Publicité
La Lettre des Achats - Février 2005 N°125
Février 2005

Tendances

Actualités

États-Unis - Kentucky
Une ligue pour les achats

Déchets industriels dangereux
Une nouvelle mission pour l’acheteur

Vensys
Des achats entre France et Bulgarie

SNR Roulements
Des achats localisés en Roumanie

Investissements
Des acheteurs impliqués

ECA
Pays à bas coûts et standardisation

Patrick Rafin - Directeur des achats France, Schneider Electric
« Faire entrer le sous-traitant dès la conception du produit »

États-Unis
US Communities fédère les achats

AMUE
Aider les universités dans leurs achats

Caroline du Nord
Des enchères partagées pour les municipalités

Solihull Council - Royaume-Uni
Les achats prennent la main

Champagne Louis Roederer
Le luxe se penche sur l’e-sourcing

Angela Stieglitz - Directrice des achats techniques, BASF
« Les catalogues électroniques sont des outils standard »

Doug Gabel - Chef de produit senior, Schneider National
« Les enchères ne sont pas adaptées au transport »

Par Sylvain Chanourdie schanourdie@lettredesachats.fr

Champagne Louis Roederer

Le luxe se penche sur l’e-sourcing

Fédération de maisons et de domaines indépendants plus que groupe agroalimentaire décentralisé, Champagne Louis Roederer s'appuie  sur une plate-forme d'e-sourcing  pour développer des synergies  internes autour de la fonction achats.  Une première négociation en ligne  a porté sur 750 000 euros d'achats de cartonnage. Priorité à la qualité oblige, les gains générés par l'e-sourcing sont secondaires dans cette démarche. Ils seront tout de même au rendez-vous…

Pour s’assurer de l’excellence de ses produits, l’industrie du luxe a la réputation de ne pas compter. À l’encontre de cette idée reçue, le groupe Champagne Louis Roederer a entrepris la rationalisation d’une partie de ses achats. « La loi de sécurité financière, entrée en vigueur en 2004, nous a obligés à remettre à plat tous nos processus de contrôle interne. Au cours de cet audit, il est rapidement apparu que dans un groupe en croissance externe comme le nôtre, nous pouvions tirer profit de l’effet groupe en termes d’achat », explique Laurent Bourdier, responsable de l’audit et du contrôle interne.
Composé de six producteurs auparavant indépendants, le groupe se présente comme une fédération d’entreprises autonomes de l’agroalimentaire. Elles ne comportent pas de fonction achats mais des acheteurs indépendants qui sont aussi approvisionneurs sur leur secteur. « L’objectif principal a été de rendre les achats plus transversaux, mon rôle étant celui d’un animateur veillant à l’avancement du projet et à la diffusion des bonnes pratiques. Il est à noter que les gains à l’achat étaient secondaires pour nous,  la priorité étant de mieux collaborer, de partager les connaissances entre acheteurs et de mettre à leur disposition un outil d’e-sourcing pour rationaliser les achats », développe  Laurent Bourdier.
Pour ces acheteurs-approvisionneurs habitués à l’autonomie, la première réaction a été la frilosité. Ce projet d’e-sourcing a parfois été vu comme un souhait de centraliser les achats, remettant en cause leur métier et  risquant au passage de détruire la relation avec les fournisseurs. Une attention toute particulière a donc été portée à la communication sur le projet avec les acheteurs et leurs supérieurs. « Ce projet a pour but de proposer un nouvel outil pour alléger les acheteurs dans leurs tâches quotidiennes. Comme dans toute PME, ils multiplient les fonctions, participant ici au marketing, travaillant là au contrôle qualité, etc. Nous leur avons aussi expliqué que pour eux, les appels d’offres se dérouleront comme auparavant. La différence tient au nombre de fournisseurs consultés, plus important qu’auparavant. Certains se plaignaient d’ailleurs de ne pas avoir le temps de retravailler le portefeuille de fournisseurs… »

Un outil de comparaison

L’outil est aussi appelé à servir pour comparer les achats entre les différentes filiales du groupe et, pour le responsable du projet, il constitue un outil de pilotage et d’analyse de la performance.
Une fois le prestataire d’e-sourcing choisi, en l’occurrence SynerDeal, ses consultants ont identifié huit familles d’achats pouvant être sourcées, dont la plupart sont des matières sèches (cartons d’emballage, capsules de surbouchage, étuis et verrerie, etc.). Le choix de ces segments peut surprendre car la part des matières sèches dans le prix de revient est très minoritaire, sur des bouteilles vendues 29 euros. En réalité, ce qui coûte cher dans la production de champagne, ce sont les raisins. Pour préserver la qualité et également parce qu’il n’est pas possible de mutualiser des achats liés à la région, les achats de matières premières resteront en dehors de l’e-sourcing.
La première consultation a donc porté sur une matière sèche, les caisses américaines  et sur plan en carton ondulé, soit environ 750 000 euros d’achat par an pour les deux entités du groupe concernées. « Sur ce segment, nous avons retenu le fournisseur qui représente le plus gros volume pour maximiser l’effet de levier. Toutefois, nous lui avons confié une partie seulement du marché pour ne pas être à court de sources d’approvisionnement en cas d’imprévu. À l’issue de la première année, si le fournisseur a fait ses preuves, nous étendrons le volume qui lui sera confié. Nous y allons progressivement, il ne s’agit pas de tout remettre en cause », détaille Laurent Bourdier.

Une démarche progressive

Dans un premier temps, cette consultation avait identifié 229 fournisseurs dont 18  ont répondu au RFI. Le même nombre a participé à l’appel à propositions. 15 ont été retenus et ont pu finalement participer à  la négociation en ligne. Il est à noter que Roederer n’a pas souhaité faire appel aux enchères inversées pour cette fourniture, selon le souhait exprimé en interne.
« Les gains constatés pourront être non négligeables mais nous ne le saurons qu’une fois les dernières factures payées. Une première mesure précise des résultats sera faite dans le courant de 2005. De façon générale, nous pouvons nous attendre à ce que les gains finals soient de l’ordre de la moitié de l’économie réalisée sur le prix historique car  d’autres facteurs entrent en jeu : utilisation différente de la matière, modification des outils, influence du prix sur nos autres produits, etc. », tempère Laurent Bourdier. Sur certaines références, des gains avoisinant les 40 % sur les prix historiques ont été obtenus. Après les cartons d’emballage, les étuis et les capsules, une consultation en ligne sur la verrerie est en court. Le responsable de l’audit et du contrôle interne reste prudent sur la réussite du projet : « La mise en place de l’e-sourcing dans le champagne est une première, cela reste un pari risqué ».

Portrait
Laurent Bourdier (33 ans, ingénieur mécanicien, DESS de management de l'entreprise, CAE) est responsable de l'audit et du contrôle interne de Champagne Louis Roederer. Consultant en stratégie d'entreprise pendant six ans chez Laplace Conseil, il a rejoint le groupe champenois en mai 2002.
En chiffres
Champagne Louis Roederer
Champagne
Chiffre d'affaires groupe : 150 millions d'euros
Effectif : 550 personnes
Achats et variation de stocks groupe : 70 millions d'euros
Effectif achats : moins d'une dizaine d'acheteurs-approvisionneurs

Par Sylvain Chanourdie schanourdie@lettredesachats.fr

Le dernier numéro

Dernier numéro

N°286 - Octobre 2019

Le catalogue

Le catalogue Silex

Nos partenaires

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play