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Par Philippe Guillaume

Enquête SAP – Economist Intelligence Unit

Les achats gagnent leurs galons de stratèges

Une récente enquête de l'Economist Intelligence Unit, réalisée pour SAP et intitulée « The new face of purchasing », met en avant la perception des achats au sein d'entreprises européennes, américaines et asiatiques. S'il reste encore du chemin à faire pour gagner en crédibilité et en pouvoir auprès des dirigeants, ce regard critique n'en offre pas moins des perspectives intéressantes pour l'avenir des acheteurs.

Plus de 350 membres de la direction d’entreprises de taille mondiale, appartenant ou non aux achats, ont été interrogés sur la place actuelle et future de la fonction dans leur organisation. Pour plus de la moitié des répondants n’appartenant pas aux achats, la fonction ne joue pas de rôle stratégique dans leur société ; seuls 18 % des sondés soulignent sa contribution dans l’atteinte des objectifs stratégiques. De plus, les achats sont loin d’être une voie royale : un petit 3 % des personnes interrogées les considèrent comme une fonction privilégiée pour accéder aux responsabilités de direction dites « senior ». Un des dirigeants contactés avance même qu’une carrière aux achats représente « l’arrière-salle » de ceux qui n’ont pas réussi. À lire ce constat relativement sombre, les achats sont-ils condamnés à être les mal aimés des directions générales ?
Pas du tout : ces éléments ne sont qu’une photographie de la manière dont sont perçus les achats. Notamment après des années où leur rôle s’est – parfois, mais pas toujours – cantonné à envoyer les commandes et à négocier les prix. En effet, les achats ne bénéficient pas toujours d’une image valorisante car ils ont, traditionnellement, mis davantage l’accent sur une approche tactique et de court terme, privilégiant le prix, au détriment d’une approche plus stratégique, insistant davantage sur le coût, la flexibilité et les objectifs de long terme comme la sécurité de l’approvisionnement.
Cependant, près de 85 % des répondants affirment que dans les dix ans à venir, les stratégies d’achat seront très importantes, voire vitales, pour créer un avantage compétitif pour l’entreprise. La globalisation, la pression sur les coûts et l’innovation sont autant d’éléments contribuant à la valori- sation de la fonction. Cette montée en puissance devrait se faire selon quatre axes : l’élargissement du périmètre des achats, un approfondissement des relations avec les fournisseurs, une implication plus grande vis-à-vis la direction générale et une utilisation pertinente des technologies de l’information.

Des responsabilités plus vastes

Tout d’abord, les services achats vont devenir plus transversaux. Leur mission n’a cessé de s’étendre et couvre aujourd’hui tous les biens et les services acquis à l’extérieur de l’entreprise. Signe de leur valeur ajoutée, l’accent est aujourd’hui mis sur le coût et le cycle de vie plutôt que sur le prix. Et les achats tendent à être impliqués au plus tôt dans les projets de design industriel pour contrôler la totalité des coûts liés aux relations avec les prestataires et les sous-traitants.
Autre axe de développement : la mise en place de relations plus approfondies avec les fournisseurs. Les sociétés feront de plus en plus partie de réseaux liés entre eux, rappelant les « kereitsus » japonais ou les « chaebols » coréens. La relation avec les fournisseurs sera vue comme un partenariat sur le long terme, avec un consensus sur les objectifs mutuels et les principes phares comme la priorité donnée à la performance. La tendance en faveur d’un nombre plus restreint de fournisseurs stratégiques est claire : 45 % des entreprises ont vu le nombre de leurs fournisseurs diminuer au cours des dix années passées ; sur les dix prochaines années, elles sont 59 % à prévoir une réduction de leur panel. Avec des relations plus poussées : un directeur des achats cité dans l’enquête indique que désormais, l’objet principal des négociations avec ses fournisseurs est leur intégration dans la supply chain et que la collaboration avec ces derniers vise avant tout à construire des processus de qualité pour satisfaire les clients.
La performance des fournisseurs est de plus en plus appréhendée comme un avantage compétitif. Ainsi, 43 % des sondés aux achats indiquent que leurs fournisseurs améliorent de manière significative la satisfaction des clients. Mais les responsables hors achats restent à convaincre : pour les deux tiers d’entre eux, les fournisseurs ne contribuent pas efficacement à cet objectif.
En revanche, tous s’accordent sur le fait que le rôle du directeur des achats va devenir plus stratégique : près de 65 % des répondants hors achats pensent que les directeurs des achats vont jouer un rôle très important dans l’établissement des objectifs stratégiques lors des dix prochaines années. La fonction prend du galon et la présence des directeurs des achats au sein du comité de direction en est symptomatique. 60 % des sondés pensent que ces derniers rapporteront directement au P-DG en 2015.

Achats et direction générale

Ils travailleront pour optimiser les compétences relatives à leur poste en promouvant la créativité, notamment dans la phase de conception du produit, l’expérience transversale, les compétences financières et le management des risques. La prise de conscience de l’importance stratégique de la fonction est flagrante : pour 74 % des sondés, les stratégies d’achat vont être vitales ou très importantes dans la contribution à l’avantage compétitif de leur société d’ici 2015.
L’enquête ne pouvait pas ne pas mentionner les changements technologiques qui ont profondément transformé le mode de travail des acheteurs. Les outils qui vont compter à l’avenir sont ceux qui permettent de gérer la performance des fournisseurs : pour 62 % des répondants, il s’agit d’outils vitaux ou très importants pour assurer le succès des stratégies d’achat. Les outils d’analyse des dépenses arrivent en deuxième position, avec 57 % des suffrages.
Bien sûr, les achats sont et seront confrontés à des difficultés qui pourraient les empêcher de développer leur plein potentiel. Parmi ces freins, le manque de personnel qualifié et de formation adaptée est vu comme le plus grand défi, selon 63 % des professionnels des achats. Rendez-vous en 2015 pour vérifier si les achats occuperont véritablement la place qu’on leur promet aujourd’hui.






Méthodologie

En mars 2005, l'Economist Intelligence Unit a interrogé 358 dirigeants d'entreprise (Europe 56 %, Amérique 26 %, Asie et Australie 18 %). Issues principalement de l'industrie, de la chimie, du secteur des biens de consommation, du public, de l'automobile et des télécoms, 78 % des sociétés réalisent plus de 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires. Cette enquête, sponsorisée par SAP, a été publiée en avril dernier dans le magazine The Economist.

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