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La Lettre des Achats - Juillet-Août 2005 N°130
Juillet-Août 2005

Tableau de bord

Conjoncture

La bataille des monnaies

Par François Le Roux

La bataille des monnaies

Les ministres des Finances du G8 réunis à Londres en juin ont estimé que la croissance mondiale serait toujours robuste en 2005 mais plus faible qu’en 2004. Pour les grands pays industrialisés, de l’Europe aux États-Unis en passant par le Japon, la véritable préoccupation reste cependant la faiblesse du yuan. Maintenue à un niveau artificiellement bas et favorisant les exportations du pays, la devise chinoise est au centre des récents déséquilibres du commerce mondial. Pour l’heure, son cours est de fait fixé à 8,277 yuans pour un dollar, soit, pour certains partenaires commerciaux de la Chine, une sous-évaluation de l’ordre de 40 %. Mais les autorités chinoises semblent peu enclines à le réévaluer à brève échéance.

Une économie américaine solide

La croissance des États-Unis s’établira à 3,4 % en 2005 et l’inflation à 2,3 %, en raison de l’augmentation des prix de l’énergie, selon la Maison-Blanche. La hausse des prix à la consommation devrait ensuite revenir à 2,1 % en 2006. Le taux de chômage s’élèverait à 5,2 % cette année selon l’administration américaine, avec la création de 178 000 emplois salariés en moyenne chaque mois. Un constat tout à fait rassurant que partage Alan Greenspan. Le très respecté président de la Réserve fédérale estime que la croissance repose sur des fondamentaux « raisonnablement solides » et écarte toute menace de récession ou de tensions inflationnistes. La Fed devrait ainsi continuer à relever graduellement ses taux d’intérêt, le taux des « fonds fédéraux » s’établissant désormais à 3 %. La politique monétaire américaine pourrait rester accommodante, l’investissement des entreprises ayant progressé de 5,6 % en rythme annuel au premier trimestre, contre une hausse de 6,9 % attendue.

L’Europe à l’heure du « non »

Les incertitudes et les divergences gagnent du terrain en Europe. Au premier trimestre, les performances en termes de croissance ont divergé au sein de la zone euro. Si la croissance a surpris en Allemagne, avec une progression du PIB de 1 %, elle s’est révélée plus faible qu’attendue en Italie, en recul de 0,5 %, aux Pays-Bas, en baisse de 0,1 %, sans oublier la France qui n’affiche qu’une progression anecdotique de 0,2 %. Force est de constater que la croissance est en panne en Europe. La BCE a d’ailleurs révisé à la baisse ses prévisions pour la zone euro. Jean-Claude Tricher n’envisage plus qu’une hausse du PIB de 1,4 % en 2005. Au deuxième trimestre, la croissance serait comprise entre 0,1 % et 0,5 %. Reste à connaître l’impact des « nons » français et néerlandais sur la dynamique européenne. Certains responsables de l’Union n’ont pas hésité à s’interroger sur l’existence même de l’euro. Début juin, le ministre des Affaires sociales italien, Roberto Maroni, avait évoqué que l’Italie sorte provisoirement de la zone euro. En attendant, dix des 25 membres de l’Union européenne avaient approuvé la constitution européenne à la mi-juin.

Une Chine toujours conquérante

Les exportations chinoises se portent bien. Au premier trimestre 2005, elles ont progressé de 35 %. L’excédent commercial chinois pourrait doubler cette année et atteindre le niveau record de 32 milliards de dollars. Si le dynamisme du commerce chinois n’a rien pour étonner, après la déferlante du textile « made in China » de ce début d’année, la nouveauté réside dans le fait que les exportations du pays ne se limitent plus justement au seul textile ou encore à l’électronique grand public. La Chine est prête à concurrencer un nombre croissant de secteurs industriels jusqu’ici chasses gardées de l’Occident, comme les machines-outils, la sidérurgie ou encore la chimie. De nou- velles tensions entre la Chine d’une part et l’Europe et les États-Unis d’autre part sont donc plus que probables. D’autant que le dynamisme chinois est loin de se démentir : au deuxième trimestre, l’économie devrait croître de 9,1 % selon Pékin.
Inde et Pakistan se placent en challengers de la Chine
La croissance pakistanaise se situera à 8,35 % sur l’année fiscale 2004-2005. Elle dépassera pour la première fois depuis vingt ans le seuil des 8 %, après une progression du PIB de 6,4 % sur 2003-2004. Le Pakistan serait ainsi l’un des cinq premiers pays d’Asie pour la croissance. L’Inde a pour sa part affiché une croissance inférieure à 6,9 % sur 2004-2005, pénalisée par la mauvaise mousson de l’été 2004. Sur 2003-2004, la croissance avait été nettement plus florissante, avec une hausse du PIB de 8,5 %. Mais l’Inde ne cache pas ses ambitions pour les prochaines décennies et souhaite séduire les investisseurs étrangers. New Delhi entend dévoiler d’ici à septembre un plan de réforme de ses secteurs financier et bancaire. En dépit de la libéralisation entamée en 1991, l’Inde attire en effet peu les investissements étrangers. En 2004-2005, ils se sont élevés à 4,1 milliards de dollars contre 60 milliards pour la Chine. Le pays prévoit aussi de créer des zones économiques spéciales où les entreprises pourraient contourner des lois jugées contraignantes en matière de droit du travail et d’importation. Actuellement, le droit du travail indien interdit aux entreprises de plus de 100 salariés de licencier des employés sans autorisation de l’État.

La Russie attire les investisseurs

La Russie a révisé à la baisse ses prévisions de croissance économique pour 2005. Moscou table sur une progression de 5,8 % contre 6,5 % initialement, compte tenu de prévisions sur la croissance de la production de pétrole et des exportations de brut. La production de brut augmenterait en fait de 3,2 %, contre une hausse de 5 % préalablement annoncée. En 2004, la Russie avait enregistré une croissance économique de 7,1 %, ce qui avait conduit Moscou à rembourser par anticipation sa dette auprès du FMI, soit un montant de 3,3 milliards de dollars. Le pays a par ailleurs enregistré en 2004 un excédent budgétaire de 4,1 % du PIB et un excédent commercial de 87 milliards de dollars. Si la croissance pour 2005 a été légèrement révisée à la baisse, les investissements directs étrangers ont en revanche sensiblement progressé au premier trimestre, à 1,9 milliard de dollars, soit une hausse de 30 % par rapport à la même période de 2004.

Par François Le Roux

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