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Par Véronique Pierron

La blockchain, l’avenir de la traçabilité des sources

Agroalimentaire, commerce international, luxe, vins, industrie pharmaceutique, bâtiment, aéronautique, automobile… Les secteurs dans lesquels la blockchain peut améliorer la supply chain sont très nombreux. Pourquoi ? Car la traçabilité est le domaine de prédilection de cette technologie créée par le bitcoin (et non le contraire). Enquête dans la chaine des blocs.

Si la blockchain rime souvent avec beaucoup de buzz et (beaucoup) moins de réalisations concrètes, la supply chain fait un peu exception. Comme le déclare Sara Tucci chef de laboratoire au CEA-List : « la blockchain est un système distribué destiné à rétablir de la confiance entre des acteurs qui ne se font pas confiance… notamment dans les relations entre clients et fournisseurs ». Le laboratoire de l’ingénieur du CEA-List est en train de construire les algorithmes de la blockchain de Connecting Food, une start-up dont l’objectif est de tracer les chaînes agroalimentaires sur ces technologies, afin de s’assurer de leur conformité. Un projet mené de mains d’experts puisque c’est IBM qui développe la plateforme sur laquelle reposera l’ensemble de la solution de Connecting Food. Toutefois l’heure n’est pas aux emballements car si les industries multiplient les expérimentations dans leurs propres supply chain, nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements pour l’application de ces technologies dans des cas d’usages concrets.

« Contrats intelligents » et paiements automatisés


Jérôme Bour, PDG de DDS Logistics, met en garde contre toute précipitation : « La blockchain n’est pas une baguette magique, toutefois, sur des éléments de traçabilité des chaînes de production, de conformité réglementaire ou de transactions financières, elle présente un véritable intérêt ».
La banque espagnole BBVA est par exemple, en train d’utiliser la blockchain en alternative à la lettre de crédit. En matière de commerce international, ces technologies peuvent en effet, constituer une vraie révolution. Le secret : s’appuyer sur des «smart contracts», développés par la blockchain Ethereum. Ces contrats intelligents offrent la possibilité d’être paramétrée pour déclencher automatiquement le paiement ou tout autre processus comme le passage à une autre étape de la chaine de production, lorsque les conditions inscrites dans le contrat sont remplies.
« Au niveau de la supply chain, la blockchain va améliorer considérablement la relation avec les fournisseurs grâce à la possibilité de tracer pas à pas la production, la préparation de la commande, son expédition et déclencher les paiements », explique Yann Keller, directeur du pôle solutions chez bp2r.

20 % de coûts en moins pour la logistique transport


Pour Pierre Banzet fondateur de la start-up Transchain qui développe une blockchain à destination de la supply chain transports, son avantage consiste notamment à « transmettre de la donnée disponible pour les seules personnes qui y ont accès, de fixer les informations dans le temps et de déclencher les applications par smart contract ». La start-up travaille actuellement avec la Fédération nationale du transport routier sur un prototype qui devrait être lancé d’ici la fin de l’année. L’objectif est de développer une solution globale pour tracer les marchandises, en y intégrant les documents de transports ou la gestion des palettes.
Dans le domaine de la logistique des transports, le groupe de transport maritime danois Moller-Maersk, est en train de construire avec IBM, une plateforme blockchain pour le suivi du fret maritime. Une gageure quand on sait que la logistique de 90 % des marchandises à livrer dans le monde passe par la voie maritime. « Notre ambition est de créer une plateforme qui résolve les problématiques de tout l’écosystème, pas seulement celles de Moller-Maersk, mais aussi de ses pairs, partenaires et fournisseurs », précise Luca Comparini, leader blockchain pour IBM France.
Les deux partenaires ont conçu un système de gestion des échanges en prenant en compte la multitude d’acteurs du transport par cargos : affréteurs, transitaires, transporteurs, autorités portuaires et douanes. La digitalisation du transport maritime international via la blockchain pourrait faire économiser jusqu’à 20 % de son coût total. « La blockchain qui concerne toutes les directions achats, va devenir essentielle notamment pour des raisons de compétitivité, insiste Luca Comparini. Pour moi, la Blockchain est un sport d’équipe, une technologie qui va exprimer sa valeur ultime en constituant un réseau de plusieurs acteurs dans la même chaîne de valeur ».

Les expérimentations se multiplient dans l’agroalimentaire


Le cas de l’industrie agroalimentaire est aujourd’hui le plus probant pour illustrer les impacts de la blockchain sur la supply chain. Si une étude PwC de 2016 établissait que le coût de la fraude dans la chaine logistique alimentaire s’élèverait à 40 milliards de dollars, des scandales comme ceux de la viande de cheval découverte dans des plats cuisinés en 2013, illustrent les carences du système de traçabilité alimentaire dans toute l’Europe. La blockchain, en tant que registre distribué, transparent et incorruptible, peut aider à lutter contre l’opacité de ces supply chain, et aboutir à des diagnostics rapides sur les dysfonctionnements.
Le vice-président de la sécurité alimentaire de Walmart a même affirmé lors du Genius of Things Summit organisé en février 2017 par IBM que cette technologie pourrait représenter « le Graal » de la supply chain. D’ailleurs en mars dernier, le groupe Carrefour a annoncé le lancement de sa blockchain alimentaire sur la filière du poulet jaune fermier d’Auvergne. « Concrètement, il s’agit pour l’ensemble des parties prenantes d’une chaîne logistique, d’inscrire chaque étape du processus de fabrication d’un produit alimentaire, depuis sa production jusqu’à son lieu de vente, dans une blockchain », explique Alexandre Stachtchenko, cofondateur de Blockchain Patners. Bref, depuis le couvoir jusqu’au stockage du produit, chaque entreprise renseigne ses informations sur un bloc de la chaîne.
Au-delà des « coups de com », les expérimentations de ces technologies dans la chaine agroalimentaire se multiplient. La plateforme de la start-up Connecting Food est actuellement en pilote au sein du groupe de restauration Elior et chez Daucy, connecté pour sa filière œufs et omelettes. « D’autres pilotes seront mis en place d’ici la fin de l’année sur le lait et le porc », précise Sara Tucci.
Même problématique pour la start-up Ethikchain qui a développé un système simple d’enregistrement des données de la chaine alimentaire dans la blockchain. « L’agriculteur va par exemple, scanner le QR code d’une vache avec son smartphone sur notre plate-forme avant de la transmettre au transporteur qui va lui-même, générer un QR code pour l’abattoir », explique Nicolas Guarino, fondateur de la Start-up qui développe actuellement des expérimentations avec les producteurs bovins.

Lutter contre la fraude et la contrefaçon


Bref, la blockchain permet de maîtriser la chaine de production et de certifier l’origine d’un produit. D’ailleurs, le groupe Chargeurs est en cours de développement pour une plate-forme blockchain pour le label de laine mérinos écoresponsable Organica. Pour la directrice générale adjointe en charge du développement de Chargeurs Luxury Materials, Déborah Berger : « La blockchain est l’avenir de la traçabilité ».
Même intérêt pour la supply chain pharmaceutique, en proie à de nombreux défis de traçabilité des médicaments et de lutte contre la fraude et les contrefaçons qui causeraient selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la mort de près de 700 000 personnes chaque année. L’utilisation d’une blockchain pourrait aider à lutter contre ce fléau, en enregistrant les empreintes de chaque étape de la chaîne de fabrication et de distribution d’un médicament. « Polepharma, [le cluster français de la production pharmaceutique NDRL.] a créé avec le constructeur de logiciels Mezzonomy, une blockchain en Vallée de la Seine, explique Jérôme Bour. L’idée est d’avoir une traçabilité sur chaque produit pour lutter contre la contrefaçon ». Cette initiative rassemble 300 acteurs de la filière pharmaceutique.
Certification encore, l’industrie du luxe lorgne de plus en plus vers ces technologies. La start-up Everledger utilise la blockchain pour combattre la fraude dans l’industrie du diamant. L’idée est de construire un registre numérique qui recense les transactions diamantaires, avec comme objectif de rendre le marché du diamant plus transparent, des mines jusqu’aux joailliers. D’ailleurs, Blockchain Partners travaille aujourd’hui pour l’industrie du luxe avec un bémol que souligne Alexandre Stachtchenko : « Si les industriels du luxe font des POC, ils rencontrent aujourd’hui des problèmes de mise en production lorsque l’un des fournisseurs ne veut pas de transparence et refuse de fournir les informations dans la blockchain ». « La gouvernance est le problème essentiel de la blockchain », conclut-il.
Portraits

Sara Tucci

Chef de laboratoire, CEA-List

" Rétablir de la confiance entre des acteurs qui ne se font pas confiance "



Luca Comparini

Blockchain leader, IBM France

" La blockchain, qui concerne toutes les directions achats, va devenir essentielle notamment pour des raisons de compétitivité "

La blockchain, c’est quoi ?
La blockchain est un système informatique de stockage de données où les utilisateurs peuvent échanger des informations sans organe de contrôle et sans intermédiaire. Le nom « blockchain » décrit l’organisation du dispositif : les données sont regroupées en petits blocs, eux-mêmes reliés en chaîne. Chaque bloc contient, en plus de ses propres données, certaines concernant le bloc qui le précède et celui qui le suit. Donc pour manipuler les informations d’un bloc, il faut modifier l’ensemble des autres blocs. Le système est réputé infalsifiable. Dans le cas d’une blockchain pour « traçabiliser » la supply chain, les solutions mises en place sont bien plus simples que leur description technique : il suffit d’un smartphone où les acteurs de la chaine logistique vont flasher un QR code pour enregistrer leur parcours dans la chaine.

Par Véronique Pierron

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