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Par Guillaume Trécan

Conseil régional de Bretagne : un dialogue approfondi avec les filières fournisseurs régionales

Le conseil régional de Bretagne institutionnalise sa collaboration en amont des appels d’offres avec les acteurs économiques régionaux, en particulier les entreprises du bâtiment et celles de l’agroalimentaire, réunies dans deux plates-formes destinées à rapprocher offre et demande.

«Nous avons mieux à faire que de l’achat public », lance le président du conseil régional, Loïg Chesnais-Girard, avant de préciser le sens de cette petite provocation : « il y a le sujet de l’achat et le sujet de comment nous achetons. » Il y a aussi le sujet d’à qui profite l’achat et sur ce point le président de l’exécutif breton ne tourne pas autour du pot : « nous devons utiliser la commande publique comme un levier dans le développement de nos entreprises. » La solution pour favoriser le tissu économique régional sans tomber dans le délit de favoritisme étant d’élaborer « une politique d’achat coconstruite avec les acteurs du territoire » et en particulier la filière agroalimentaire et la filière du bâtiment, respectivement réunies dans les plates-formes régionales BreizhAlim et BreizhBati.
Deux filières essentielles pour la région d’un point de vue économique, le bâtiment étant, qui plus est, dans une situation d’interdépendance forte avec la commande publique. Le chiffre d’affaires cumulé des entreprises du secteur représente 7 milliards d’euros par an en Bretagne dont 1,750 milliard d’euros de commande publique. A lui seul le conseil régional a programmé 600 millions d’euros de travaux pour les lycées, au rythme d’environ 80 millions d’euros par an.

Quatre chantiers, 34 engagements


Tout en en engageant des discussions approfondies avec les fédérations professionnelles, la Région a pris la peine de définir ses objectifs, à travers quatre chantiers – améliorer l’accès des opérateurs économiques à la commande publique ; promouvoir des relations contractuelles équilibrées ; mettre en oeuvre une responsabilité sociale et sociétale ; et contribuer à la transition écologique, énergétique et numérique – assortis de 34 engagements tels que : développer le « sourçage » ; publier les données essentielles de la commande publique et les intentions d’achat ; adopter un allotissement géographique et technique dès la définition du besoin ; systématiser les avances ; systématiser et renforcer l’information des candidats non retenus, etc.
Pour initier sa « démarche d’animation territoriale », la collectivité a organisé au préalable une consultation publique en ligne autour de neuf domaines d’achats avec 77 participants et 700 contributions recueillies. Outre l’agroalimentaire et le bâtiment, plusieurs familles d’achats importantes ont été ciblées telles que le transport ; l’énergie et les fluides ; le numérique et l’informatique ; le mobilier et les fournitures ; et les prestations de services, notamment la formation.
Hugues Vanel, président de la fédération régionale du bâtiment de Bretagne, qui salue cette volonté de « rapprocher offre et demande », révèle en même temps l’ampleur du fossé à combler : « sur ces sujets, nous avons plus l’habitude d’avoir des diktats que de la consultation ». Ce dialogue avec les acheteurs publics est à ses yeux une opportunité de mettre plusieurs sujets sur la table : transition énergétique, économie circulaire, lutte contre travail détaché, valorisation de l’apprentissage et surtout adaptation des appels d’offres aux PME. « Le recours à l’entreprise générale doit être l’exception, car ce n’est pas bon pour le territoire », explique Nicolas Lebon, qui assure : « si l’allotissement est bien fait, nous sommes certains que d’avoir le meilleur prix. »

Un retard à rattraper


En ce qui concerne les acteurs régionaux du secteur agroalimentaire, Laurent Kerlir, vice-président de la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne, dresse le même constat d’un retard à rattraper pour des agriculteurs bretons qui travaillent très peu avec la commande publique. En particulier certains : « nous constatons par exemple qu’il y a jusqu’à 70 % de viandes étrangères dans la restauration collective », regrette-t-il. Pour lui, l’intérêt d’une collaboration amont avec les acheteurs de la collectivité régional est tient à la possibilité « d’anticiper les attentes des consommateurs. « Nous allons effectuer un travail sur les cahiers des charges, filière par filière, pour appeler plutôt l’agroalimentaire breton… et français car nous ne faisons pas tout », concède Hugues Kerlir. Les filières lait, oeufs, porcs, poissons, légumes, volailles et viande bovine sont concernées.
Rapprocher offre et demande sous-entend que le conseil régional soit capable de définir avec précision ses besoins, voire de les anticiper. « Il y a des sujets sur lesquels nous n’avons pas cette vision », admet la directrice des affaires juridiques et de la commande publique, Céline Faivre (voir son interview dans la LDA n°267). L’alimentation est justement un de ces sujets, sachant que la restauration scolaire s’approvisionne via cinq groupements d’achats gérés par le rectorat. D’où une implication des services de l’État et des conseils généraux dans un travail sur l’équilibre entre massification et gré à gré pour des achats en direct auprès de producteurs régionaux.

Vers un Observatoire économique régional


La directrice des affaires juridiques et de la commande publique du conseil régional, qui applique depuis octobre une dématérialisation de ses marchés dès le 1er euro, travaille aussi sur la transparence des données de la commande publique. La plateforme des marchés publics bretons Megalys, lui permet ainsi de publier les données essentielles de la commande publique dans un délai moyen de deux mois après notification du marché, avec des données sur les marchés attribués l’identification des entreprises retenues, les avenants… Au-delà de ces données essentielles, la région communique également sur les indicateurs de suivi annuel de ses objectifs, notamment environnementaux. « Ces données vont nous amener à modifier nos pratiques», se projette Céline Faivre.
L’ambition de la Région en la matière étant de mettre en oeuvre un Observatoire de la commande publique en Bretagne, ainsi qu’une plateforme de sourcing d’ici fin 2019… voire à terme de pouvoir se lancer dans l’analyse prédictive à partir de ces données.
En chiffres
Conseil régional de Bretagne
Conseil régional
Montant des achats du conseil régional : 250 M d’€
Montant de la commande publique en Bretagne : 2,5 Mds d’€

Par Guillaume Trécan

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N°277 - Décembre 2018

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