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Par la rédaction

Universités d’entreprise

Former et promouvoir une communauté achats

Les achats affirment leur technicité au sein des grands groupes, en suscitant l’émergence de campus dédiés ou de filière achats dans les universités internes. Ces espaces de formation sont aussi des lieux de promotion de la fonction.

En 2008, deux groupes français ont créé une université achats interne : Michelin, avec la Michelin Purchasing University (MPU), et PSA, avec la Purchasing Business School. Intervenue aussi l’an dernier, la structuration des formations achats d’Alstom dans un pôle à part entière de son université interne, sous le nom de « Curriculum Sourcing Programm », est une autre illustration de cette tendance. Certes, la tradition des écoles internes par métier ne date pas d’hier, en particulier dans l’industrie automobile, mais dans le cas des achats, il n’est pas seulement question d’acquérir des compétences techniques. À travers la professionnalisation, il s’agit d’assurer la montée en puissance de la fonction dans son ensemble et d’affirmer son rôle dans l’entreprise.

Favoriser la mobilité interne

« Nous souhaitions accroître la valeur des achats dans le groupe et, pour cela, il fallait des acheteurs plus professionnels », résume Isabelle Sauret, directrice des compétences achats pour Michelin. D’où la volonté de la MPU de former massivement le service achats. Son objectif est d’accueillir 95 % des acheteurs d’ici à la fin de l’année. Les autres niveaux de responsabilité sont aussi concernés : acheteurs seniors, contract managers, category managers, etc. La Purchasing Business School de PSA a formé un premier groupe de trente acheteurs, trente autres sont en cours de formation et un troisième groupe est déjà programmé pour 2009. Ce campus achats a par ailleurs été dupliqué au Brésil pour les acheteurs du Mercosur. Chez France Télécom, la Sourcing University, fondée fin 2003, a encadré pas moins de 4 610 stages, avec deux programmes obligatoires pour les nouveaux entrants et quinze modules de perfectionnement.
Les campus achats sont un passage obligé pour les nouveaux venus dans la fonction, afin de renforcer la mobilité interne dans le groupe. C’est notamment une préoccupation forte de PSA par rapport à sa Purchasing Business School, dont Anne-Sandrine Arensberg, la responsable, souhaite qu’elle « suscite l’attractivité de la fonction achats en facilitant la mobilité interne ». Parmi tous les nouveaux arrivants qui y participent, les recrutements internes s’élèvent à 55 %. Michelin, qui envisage de créer un parcours spécifique pour les nouveaux acheteurs, partage une visée identique. « Nous cherchons toujours des moutons à cinq pattes aux achats : des gens qui soient à la fois ingénieurs, mais avec une compétence achats », reconnaît Isabelle Sauret.

Faire monter en compétences

Chez Safran, le lancement, en 2006, d’une filière achats labellisée par l’université interne a été suivi par la mise en place d’un système de gestion des compétences impliquant formations, tutorat et rotations de poste. Cette filière a accueilli à ce jour six promotions d’une quinzaine de personnes chacune, dont un grand nombre d’ingénieurs. Grâce à ce campus achats, Laurent Jehanin, l’ancien directeur des achats de production, a pu défendre la crédibilité de son métier et démontrer que « l’on ne s’improvise pas acheteur ». La formation Safran semble même avoir favorisé la mobilité du service achats vers l’extérieur, en valorisant les profils passés par ses rangs. « Ils tournent et vont vers d’autres fonctions, ce qui veut dire qu’ils sont appréciés », avance Laurent Jehanin.
Dans le cadre de ces universités internes, certains groupes proposent, en effet, des programmes pédagogiques très complets. Lors de sa création, le programme Safran durait six semaines, étalées sur un semestre, et balayait tous les aspects des achats : organisation, politique achats et stratégie de l’entreprise, marketing achats, amont, e-achat, performance fournisseurs. Jugés finalement trop accaparant, ce programme tient désormais sur trois semaines, avec une plus grande part d’e-learning.
Le « parcours de profession- nalisation de la fonction achats » d’Areva, dans lequel se sont engagées 150 personnes depuis 2007, propose de s’orienter vers quatre modules pointus, après un tronc commun généraliste : négociation, analyse de la composition des coûts, contrats et aspects juridiques, contrats et aspects juridiques dans les achats de projets. Il se distingue en introduisant une notion de sélectivité. Les candidats à la formation sont soumis à un test de connaissances et un entretien de motivation. Pour Marc de Basquiat, responsable marketing, méthodes et SI achats, la soutenance de projet qui clôture le parcours n’est pas une simple formalité. « Quelqu’un qui vient de ce programme a acquis des compétences sur un sujet et nous en avons la preuve », soutient-il.

Fédérer autour des achats

Le Curriculum Sourcing Programm d’Alstom, auquel ont déjà participé 380 personnes, se décline quant à lui en sept matières conseillées aux acheteurs suite à leurs bilans de compétence : négociations, aspects juridiques, analyse de la valeur, analyse des risques, analyse des marchés, développement durable et achats, éthique et achats. Mais contrairement à la majorité des campus achats, les formations Alstom font l’impasse sur le tronc commun, il ne s’agit pas d’un parcours mais d’un catalogue de formations.
La majorité des campus achats élaborent un module généraliste par lequel passent tous les candidats. Son but est d’affirmer une vision commune de la fonction et sa place dans la stratégie de l’entreprise. Ce que confirme Laure Tourard, responsable de la Sourcing University de France Télécom, en rappelant l’une de ses missions est de « créer une culture professionnelle partagée par tous, en s’appuyant sur des méthodologies communes ». Veolia Environnement, qui ne dispose pas d’université achats en tant que telle, partage pourtant clairement cet objectif, avec une formation intégrée au campus du groupe et intitulée « les fondamentaux achats Veolia Environnement ». Ce cycle de formation, qui se déroule durant une semaine sur le campus à Jouy-le-Moutier, a accueilli 260 personnes depuis sa fondation en 2003.
Au cours d’une phase de « présentiel », l’idée consiste aussi à développer des réseaux entre acheteurs de sites, de pays, voire de continents différents, pour se rencontrer et échanger. Une des cibles du Curriculum Sourcing Programm d’Alstom, comme le souligne Philippe Pesin, responsable des programmes de formation sourcing : « L’une des valeurs reconnues du programme de formation aux achats est de favoriser le partage de l’expérience, la mise en commun des savoir-faire entre chaque entité du groupe – Alstom Power ou Alstom Transport –, de faire vivre une communauté et de fédérer les acteurs ».

Un espace d’affirmation de la fonction

La mise en place d’une université achats n’a pas pour seule vertu de permettre une meilleure qualification des acheteurs à grande échelle. Sa fonction est aussi de renforcer l’identité de cette communauté et d’affirmer son rôle. Selon la définition proposée par Bernard Gracia, directeur de l’EIPM, prestataire qui accompagne plusieurs universités achats françaises (Safran, Michelin, PSA), « c’est un parcours de formation créé pour contribuer au changement d’ensemble : l’état d’esprit, les outils, les process achats, etc. ».
La fondation d’une université achats est un signal fort pour l’ensemble de l’entreprise. D’autres directions y sont bien souvent associés. La direction des ressources humaines en premier lieu. La session de présentiel du campus achats de PSA débute ainsi par une rencontre avec la direction des carrières de la DRH. Mais les cours font aussi régulièrement intervenir des professionnels d’autres entités, comme la direction juridique pour les formations sur le droit des contrats.
L’exemple le plus frappant en la matière vient de la direction des achats de Michelin, qui décuple l’impact de son université achats en y associant la direction du groupe. Elle a obtenu que chaque promotion de la Michelin Purchasing University ait pour sponsor un membre du comex. « Les acheteurs peuvent exprimer leurs difficultés opérationnelles en direct, mais aussi donner de la visibilité à la fonction et la valoriser », détaille Isabelle Sauret. Qui indique l’ambition clé d’une université achats : en faire un « projet corporate ».




Formations
Des diplômes honorifiques

Les parcours de formation des universités achats aboutissent tous à la soutenance d’un projet devant un jury, avec un diplôme à la clé. Chez PSA, il est remis solennellement par le directeur des achats, Jean-Christophe Quémard, à chaque stagiaire, en présence de son responsable de division.
Pour le constructeur comme pour Safran, la question se pose de dépasser le caractère honorifique de ce diplôme, en lui donnant donner une qualité officielle. Une reconnaissance par la commission nationale de certification professionnelle permettrait ainsi de se rapprocher de la logique de la VAE (validation des acquis de l’expérience), mais elle implique de lourdes démarches administratives. En outre, quelle branche professionnelle serait la mieux placée pour certifier une formation sur les achats ?
Anne-Sandrine Arensberg, qui compte étudier ce projet en 2009 pour PSA, doute déjà de pouvoir intégrer une telle formation aux certificats de qualification professionnels de la métallurgie. L’autre problème majeur de cette démarche est celui de sa finalité. « Notre diplôme est déjà valorisé en interne, note Anne-Sandrine Arensberg, reste à savoir si nous avons intérêt à le valoriser en externe ». 

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