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La Lettre des Achats - Mars 2009 N°170
Mars 2009

Management

Dossier

Crise économique : les achats en première ligne

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Crise économique
Les achats en première ligne

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Enquête Accenture EBG Emptoris
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Achats publics
La globalisation est en route

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Tamás Tymcsuk - Directeur de la supply chain - Groupe Le Bélier
« Le contexte accentue la gestion des risques »

Lionel Willaert - Directeur des achats - Imerys
« La priorité des acheteurs est de renégocier »

Terry Davis - Directeur des achats Europe - Schindler
« Renforcer les liens avec nos principaux fournisseurs »

Achats publics : la globalisation est en route

Par Guillaume Pommereau

Achats publics

La globalisation est en route

Les achats publics sont entrés dans le concret, avec la mise en place d’organisations bâties dans le « dur ». L’objectif est fixé : consolider les achats. Une situation qui impose également des changements sur un marché fournisseurs où il va s’agir de préserver, voire de développer la concurrence.

Àl’échelle interministérielle, c’est bien sur la massification que les gains attendus se jouent, pour les 10 milliards d’euros d’achats hors métier de l’État qui peuvent être consolidés. Et sur ce sujet, il reste encore des marges de manœuvre : « À terme, nous pourrions en couvrir les deux tiers », anticipe Jean-Baptiste Hy, directeur des achats de l’agence centrale des achats du Minèfe, préfiguration du futur service des achats de l’État. Parmi les marchés importants à venir, celui de la gestion de flottes automobiles. « L’acquisition et le ‘‘flee management’’ seront réalisés dans le cadre de l’Ugap. 20 000 véhicules sont visés, avec une cible potentielle de 50 000 », ajoute Jean-Baptiste Hy. Pour qui ce marché ne devrait en aucun cas biaiser la concurrence : « C’est un très gros marché mais ce n’est pas le seul. Et c’est aussi un marché supplémentaire : auparavant, les véhicules ne faisaient pas l’objet d’une gestion de flottes ».
Un marché que l’Ugap prendra en charge pour les ministères, comme cet organisme a assuré la gestion des ramettes de papier éco-responsable il y a quelques années. Et sur ce dernier segment, Jean-Paul Le Bourg, secrétaire général de l’organisme, apporte quelques précisions : « 4,6 et 6,6 millions de ramettes ont été vendues respectivement en 2007 et 2008. La procédure interministérielle portée par l’Ugap a abouti à la conclusion d’un accord-cadre multi-attribué, alloti selon les modalités de livraison choisies ». Les titulaires de l’accord-cadre sont au nombre de cinq pour la livraison à la palette et de quatre pour la livraison au carton. « Ce qui permet une concurrence suffisante, d’autant plus que les papiers référencés proviennent de fabricants différents. Et ces titulaires sont régulièrement remis en concurrence sur le critère unique du prix pour aboutir à des marchés subséquents multi-attribués. Cette modalité permet d’obtenir des prix compétitifs et d’assurer la sécurité des approvisionnements en changeant de fournisseur en cas de défaillance », complète Jean-Paul Le Bourg.

Les ministères jouent la massification des achats

Autre précision, cette fois sur l’activité générale de l’Ugap : « 70 % des titulaires des 1 500 marchés actifs sont des PME, soit, en 2007, 30 % de l’activité de l’établissement ». Une volonté de pluralisme fournisseurs confirmée par Jean-Baptiste Hy : « Les fournisseurs ont bien pris en compte la création de notre agence, notamment dans le domaine de l’informatique et de la bureautique. Mais nous devons aussi veiller à ne pas tuer la concurrence, même si nous ne sommes pas le seul grand client de ces entreprises, et à ne pas écarter les PME de la commande publique ».
Si les véhicules commandés par l’État ne devraient pas favoriser un phénomène de concentration, les choses sont un peu différentes avec le récent marché informatique que vient d’évoquer Jean-Baptiste Hy. Piloté par le ministère de l’éducation nationale et notifié le 12 novembre dernier, il couvre trois marchés de matériels informatiques : unités centrales, écrans, ordinateurs portables. La démarche a été concluante et les gains sont bel et bien au rendez-vous : « Selon les ministères, nous avons obtenu de 30 à 60 % de baisse des coûts. Nous avons raisonné en coûts de possession, en prenant en compte le coût de livraison, de garantie des matériels et des prestations complémentaires. Les volumes sont les suivants, sur 18 mois : de 12 000 à 38 000 unités centrales, de 10 700 à 34 000 écrans, de 2 700 à 8 000 portables », explique Philippe Ajuelos, chef du département du pilotage des achats pour le ministère de l’éducation nationale.

Savoir maintenir et entretenir la concurrence

Avec quelques chiffres : une unité centrale reviendra à 234 euros TCC et l’écran à 105 euros, soit 339 euros TTC pour un équipement complet avec une garantie de quatre ans sur site « et de très bonnes prestations de service », complète Philippe Ajuelos. Autre bénéfice : le dispositif s’est inspiré des meilleures pratiques de chaque ministère, avec un travail très collaboratif dans une équipe restreinte. Le représentant du ministère de l’éducation nationale note cependant que « mutualiser aujourd’hui ne doit pas être la fin de la concurrence à moyen terme ». Et dans cet objectif, il n’existe pas qu’un seul marché pour le matériel informatique des ministères : ainsi, les finances, la défense et l’intérieur ont lancé, en parallèle, leur propre marché. « De plus, au-delà d’un certain nombre d’acquisitions, nous nous sommes aperçus que le prix ne baissait pas et que les fournisseurs pouvaient rencontrer des difficultés pour livrer tout le monde en même temps. Il nous faut donc agir au cas par cas, savoir mutualiser le bon segment d’achats et au bon niveau géographique – local, régional, national. Et pour notre marché informatique, les fournisseurs ont joué le jeu parce qu’ils comprenaient l’enjeu », commente Philippe Ajuelos.
Dans le monde hospitalier, les démarches de groupement des achats sont déjà très avancées. C’est ainsi le cas d’Uni.H.A., qui rassemble 52 établissements, dont 32 CHU-CHRU et vingt grands centres hospitaliers : « En 2006, Uni.H.A a géré 126,77 millions d’euros d’achats. Ce montant a atteint 253,81 millions en 2007 et devrait dépasser 740 millions en 2008 », explique Pascal Mariotti, délégué général du groupement qui couvre à 65 % des achats de pharmacie et à 35 % d’autres types d’achats (hôtellerie, ingénierie, soins, biologie). Et sur ces marchés, Uni.H.A. se positionne en poids lourd : hors Hôpitaux de Paris, le groupement a traité, fin 2008, 17 % des 4,8 milliards d’euros d’achats totaux des 51 autres hôpitaux. « En 2009, nous visons un chiffre de 25 % et, à cinq ans, l’objectif de traiter en commun 70 % des achats », reprend Pascal Mariotti. Qui ajoute une précision : secteurs public et privé confondus, le montant annuel des achats hospitaliers s’établirait dans une fourchette 20 à 25 milliards d’euros en France. Une position de force donc, pour Uni.H.A. « Notre objectif est de mieux nous positionner par rapport à nos fournisseurs qui ne doivent plus nous considérer comme des hôpitaux différents mais bien comme un seul et même grand compte. Et c’est aussi aux fournisseurs d’évoluer », confirme Pascal Mariotti.

Les hôpitaux, poids lourds de l’achat public

Une conclusion partagée par Dominique Legouge, coordinateur du Resah-IDF. Ce réseau, qui réunit 60 hôpitaux d’Île de France et 50 maisons de retraite publiques, a notifié 200 millions d’euros d’achats en 2008 et vise un total de 1 milliard d’euros d’ici fin 2010, également répartis entre produits de santé et hors production (frais généraux, achats hôteliers, achats supports, etc.). « Nous couvrons essentiellement les produits de santé mais nous traiterons aussi les télécoms, le linge, le contrôle technique des bâtiments, la formation, l’intérim, les emprunts, etc., dans une vision très large de notre portefeuille », avance Dominique Legouge.
Une ouverture qui amène le Resah-IDF à faire évoluer son fonctionnement : « En plus du mode de travail en groupement de commandes, nous avons lancé des groupes de benchmarking et d’appui. Notre objectif est d’éviter de concentrer tout un marché sur un seul prestataire et d’être vigilant sur les marchés plus petits ». Ainsi, pour le nettoyage, le Resah-IDF va construire un cahier des charges unique, un outil de suivi des marchés, avec un référencement, mais sans nécessairement recourir à un seul prestataire. « Nous ne voulons pas travailler avec un seul fournisseur qu’il sera ensuite très difficile de changer, sans décourager les autres. Face à eux, nous conservons donc notre stratégie de groupe, avec un fonctionnement en réseau et une diversification de nos modes d’intervention », poursuit Dominique Legouge.
Uni.H.A. procède pareillement afin de ne pas amplifier des tendances au monopole sur le marché français. « Pour ne pas voir le marché se retourner contre nous, nous veillons à entretenir la concurrence et à ne pas acheter au plus bas prix », pointe Pascal Mariotti. Avec un exemple, le marché de l’incontinence, qui regroupe trois fournisseurs en France et cinq à l’échelle européenne. « Nous avons fait entrer les deux nouveaux fournisseurs dans nos marchés, bien que nous ne les ayons pas retenus au final. Mais cela nous a permis de faire bouger le marché français et de faire en sorte que ces fournisseurs s’y intéressent ».

Éviter monopoles et oligopoles sur les marchés

Pour Pascal Mariotti, les objectifs sont clairs : conserver le principe de mise en concurrence et, à plus longue échéance, la capacité du marché à fournir Uni.H.A. selon sa taille. Autre visée : sécuriser les approvisionnements sur des produits sensibles où il est difficile de trouver des fournisseurs alternatifs. « Et la multi-attribution de nos marchés, avec des lots d’inégale importance, favoriserait le maintien de la concurrence. En outre, tous les fournisseurs ne seraient pas servis pour éviter la pré-répartition », complète le responsable.
Dans la même optique, Dominique Legouge cherche à valoriser les PME : « Avec la partie alimentation, nous voulons nous rapprocher des PME. À l’heure actuelle, nous utilisons les services de distributeurs grossistes qui ont aussi un rôle de référencement. Nous allons étendre notre sourcing, en passant des appels d’offres ligne de produits par ligne de produits du côté des PME de l’agroalimentaire. Et nous procéderons de manière semblable avec les PME spécialistes de la distribution. Notre objectif est de créer un marché concurrentiel et innovant, tout en respectant nos engagements avec le Pacte PME. En revanche, face à des marchés massifiés comme les télécoms, nous nous présentons comme une entité unique, avec un montant d’achats de 6 millions d’euros par an », détaille Dominique Legouge.
Avec 10 milliards d’euros d’achats interministériels, soit l’équivalent d’un très grand compte, le portefeuille des achats hors production de l’État peut peser très lourd – tout comme les organisations mises en place dans le secteur hospitalier. Un poids à utiliser à bon escient, pour que les achats publics se positionnent en aiguillon de la concurrence sur les marchés fournisseurs.



Lyon
Consolider à l’échelle intercommunale

La ville de Lyon dispose depuis plusieurs années d’une direction des achats qui couvre déjà 100 millions d’euros d’achats annuels pour des fournitures et des services (voir notre dernier numéro).
Philippe Poullain, le directeur des achats, veut aller plus loin : « À l’heure actuelle, nous réfléchissons à des marchés communs avec le Grand Lyon. L’objectif est par exemple d’optimiser les voyages professionnels des représentants des deux entités qui se déplacent simultanément. Nous envisageons aussi de traiter l’impression ». En parallèle, ce mouvement de consolidation devrait s’accélérer en 2009, cette fois avec les communes de l’agglomération lyonnaise, par le biais des groupements d’achats.
Pour Philippe Poullain, les gains sont bel et bien là : « En travaillant sur ses achats, la ville de Lyon a généré un gain moyen de 10 %. Les petites communes pourraient obtenir des gains au moins du même niveau ». Avec en outre des économies à attendre sur la partie administrative : une procédure lancée par une entité coûte clairement moins cher qu’une procédure menée par plusieurs dizaines de communes…


Ministère de la culture
Des achats groupés entre établissements

Parallèlement à la démarche menée au niveau interministériel, le ministère de la culture et de la communication avance dans la démarche d’optimisation de ses achats. « J’ai défini un plan d’action et un réseau de correspondants achats qui intègre les principaux services de l’administration centrale mais aussi des services déconcentrés et des établissements publics », explique Olivier Fauconnier, responsable de la mission de modernisation des achats pour le ministère.
« Nous avons réfléchi à mutualiser certains achats communs. Dans ce but, nous avons créé un groupement de commandes avec une dizaine d’établissements publics du ministère (RMN, Centre des Monuments Nationaux, Opéra de Paris, Cité de la musique, Musée d’Orsay, etc.) ». La mission achats intervient comme coordonnateur du projet et chacun des membres du groupement est ensuite chargé d’exécuter le marché pour ses propres besoins. Seront notamment traitées les fournitures de bureau pour un montant de 3 millions d’euros. Et pour cet appel d’offres, la nouvelle plate-forme de marché interministérielle sera utilisée, avec des enchères électroniques.
« L’objectif est de mettre en commun et de standardiser. Aussi, nous avons prévu de déployer ce type de démarche avec d’autres établissements. Le ministère sera partie prenante dans des achats groupés ou bien interviendra comme ‘‘facilitateur’’ dans des groupements d’achats », conclut Olivier Fauconnier.


Collectivités locales
Des groupements à créer

Sur la consolidation de leurs achats, les collectivités locales sont en pleine réflexion, d’autant que le Code des marchés publics rend possibles les groupements de commandes. « Mais il ne s’agit pas d’un mouvement de masse et il n’existe pas d’indicateurs sur ce sujet », avance Marc Falize, président de l’AACT (Association des acheteurs des collectivités territoriales) qui rassemble 12 000 à 15 000 acheteurs publics.
Dans le cadre de ces fonctions de DAF du Sdis (service départemental d’incendie et de secours) des Hautes-Pyrénées, Marc Falize procède de son côté à des achats groupés de véhicules, avec sept Sdis de Midi-Pyrénées et de Pyrénées-Atlantique. « Nous allons ainsi acheter une quarantaine de gros véhicules. L’intérêt : les économies d’échelle ». Autre avantage : ce fonctionnement favoriserait la concurrence, en évitant le partage des marchés par les fournisseurs. « Mais il faut faire attention à ne pas éliminer les PME. Dans l’habillement par exemple, elles craignent souvent les groupements de commandes, par peur de perdre des marchés ».
Une réflexion qui rappelle que Marbot-Bata, fabricant des brodequins de l’armée française depuis des décennies, vient de perdre ce marché, soit la plus large part de son activité… « Pour les acheteurs publics, il n’est pas simple de naviguer entre les exigences du développement durable ou du recours aux PME », confirme Marc Falize.

Par Guillaume Pommereau

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