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La Lettre des Achats - Octobre 2018 N°275
Octobre 2018

Marchés

Conjoncture

Risques politiques : les économies émergentes dans la spirale d’une crise monétaire

Les économies émergentes dans la spirale d’une crise monétaire

Témoignage

Véronique Riches Flores - Présidente - RF Research
« Des pays où le crédit s’est substitué à la croissance réelle »

Par François Le Roux

Les économies émergentes dans la spirale d’une crise monétaire

Turquie, Brésil, Indonésie, Afrique du Sud…, la crise des devises s’est répandue cet été comme une traînée de poudre sur tous les continents. Au banc des accusés figurent la hausse des taux d’intérêt américains et les risques d’une guerre commerciale planétaire.

D’abord victimes de la remontée des taux d’intérêt américains, les pays émergents se sont enfoncés dans la crise pendant l’été, face au danger d’une nouvelle escalade de la guerre commerciale de Donald Trump. L’annonce de sanctions commerciales américaines contre le gouvernement turc de Recep Tayyip Erdogan et les menaces répétées de la Maison Blanche de taxer la totalité des exportations chinoises vers les Etats-Unis ont littéralement torpillé les devises émergentes.
Début septembre, la livre turque perdait ainsi plus de la moitié de sa valeur par rapport au début de l’année, tout comme le peso argentin, après l’appel à l’aide de Buenos Aires au FMI. La monnaie indonésienne n’a pas été épargnée, évoluant à ses plus bas depuis la crise asiatique de 1998, tandis que la roupie indienne s’échangeait autour de ses plus bas historiques face au dollar. L’entrée en récession au 2e trimestre 2018 de l’Afrique du Sud a également été fatale au rand, le réal brésilien pâtissant pour sa part de la forte instabilité politique du Brésil à l’approche des élections présidentielles.

Des fuites massives de capitaux


La fin de la politique monétaire accommodante de la Fed américaine, après dix ans de taux d’intérêt anémiques, aura sonné comme un véritable électrochoc. Dans le sillage des hausses de taux de la Fed, le dollar et les actifs américains ont gagné un surcroît d’attractivité. Parallèlement, la dette des pays émergents libellée en devise américaine s’est renchérie, devenant aux yeux des investisseurs internationaux synonyme de risque. Selon les statistiques de l’IIF, les marchés émergents ont ainsi subi des sorties nettes d’investissements de portefeuilles étrangers de 8 milliards de dollars en juin, après des sorties nettes de 6,3 milliards en mai..
De fortes disparités existent toutefois entre pays. Tous n’ont pas profité du contexte mondial de liquidité abondante et de la faiblesse des taux américains des années qui ont suivi la crise de 2008 pour s’endetter en dollar. « Les pays d’Asie, en particulier la Chine, font principalement face à un problème d’endettement en monnaie locale. Seule l’Indonésie a vu sa dette en dollars en pourcentage du PIB augmenter fortement. En revanche, les pays d’Amérique latine, la Turquie et l’Afrique du Sud ont affiché une hausse importante de la dette en dollars de leurs entreprises » analyse Christine Peltier, économiste chez BNP Paribas.
Loin d’être un accès de fièvre passager, la crise monétaire des pays émergents risque de perdurer. De nouvelles hausses de taux directeurs de la Réserve fédérale américaine sont dans les tuyaux pour 2018. La Fed devrait les porter dans la fourchette de 2,25 % à 2,5 % d’ici la fin de l’année. Un à deux nouveaux resserrements sont par ailleurs attendus en 2019, la Fed visant le retour à un taux qualifié de « neutre », ni trop accommodant ni trop restrictif, évalué par les analystes à 3 %.
Ce scénario exacerberait à n’en pas douter la crise des pays émergents dont les dettes sont les plus exposées au dollar. L’affaiblissement des devises locales provoquerait mécaniquement un nouveau renchérissement de leurs importations, avec des conséquences inflationnistes néfastes, voire récessionnistes. Cet effet boule de neige pourrait être entretenu par la poursuite de la fuite des investisseurs internationaux vers des valeurs refuges. Toujours et encore le dollar…

Une contagion aux pays développés


Les pays développés ne sont pas à l’abri d’une contagion de la crise des émergents, dont le poids atteint aujourd’hui 60 % du PIB mondial. Dans le Financial Times, Christine Lagarde, la directrice du FMI, a de nouveau tiré la sonnette d’alarme en septembre contre les effets d’une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, soulignant qu’elle faisait peser des risques sur l’ensemble de l’économie mondiale. Si pour le moment, les économies développées n’ont pas réellement subi le contrecoup de la crise des émergents, les difficultés rencontrées par l’Argentine et la Turquie pourraient finir par se propager au reste du monde, a estimé la patronne du FMI !
Dette libellée en dollars du secteur non bancaire
Principaux pays concernés par l’endettement de leurs entreprises, les d’Amérique latine, la Turquie et l’Afrique du Sud. Dans les pays du Golf, ce sont les gouvernements qui ont financé sur les marchés obligataires internationaux les déficits importants apparus après la chute des prix du pétrole de 2014-2015



Source : BRI, Macrobond, BNP Paribas 

Par François Le Roux

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