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La Lettre des Achats - Janvier 2018 N°267
Janvier 2018

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Le devoir de vigilance en un slide

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Les achats à la manœuvre

Par Guillaume Trécan

AG de l’ACA

Le devoir de vigilance en un slide

L’intervention de la directrice des achats du groupe Legrand lors de l’AG de l’ACA a permis de démythifier cette loi qui en effraie plus d’un, mais qui ne devrait pas poser de problèmes aux directions achats pour qui la performance RSE de leurs fournisseurs n’est pas un vain mot.

Tous ceux que l’application de la loi sur le devoir de vigilance plonge dans des abîmes de perplexité auraient été bien inspirés d’assister à l’AG annuelle de l’ACA, qui se tenait jeudi 7 décembre à Paris. Prenant la parole après une série d’intervenants de qualité, la directrice des achats du groupe Legrand, Karine Alquier-Caro, a fait le tour de la question en quarante minutes montre en main et un slide.
La manière dont la question a été posée à la direction des achats de Legrand, n’invitait pourtant pas à prendre le sujet à la légère puisqu’elle est venue de l’administratrice indépendante à la tête du comité d’audit du groupe. Pourtant le travail de mise au point effectué pour y répondre par la directrice des achats groupes avec la direction du développement durable et la direction juridique a débouché sur un constat rassurant : « Nous avons pu montrer que nous étions déjà très conformes et que nous avions essentiellement à rassembler des éléments déjà connus et déjà audités ».

Cartographier, agir et évaluer


La loi demande une cartographie des risques fournisseurs ? La direction des achats l’a établie en 2011, recensant 26 types de risques liés à sa supply chain, répartis en quatre domaines : risques de réputation, risques stratégiques, risques financiers et risques opérationnels. Certains sont directement pilotés par la direction achats, comme par exemple le risque opérationnel de défaillance fournisseurs, ou encore les risques de réputation.
La loi demande des « actions adaptées d’atténuation des risques ou de prévention » ? Dans le cadre de la feuille de route RSE 2014-2018, la direction des achats s’est engagée à mettre en œuvre de plans d’action sur les fournisseurs décrétés sensibles, exerçant des activités potentiellement polluantes ou dangereuses. Les progrès de 200 fournisseurs sont aujourd’hui suivis de près par la direction des achats qui a réalisé avec des équipes pluridisciplinaires une vingtaine d’audits sur sites.
La loi prévoit la mise en place de « procédures d’évaluation régulière de la situation », et « un dispositif de suivi des mesures mises en œuvre et d’évaluation de leur efficacité » ? La directrice des achats, par ailleurs membre du comité de direction, et les autres parties prenantes font un point trimestriel au sein du comité RSE groupe et elle a également fait auditer ses propres référentiels par Bureau Veritas.
Enfin, comme la loi le demande, le groupe a déjà mis en place un mécanisme garantissant la protection des lanceurs d’alerte sur les cas de fraude et les manquements à l’éthique.

Des enjeux business


Pour Karine Alquier Caro, il ne s’agissait pas seulement de cocher des cases, mais de répondre à une exigence dictée par l’évolution de son modèle commercial. Jusqu’ici vendus en BtoC, les produits Legrand passent désormais aussi par des canaux de BtoC et sont notamment référencés dans des enseignes grand public telles que Leroy Merlin et Wallmart, dont les exigences RSE vont croissantes. L’autre argument qui a poussé le groupe à anticiper cette démarche, c’est son introduction en bourse. Karine Alquier Caro explique : « Une de nos préoccupations importantes est d’avoir des investisseurs stables. Une bonne notation extra-financière RSE nous permet d’attirer un actionnariat plus stable et qui a des valeurs proches des nôtres ».
Porter une démarche achats responsables a également servi l’objectif principal confié par le directeur général du groupe à Karine Alquier Caro de changer le positionnement des achats, en particulier en interne. « Cela a permis de faire passer le message que Legrand n’est pas responsable uniquement dans ses usines, mais aussi dans tout son écosystème », estime Karine Alquier Caro. Un thème que la direction générale lui a d’ailleurs demandé de reprendre cette année lors de l’AG du groupe, pour laquelle la directrice des achats a réalisé une vidéo insistant sur l’importance des fournisseurs pour la performance RSE du groupe mais aussi pour le sujet non moins stratégique de la recherche d’innovation.

Un levier pour faire bouger les fournisseurs


Une autre invitée de l’AG 2017 de l’ACA a souligné l’importance de saisir la mise en application de la loi pour apporter de la valeur ajoutée dans ses relations fournisseurs, la directrice de la RSE du groupe Nexans, Laurence Vandaele. « Ce devoir de vigilance va nous pousser à revoir la relation avec les fournisseurs en situation de monopole », se réjouit-elle. Le travail de mise en conformité avec la loi est en effet l’occasion rêvée pour entraîner certains fournisseurs dans des plans d’amélioration des performances RSE de leurs produits. Nexans lance par exemple un travail sur la neutralité carbone avec un de ses gros fournisseurs de matières premières.
Les fournisseurs ne sont d’ailleurs pas tous mal à l’aise sur les questions de RSE, bien souvent il suffit de leur poser les bonnes questions pour qu’ils apportent des réponses inattendues. « Certains nous disent parfois "je ne pensais pas que cela vous intéressait car cela ne figure pas dans vos cahiers des charges"», relève la directrice RSE du groupe Nexans.
Sans craindre de braquer son auditoire composé d’anciens confrères – puisqu’avant de créer la direction de la RSE du groupe Nexans, elle a travaillé sept ans aux Achats – Laurence Vandaele a également rappelé que les Achats ne sont pas nécessairement en première ligne sur le sujet du devoir de vigilance. « Les Achats sont intégrés dans le processus, explique-t-elle, mais ils ne peuvent pas être tout seuls à porter ce sujet. Le fournisseur est une des parties prenantes mais ce n’est pas la seule concernée. » Au sein du groupe Nexans, à travers les questions de santé et de sécurité au travail, c’est l’ensemble des collaborateurs du groupe qui est concerné et au-delà, compte tenu de l’impact environnemental de ses sites de production, le sujet s’étend même à l’environnement proche des sites de production.
Portrait
Karine Alquier-Caro, directrice des achats du groupe Legrand

Par Guillaume Trécan

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