braises.

Pour la première fois depuis le printemps 2013, les taux à 10 ans américains flirtent avec les 3 %. Avec une économie américaine en pleine forme et le retour de l’inflation outre-atlantique, la politique monétaire américaine pousse également à un durcissement des conditions de financement en dollar. Le 13 juin, la Réserve fédérale a, comme prévu, relevé ses taux directeurs, portant le taux des fed funds entre 1,75 % et 2 %. Il s’agissait de la seconde hausse de l’année, la septième depuis le revirement de décembre 2015. Et la Fed devrait encore appuyer sur l’accélérateur. Pour la seule année 2018, une à deux nouvelles hausses de taux sont pronostiquées. Trois à quatre resserrements monétaires pourraient suivre en 2019.

Le risque d’une fuite des capitaux


Le souvenir du « taper tantrum » de mai 2013 incite à la prudence. A l’époque, Ben Bernanke, le gouverneur de la Réserve fédérale américaine, avait annoncé la réduction progressive du programme de quantative easing de la Fed. Les rendements obligataires américains s’étaient immédiatement tendus, grimpant vers le seuil des 3 % et provoquant par effet boule de neige des fuites massives de capitaux dans les pays émergents.
Et les investisseurs internationaux sont sur la défensive. « Les perspectives d’évolution des flux de capitaux non-résidents vers les marchés émergents cette année se sont détériorées. La hausse des rendements obligataires américains et l’appréciation du dollar ont déclenché un arrêt soudain des flux de portefeuille depuis la mi-avril » a indiqué fin juin dans une étude l’Institute of International Finance. L’IIF a revu à la baisse de 43 milliards de dollars, à 1 220 milliards, ses prévisions concernant les investissements étrangers dans les pays émergents pour cette année.

Des fondamentaux économiques plus solides


Le visage des pays émergents a pourtant changé en cinq ans. Les déséquilibres de leurs économies se sont significativement réduits, bénéficiant du cycle soutenu de la croissance mondiale. Leur PIB devrait ainsi globalement progresser de 5,8 % en 2018. « Sur les vingt plus grands pays émergents, seuls deux affichent un déficit des comptes courants supérieur à 3 % du PIB » selon les experts de DWS. L’inflation dans les pays émergents a par ailleurs reculé. Elle n’atteint plus aujourd’hui en moyenne que 3 % environ, quand elle s’élevait encore à 4,5 % début 2013. Les pays émergents sont en outre moins dépendants des capitaux extérieurs pour financer leurs budgets. Leur balance courante affiche globalement désormais des excédents.
La remontée des taux longs américains devrait par ailleurs être limitée. Le mur des 3 % ne devrait pas être durablement franchi. Les flux de capitaux vers les pays émergents ne devraient ainsi pas se tarir. En 2019, ils devraient s’élever à 1 350 milliards selon l’IIF. Les investissements directs étrangers, qui représentent 40 % de l’ensemble des flux de capitaux vers les pays émergents resteront en particulier bien orientés, avec des prévisions de 523 milliards de dollars pour 2018.

De bons et de mauvais élèves


Malgré un monde émergent globalement plus résistant, de fortes disparités existent pays par pays. L’Argentine et la Turquie, et dans une moindre mesure l’Afrique du Sud et la Colombie, affichent en particulier des fondamentaux économiques fragiles, L’Argentine et la Turquie souffrent d’une inflation à deux chiffres et d’un déficit de la balance courante élevé. Les deux pays ont par ailleurs subi ces derniers mois des fuites de capitaux étrangers, ce qui a contraint leurs banques centrales à relever leurs taux d’intérêt directeurs. Le risque politique pèse également sur certains pays. En octobre prochain, le Brésil sera scruté avec une attention toute particulière par les investisseurs internationaux, le candidat ultra-conservateur Jair Bolsonaro étant en tête des sondages pour les présidentielles.
En Asie, la Chine devrait voir sa croissance ralentir progressivement. « Alors que la consommation des ménages reste solide en Chine, la croissance des investissements en infrastructure et immobilier montre des signes d’essoufflement depuis quelques mois » souligne Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam. L’extension des taxes douanières par Donald Trump à, non plus 50, mais 200 milliards de dollars de biens d’importation chinois ne serait en outre pas une bonne nouvelle. La Chine étant un grand client de nombre de pays émergents, leur croissance pourrait en être affectée. Pour le meilleur comme pour le pire, le pouls des pays émergents continuera de battre au rythme de la santé de la Chine et des Etats-Unis.

Par François Le Roux

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