Publicité
La Lettre des Achats - Mars 2019 N°280
Mars 2019

Management

Chroniques

Conduite du changement
La confiance ou la peur ?

Achats responsables
STPA : une offre riche mais peu visible

Par Thierry de Cassan

Conduite du changement

La confiance ou la peur ?

Avoir confiance en soi, en l’autre ou en l’avenir : sur un thème un tantinet philosophique, voilà trois réflexions liées à notre quotidien.

Un fait ne lasse pas d’étonner : les Etats les plus riches dépensent plus d’argent dans leur appareil militaire qu’en aide au développement des pays les plus pauvres, tout en voyant dans ces derniers une source d’instabilité. Ainsi, en 2017 les dépenses militaires des quinze pays les plus armés se sont élevées à 1 396 milliards de dollars et représentaient environ 2,6 % de leur PIB en moyenne (2,2 % en France ; 1,9 % en Chine et 3,1 % aux Etats-Unis). L’aide publique au développement (aide militaire exclue) se montait, elle, à 0,31 % en moyenne pour les trente pays du Comité d’Aide au Développement de l’OCDE (1,02 % en Suède, 0,43 % en France et 0,18 % aux Etats-Unis)*.
Outre l’aspect moral, un comportement rationnel consisterait à aider les pays les plus pauvres à se développer économiquement et à soutenir leurs efforts d’éducation. Non seulement cela favoriserait les échanges économiques mais aussi l’établissement de vraies démocraties plutôt moins belliqueuses, créerait de bien meilleures conditions de paix, permettrait de diminuer les dépenses militaires et enclencherait ainsi un cercle vertueux.
La raison de cette anomalie est aussi vieille que l’humanité : la méfiance envers l’étranger et la peur de son agression sont bien plus fortes que la confiance. C’est en tout cas ce que beaucoup d’électeurs expriment actuellement dans leur vote. Il faut du temps pour que l’investissement dans l’éducation et le développement portent leurs fruits alors que les dangers, eux, sont immédiats. Le bon sens voudrait au moins que les économies riches équilibrent leurs dépenses de défense et d’aide au développement.

Confiance et exigence dans le management


Sur le thème peur / confiance, voilà une deuxième réflexion ayant trait aux cultures de management. La peur de ne pas réussir, celle de ne pas être reconnu, de se faire licencier, de ne pas gagner le salaire qu’on croit mériter sont des moteurs puissants d’action des employés dont peuvent user ou abuser les managers. Dans le passé, des sociétés comme Intel ou Nokia étaient réputées en avoir fait un mode de management, avec un succès certain, au moins pour la première. Le lien de subordination inhérent au contrat de travail peut naturellement amener un manager à adopter un comportement de « petit chef » surfant sur le sentiment de peur. Ceux qui l’ont vécu en connaissent les méfaits. Un tel comportement ne porte pas seulement atteinte au bien-être du collaborateur au travail, il alimente les jeux politiques et les postures. Au contraire de ce que génèrent confiance et bienveillance managériales, il pèse sur la créativité et étouffe l’esprit d’entreprise.
Le bon manager fait confiance a priori. Ce qui ne l’empêche pas d’être exigeant, de fixer des objectifs ambitieux qui peuvent mettre les équipes sous tension, de les suivre et de recadrer si nécessaire. Créer un climat de confiance avec ce qu’il faut de mise sous tension – voilà l’équilibre salutaire pour tirer le meilleur de ses collaborateurs.

Confiance et exigence avec ses fournisseurs


Venons-en à une troisième réflexion, cette fois autour de la relation entre acheteur et fournisseur. Beaucoup voient le rôle des Achats porter essentiellement sur la gestion du risque fournisseur : risque d’approvisionnement, de qualité, risque d’image lié aux manquements à la RSE, risques financiers, juridiques etc. Responsable de la relation fournisseur, l’acheteur est bien sûr à ce titre un « risk manager ». Mais si son rôle se réduisait à cela, la paranoïa serait sa principale qualité. Or, avant d’être un risque, un fournisseur est d’abord une source potentielle de valeur pour l’entreprise pour autant que l’acheteur ait su, d’une part exprimer clairement les attentes « business » de son entreprise et d’autre part créer un climat de confiance. Craindre a priori que le fournisseur cherche à tromper son client, ferme la porte à toutes sortes d’innovations et d’améliorations opérationnelles. Loin de l’angélisme, une attitude équilibrée mêlant confiance, exigence et maîtrise des risques amène le fournisseur à offrir le meilleur de lui-même.
Confiance en l’autre, confiance en soi, confiance en l’avenir constituent des ressorts de progrès pour le citoyen, le manager ou l’acheteur bien plus puissants que la peur.

thierry.de.cassan@tolson-consulting.com
www.tolson-consulting.com

*Sources : Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) pour les dépenses militaires et OCDE pour les statistiques détaillées de l’aide - versements secteurs public et privé.

Par Thierry de Cassan

Le dernier numéro

Dernier numéro

N°281 - Avril 2019

Les indicateurs

Les indicateurs Commoprices

Le catalogue

Le catalogue Silex

Nos partenaires

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play