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Par Guillaume Trécan

Evénement

Forum achats - EM Grenoble : aborder l’achat durable sous l’angle opérationnel

Mardi 10 mars, le septième forum achats du mastère spécialisé management de la fonction achats de Grenoble École de management s’est déroulé sur le thème des achats durables. Un sujet qui sera l’an prochain l’objet d’un module d’enseignement à part entière.

La possibilité d’une approche en coût global, prenant en compte les coûts indirects liés à la fabrication, l’utilisation ou la fin de vie d’un produit, a été largement discutée, au cours d’une table ronde de l’après-midi intitulée « TCO durable ». Et certains étudiants exerçant dans des services achats en tant que stagiaires, ont notamment eu l’occasion de constater que la part variable, dans les modes de rémunération des acheteurs, reste souvent fondée sur le seul coût d’achat.

Des audits très peu efficaces

D’autres ont noté la difficulté d’effectuer une traçabilité rigoureuse des produits sourcés. Une remarque qui a rejoint celle d’Ingrid Jaugey-N’Diaye, auditeur pour Vigeo, invitée à s’exprimer le matin. Depuis deux ans, cette agence de notation selon des critères RSE (responsabilité sociale des entreprises) consacre une partie de son activité à accompagner des démarches ciblées d’achats durables. Ingrid Jaugey-N’Diaye a évoqué les limites des audits de conformité sociale des fournisseurs : « Dans de nombreux pays, les documents fournis aux donneurs d’ordres sont faux. Et ces derniers n’ont pas les moyens de les analyser ».
Olivier Luisetti spécialiste des réseaux et consultant dans le domaine de la supply chain, intervenant de la table ronde « TCO Durable », a soulevé la complexité à prendre en compte les coûts cachés d’un produit, en citant le cas de délocalisations à perte. Et il a rappelé la décision prise en 2005 par le fabricant d’outils pneumatiques Sullair, de relocaliser sa production de marteaux-piqueurs pour réaliser des économies de transport, mais aussi gagner en qualité.
François Frelet, responsable logistique et développement durable de la société C’Pro, fournisseur de solutions d’impression, a pour sa part déploré la faiblesse de l’offre de recyclage en France. Cet ancien du mastère achats en formation continue a mis en avant la démarche de recyclage des toners d’imprimantes, à laquelle C’Pro associe ses clients. Une démarche freinée par le manque d’implication des fabricants d’imprimantes et les limites de la filière recyclage en France.
Ces échanges, comme ceux des trois autres tables rondes, sur « PME et développement durable », « Les achats solidaires » et « La boîte à outils du développement durable », ont finalement tous convergé vers deux éléments clés issus des témoignages de la matinée.

S’imposer par l’exemple

Tout d’abord, la direction générale doit s’impliquer, en investissant dans du personnel et des outils. « La chose la plus difficile : faire en sorte que les engagements sociaux ou environnementaux soient respectés par le fournisseur, pendant toute la durée de vie du contrat », a souligné Ingrid Jaugey-N’Diaye, de Vigeo. Elle a préconisé pour cela « une organisation, des moyens de contrôle et de reporting ». Des éléments qui, selon son témoignage, font encore défaut à nombre d’entreprises.
Le second point sur lequel les étudiants et leurs invités sont tombés d’accord, c’est la nécessité de privilégier une approche sectorielle et pragmatique à un changement de comportement. « Je connais au moins une dizaine de domaines où l’on demande à l’acheteur de changer de comportement. Qu’est-ce qui justifiera que le sujet des achats durables soit prioritaire ? », s’est interrogé Salvator Maira, responsable du mastère.
Vigeo reçoit de la part des entreprises peu de demandes d’audit en termes d’achats durables, mais plutôt des demandes particulières. Ainsi, avec le comité d’entreprises de BNP Paribas, la société a lancé un appel d’offres pour un marché de restauration collective étalé sur cinq ans, intégrant des critères d’achats durables, depuis la nature des produits jusqu’à des engagements sociaux. La banque a sélectionné le fournisseur qui acceptait de s’engager dans le plan de progrès le plus ambitieux et le plus crédible. C’est bien en se concentrant sur une famille d’achats que le donneur d’ordres s’est donné les moyens d’assurer le suivi de ce plan de progrès.

Par Guillaume Trécan

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