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La Lettre des Achats - Juillet-Août 2005 N°130
Juillet-Août 2005

Par Guillaume Pommereau gpommereau@lettredesachats.fr

BioMérieux

Fédérer l'entreprise et ses fournisseurs autour des achats

Si BioMérieux s'est fixé un objectif de réduction annuelle de ses coûts de 3 % à 5 %, le spécialiste de la production de diagnostics médicaux vise avant tout à optimiser la gestion de l'innovation. D'où la mise en place d'une démarche Team destinée à mieux communiquer sur les achats au sein même de la fonction, à destination des clients internes de l'entreprise et surtout vers les fournisseurs.

Depuis quelques mois, BioMérieux travaille à établir une démarche d’achat fédératrice baptisée Team (Together for Excellence in purchAsing at BioMérieux). « Pour ce faire, nous avons travaillé sur nos valeurs. Les 45 personnes de l’équipe achats se sont réunies en groupes de travail autour de ces thèmes : la transparence, l’exigence, l’amélioration continue et l’appartenance à la société. Nous avons ainsi défini notre fonctionnement et les règles du jeu communes à l’équipe achats, à l’entreprise et à nos fournisseurs. Inspirée du monde sportif, Team pose l’équation suivante : organisation x méthodes x compétences x motivation = performances. Pour déployer cette démarche mondiale, nous avons fait appel à une spécialiste du coaching et du management dans le monde sportif et industriel », explique Alexandre Vial, vice-président des achats du groupe.
Une signalétique, avec un slogan et un logo, a également été mise en place. De même, BioMérieux a offert des tee-shirts ou des gadgets et procédé à des remises de récompenses à ses fournisseurs. « Nous avons véritablement voulu créer la "griffe achats" BioMérieux afin d’identifier la fonction, la faire reconnaître et partager nos valeurs avec nos fournisseurs. Nous avons aussi construit une pyramide qui reprend l’architecture de Team (voir ci-dessus) ».
Team comprend un ensemble de documents et de démarches corporate qui visent à faire passer un message homogène : « Le but est de clarifier notre fonctionnement, d’expliquer et de rappeler nos objectifs. Avec un double sens : lors d’un appel d’offres, le fournisseur doit respecter un certain nombre de règles mais nous devons nous aussi respecter des règles de bonne conduite et être transparent. Après avoir présenté Team en interne, nous commençons à diffuser cette démarche auprès de nos fournisseurs, avec des présentations auprès de chacun d’eux », complète Alexandre Vial.

Privilégier le facteur humain

« Le point qui nous singularise reste que nous voulons mettre le facteur humain au centre des échanges. Il nous faut être attractif avec nos fournisseurs. L’acheteur se positionne maintenant comme un coach : il est responsable de son équipe de fournisseurs : il définit les objectifs, écarte les moins bons fournisseurs et sélectionne les meilleurs pour les amener à la performance maximale. Il doit s’assurer que la motivation existe à tous les niveaux ».
En parallèle à la démarche Team, la baisse régulière des prix d’achat reste d’actualité, dans une fourchette qui va de 3 % à 5 % annuellement. Cette baisse est rendue nécessaire, notamment à cause de la hausse du prix des matières premières, et particu- lièrement du plastique. « Nous achetons beaucoup de produits en polystyrène ; ce composant a connu une hausse 60 % difficile à contrebalancer dans sa totalité. Nos réactifs sont emballés dans du plastique et pour certains d’entre eux, nous en produisons plus de 100 millions d’unités par an. La hausse influe donc sur nos coûts. Pour la contourner, nous challengeons nos fournisseurs, nous lançons des actions de redesign to cost et nous travaillons à l’optimisation de nos systèmes de production », commente Alexandre Vial. Parallèlement, BioMérieux prospecte les pays à bas coûts pour des câbles, des cartes électroniques ou des sous-ensembles. Ces pays représentent une part réduite des achats mais leur rôle est appelé à se développer. « Une précision : la Chine est pour nous un gisement attractif de nouvelles technologies que nous ne trouvons pas ailleurs, avec des sociétés occidentales qui possèdent dans le pays leurs unités de production ».
« Mais ces objectifs ne nous singularisent pas des autres entreprises », nuance le vice-président des achats. En matière d’achat, la différenciation se fera plus directement sur la nature même des produits de BioMérieux, caractérisés à la fois par une très grande diversité, par des spécifications complexes liées à la biologie mais aussi par la longueur des cycles de vie qui peuvent atteindre quinze ans. Interviennent aussi le recours à des technologies multiples et la nécessité de respecter les contraintes réglementaires. « Nous proposons des instruments et des automates sophistiqués, aux prix de revient très élevés. Pour cela, nous utilisons les logiciels et les technologies les plus avancés, par exemple en micro-biologie. Cette diversité se retrouve dans nos achats, avec des matériels complexes, des produits chimiques pour fabriquer nos réactifs, du développement de logiciels, des brevets, des licences, etc. Avec aussi des différences sur la production : nous ne réalisons que quelques milliers d’instruments de diagnostic par an alors que nous fabriquons des dizaines de millions de réactifs », détaille Alexandre Vial.
BioMérieux est aussi soumis à de très fortes contraintes réglementaires, notamment de la part de la Food and Drug Administration américaine, avec un impact direct sur les achats : « Nous avons une orientation très technologique et lorsque nous faisons le choix d’un fournisseur partenaire, nous nous engageons sur la durée, parfois pour une quinzaine d’années ». Et valider un nouveau fournisseur peut prendre plusieurs années. D’où l’importance de faire le bon choix dès le départ. Une nécessité rendue d’autant plus importante pour une entreprise à l’activité construite sur l’innovation. « Nous travaillons très étroitement avec notre R & D. Encore une fois, le choix d’un fournisseur est tellement central que c’est une responsabilité que nous devons partager. Nous sommes très impliqués et à tous les niveaux, lors de l’acquisition de brevets, de licences ou de sous-traitance de R & D pour des études de design des produits. Nous gérons aussi les problèmes de propriété intellectuelle. Notre valeur ajoutée est de mettre en avant l’innovation et de la rechercher sur nos marchés extérieurs », reprend Alexandre Vial. Dans ce cadre, la réduction du nombre des fournisseurs n’est pas un objectif prioritaire pour les achats. « Elle se fait naturellement et nous cherchons plutôt à travailler le plus possible avec les meilleurs d’entre eux. À l’heure actuelle, nous avons d’ailleurs un objectif d’ouverture de notre panel pour y injecter du "sang neuf" ».

Capturer l’innovation

Une fois effectué le choix d’un fournisseur, l’objectif reste de sécuriser les approvisionnements. Cette sécurisation de l’ensemble des processus, dans l’entreprise et chez le fournisseur, garantit que BioMérieux sera toujours approvisionné, avec la qualité attendue et sans changement. « La sécurisation et la qualité sont primordiales parce que nous achetons aussi des produits vivants. Le fournisseur doit donc maîtriser et contrôler ses processus pour fabriquer sans rupture ces produits de la même façon et avec les mêmes composants. Et pour nos fournisseurs stratégiques, nous devons avoir un contrôle complet et une maîtrise parfaite des processus de fabrication. Nos produits délivrent un diagnostic : nous ne pouvons pas nous permettre d’erreur », ajoute le vice-président des achats. Ce qui suppose aussi que BioMérieux dispose de doubles sources, de stocks de sécurité ou que le groupe soit capable de fabriquer le produit en interne. « Autre particularité due à la complexité des spécifications : nous ne pouvons contrôler la qualité du produit livré avant de fabriquer le produit fini. Contrairement au monde industriel, nous devons parfois fabriquer le produit fini et le tester, avant de libérer les composants concernés chez le fournisseur ».

 

En chiffres 

BioMérieux
Production de diagnostics médicaux (instruments, réactifs, logiciels)
Chiffre d’affaires : 931 millions d'euros (80 % à l'export, 13 % consacrés à la R & D)
Effectif : 5 300 personnes
Montant des achats : 400 millions d'euros
> Familles d'achats : achats biologiques, chimiques, mécaniques, optiques, électroniques, plastiques, etc. ; brevets et licences, sous-traitance de R & D, etc.
À noter que 99 % des commandes d'achats hors production sont passées en ligne sur des catalogues électroniques et qu'une part importante des achats de type C est outsourcée. Les enchères électroniques restent peu utilisées.
Effectif achats : 45 personnes, réparties entre France, États-Unis, Italie, Pays-Bas ; tous les acheteurs disposent d'une solide formation et d'une expertise technique.



Actions achats

Une valeur ajoutée suivie pas à pas

Les acheteurs de BioMérieux ont une obligation de valeur ajoutée, quantifiée selon six axes : la sécurisation, le coût, la qualité, le service, l'innovation et l'avantage compétitif. Chaque action achats doit se traduire par un apport de valeur ajoutée dans au moins un de ces axes. « Nous disposons d'un système de suivi et de pilotage de la performance achats où chaque action est caractérisée. Nous identifions, réalisons et analysons 1 000 actions achats par an. Nous expliquons ce que nous faisons, comment et avec qui. Dans la phase de planification, nous signalons comment nous allons fonc- tionner, les objectifs que nous allons atteindre et les leviers sur lesquels nous allons agir », avance Alexandre Vial.
Les achats disposent d'un suivi statistique des actions en termes de performance économique, de qualité et d'alignement avec la stratégie du groupe. « Nous utilisons 17 leviers d'achat dont la décomposition des coûts, la mise en concurrence de nos besoins, l'intégration des fournisseurs en amont, la standardisation ou encore la consolidation ». Chaque action est approuvée par le client interne qui répond à la question : a-t-on vraiment apporté un avantage compétitif ou une innovation ? Le client valide et consigne ainsi l'action qui suit un workflow de signatures. BioMérieux dispose d'un outil Access avec une base de données mondiale qui lui est propre. L'import des données se fait par l'intranet.


 

Portrait

Alexandre Vial (38 ans, ingénieur Insa, mastère HEC, Desma) a été nommé, en juin dernier, vice-président des achats pour le groupe BioMérieux. Il a été directeur des achats de Gerflor et directeur des achats métalliques pour l'Europe de Delphi, puis directeur des achats de la branche manganèse d'Eramet.

Par Guillaume Pommereau gpommereau@lettredesachats.fr

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