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La Lettre des Achats - Décembre 2017 N°266
Décembre 2017

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4es Assises des délais de paiement
Encore plus d’un donneur d’ordres sur deux en retard

IE Club
Des startups qui valorisent les grands groupes

Par Guillaume Trécan

4es Assises des délais de paiement

Encore plus d’un donneur d’ordres sur deux en retard

Le passage historique sous la barre des onze jours de retards moyen de paiement a détendu l’atmosphère des quatrièmes Assises des délais de paiement, mais pourrait n’être que conjoncturel. L’expérience des lauréats des prix des délais de paiement montre que si des progrès sont possibles ils ne se font pas en un jour.

En quatre éditions, les Assises des délais de paiement ont vu défiler plusieurs ministres et secrétaires d’Etat, le dernier en date, l’actuel président de la République, ayant plaidé pour un renforcement des sanctions et notamment du « name and shame » et, par la loi qui porte son nom, permis l’extension des activités de contrôle de la DGCCRF aux entreprises publiques (voir La Lettre des Achats n° 251, juillet août 2016). Et, de fait, les sanctions se sont multipliées avec 2 500 contrôles effectués en 2016 et 10 millions d’euros levés auprès des entreprises sanctionnées. Une politique qui semble porter ses fruits puisqu’un quart des dirigeants d’entreprises – la moitié des dirigeants de grandes entreprises – déclarent avoir changé leurs comportements depuis le renforcement des contrôles.

Le financement des entreprises en jeu


Pour cette quatrième édition des Assises des délais de paiement, qui se tenait à Bercy le lundi 13 novembre, il aura fallu se contenter d’une communication vidéo du secrétaire d’état Benjamin Griveaux et d’un témoignage du vice-président de la commission des finances, Jean-Noël Barrot. Pourtant, étant donné le profil de ce dernier, député Modem des Yvelines, mais surtout professeur d’économie financière au MIT et chercheur associé au Center for Economic Policy Research de Londres ayant notamment travaillé dans le cadre de sa thèse de doctorat sur la question des délais de paiement, personnes n’a eu le sentiment d’y perdre au change.
Avec la fondatrice de la start-up The Family, Alice Zagury, il travaille désormais sur la question des délais de paiement, dans le cadre de la préparation d’un projet de loi sur les entreprises qui doit être présenté en avril prochain à l’Assemblée. Les retards de paiement et leur incidence sur le crédit de trésorerie sont un des sujets qu’ils étudient dans la partie de leurs travaux portant sur le financement des entreprises, au même titre que le crédit bancaire et l’amorçage. « La question des délais de paiement est un champ de la recherche en expansion, a confirmé le vice-président de la Commission des finances. Jusqu’ici on ne pensait pas que c’était un enjeu de financement des entreprises, les chercheurs restaient en général concentrés sur les questions de financement des investissements. »

635 Mds d’€ de crédit interentreprises


Malgré une amélioration de la situation en matière de retards, qui a vu au deuxième trimestre le retard moyen en France passer sous la barre des 11 jours (10,9 jours) pour la première fois depuis neuf ans, il est vrai que l’impact des retards de paiement sur la trésorerie des entreprises demeure colossal : le crédit interentreprises s’élèverait au total à 635 milliards d’euros. Pour Alain Gerbier, à la tête de la direction des entreprises à la Banque de France, l’encours des dettes fournisseurs a non seulement « un poids majeur en termes prudentiel », mais il rappelle également qu’« une partie des crédits bancaires ne serait pas nécessaire si les entreprises payaient leurs fournisseurs correctement ».
D’ailleurs, en dépit de la réduction des délais de paiement, les entreprises payant leurs fournisseurs en retard sont toujours plus d’une sur deux (56,7 %). « C’est une situation qui demeure inacceptable, notamment pour les grands groupes qui restent des mauvais payeurs et souvent pas pour de bonnes raisons », s’est indignée la présidente de l’Observatoire des délais de paiement, Jeanne-Marie Prost.

Le Baromètre Médiateur des entreprises / Sidetrade


Pour aller plus loin dans cette analyse, le Médiateur des relations interentreprises, Pierre Pelouzet a choisi cette année de « regarder sous le capot » des systèmes d’information des grands groupes avec l’aide de l’éditeur de logiciel d’analyse prédictif pour forces de vente Sidetrade, dont le président Olivier Novasque a étudié les comportements de paiement de 9 160 entreprises clientes, grands groupes ou ETI pour observer les cas de blocages de factures fournisseurs par leurs systèmes d’information. Il en ressort que le risque pour une facture fournisseur d’être bloquée est de un sur sept. Un risque dit de « litige », mais qui relève la plupart du temps d’une anomalie sur le prix, la commande ou tout simplement dans le libellé de la facture. Or, quand une facture fournisseur se trouve ainsi bloquée, il faut en moyenne 51 jours pour la débloquer… à condition bien sûr que le fournisseur s’inquiète de ce qu’il est advenu de sa facture, ou que le donneur d’ordres l’informe d’un problème, ce qui est loin d’être systématique.
Côté PME, plusieurs personnalités ont d’ailleurs profité de l’événement pour tirer la sonnette d’alarme quant aux déséquilibres qui continuent à marquer les comportements de paiement entre grands et petits donneurs d’ordres. Tout en redoutant que le passage sous la barre des 11 jours ne soit qu’un « effet d’embellie conjoncturel », le président de Pacte PME, François Perret a notamment déploré qu’« il concerne d’avantage le comportement de paiement des plus faibles. » Et le vice-président industrie de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises), Frédéric Grivot, de mettre lui-aussi en garde contre un enthousiasme immodéré : « aujourd’hui l’industrie est encore un secteur défaillant concernant l’amélioration des délais de paiement. »

Célébrer les bons plutôt que brusquer les mauvais


Jouant le rôle nécessaire de l’empêcheur de célébrer en rond François Perret en a profité pour souligner les limites de la politique de sanction et du « name and shame » : « attention à ne pas susciter de surréaction de la part d’entreprises internationalisées qui ont les moyens de déplacer leurs services achats et leurs centres de paiement en dehors de France ».
Ce n’était cela dit pas le lieu ni le moment de pointer du doigt ceux qui l’ont déjà fait, mais plutôt de célébrer ceux qui au contraire donnent l’exemple, le « name and fame » étant l’indispensable contrepoint du « name and fame », avec comme porte-drapeaux les lauréats du prix des délais de paiement : le groupe Michelin (prix grand groupe, 85 % des paiements dans les temps), Gutenberg Networks (prix ETI, passage de 45 à 38 jours), Ideal Meetings & Events (prix PME, délais de paiement médian de trois jours ouvrés), le Ministère des armées (prix organisme public, 22,8 jours de délai moyen de paiement), le conseil général des Hauts-de-Seine (prix territoire, délai moyen de 26,4 jours) et le CH de Créteil (prix coup de cœur, mise en place de l’affacturage inversé).
Gutenberg Network : les fournisseurs comme actif clef
Signataire de la charte et labellisée, l’ETI Gutenberg Networks, spécialisée dans la production de contenu et de supports publicitaires print et digitaux, travaille avec un panel de 480 fournisseurs (pour 280 millions d’euros d’achats) dont quelques grands groupes européens, mais aussi de tous petits intervenants pour lesquels être payé dans les temps est vital. Pourtant cette filiale du groupe Omnicom qui réalise 350 millions d’euros de chiffre d’affaires n’a presque que des clients grands compte dont la plupart montrent peu d’empressements à régler leurs propres factures. De 45 jours en 2013, l’entreprise est parvenue à ramener son délai de paiement moyen à 38 jours en 2016 et vise les 33 jours en 2017.
Pour y parvenir, la directrice des achats, Isabelle Arbois et l’équipe de 35 personnes qui travaillent avec elles ont orchestré la dématérialisation des factures via un ERP maison et ont multiplié le paiement des fournisseurs par virement. Ils ont également institué la possibilité de payer certains fournisseurs comptant avec escompte ou encore de verser à certains des acomptes. Ces acomptes peuvent avoir des justifications techniques, lors de la réalisation de prototypes, mais peuvent aussi s’expliquer par la nécessité de soutenir des fournisseurs en difficulté. Autres preuves de la prise en compte des fournisseurs comme un actif clef de l'entreprise, la direction des achats organise chaque année une convention fournisseur où une enquête de satisfaction est soumise aux fournisseurs.

CH intercommunal de Créteil : premier de cordée sur l’affacturage inversé
Afficher un délai de paiement médian de 74 jours n’a pas empêché le CHI de Créteil d’obtenir le prix coup de cœur des délais de paiement 2017. Avec un délai médian de 118 jours en 2014 et une cible à 60 jours en 2017, la trajectoire est tout de même fulgurante. Pour y parvenir, le directeur général de l’hôpital, Stéphane Pardoux n’aura pas hésité à jouer les défricheurs, en mettant en œuvre avec la Banque postale le premier dispositif d’affacturage inversée pour les fournisseurs d’un hôpital public.
Si la Banque postale avait déjà l’expérience du public sur ce genre de dispositif avec l’Ugap depuis huit ans, il n’allait pas de soi. Pour qu’une prestation à un organisme publique soit payée, celui qui la paye doit pouvoir en vérifier la bonne exécution, or dans le cas de l’affacturage inversé, le factor paye sans avoir contrôlé cette exécution. Le CHI de Créteil et la Banque postale ont donc prévu que la banque puisse intenter des recours envers un fournisseur à qui une prestation aurait été indûment payée.
Une fois cette difficulté levée, rien ne s’opposait à la réussite du projet, d’autant que le coût de l’escompte ne pèse pas sur les fournisseurs. Huit sont déjà entrés dans le programme, bénéficiant d’un délai de règlement moyen de 3,9 jours et quatorze se sont manifestés pour abonder leurs rangs, en particulier des fournisseurs du secteur pharmaceutiques, avec lesquels la situation était parfois devenue explosive, la direction du CHI confessant avoir atteint des retards de paiement allant dans certains cas jusqu’à 160 jours. Un délai pourtant loin d’être record puisqu’elle subit elle-même de la part du ministère de la justice des retards de paiement pouvant aller jusqu’à 400 jours !

Par Guillaume Trécan

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