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La Lettre des Achats - Juillet-Août 2005 N°130
Juillet-Août 2005

Interview

Annick Gentès-Kruch - Directrice B to B - PSA Peugeot Citroën
« Un moyen d'accompagner la croissance du groupe »

Sandrine Laur-Harel - Directrice des achats groupe - Segula Technologies
« Nous avons centralisé nos demandes de voyages »

Christophe Koch - Responsable performance et support achats - Aéroports de Paris
« Accroître la part des achats sous contrat »

Par la rédaction

Annick Gentès-Kruch - Directrice B to B - PSA Peugeot Citroën

« Un moyen d'accompagner la croissance du groupe »

Satisfait de son niveau d'usage des enchères électroniques, le constructeur automobile vise cette année 50 % de consultations (RFX) traitées en e-sourcing et 400 000 commandes via l'e-procurement, soit vingt fois plus qu'en 2004, grâce à un plan d'action mené auprès de 50 000 utilisateurs en France. La directrice b to b, qui supervise la mise en œuvre de ces outils, revient sur la stratégie et les moyens à l'appui de ces objectifs.

Quelles sont les missions de la direction b to b ?
Cette direction a été créée en 2001, suite à une réflexion stratégique sur les possibilités de l’e-business : le comité exécutif du groupe a estimé qu’il était temps de tirer parti des technologies internet. De grandes places de marché verticales se positionnaient alors, dont Covisint à laquelle nous avons participé aux côtés d’autres grands constructeurs automobiles américains, européens et de grands équipementiers. Simultanément, nous avons développé notre portail fournisseurs et entamé une réflexion sur des applications d’achat liées à notre ERP.
Pour quelles raisons le b to b est-il rattaché à la direction des achats ?
Par sa relation privilégiée avec les fournisseurs et son poids stratégique – les achats représentent plus de la moitié du chiffre d’affaires du groupe –, la direction des achats s’est imposée comme entité de rattachement de la direction b to b. En charge de l’utilisation des technologies internet au service du métier achats, cette direction b to b a vu ses responsabilités très rapidement étendues aux outils collaboratifs – qui concernent plus directement la conception et la relation avec les autres constructeurs –, ou à la gestion de la chaîne logistique. Autant d’applications supports de l’entreprise étendue.
Comment la politique et les objectifs achats sont-ils relayés par la direction b to b ?
La direction b to b sélectionne et met en œuvre les processus et outils nécessaires à la stratégie d’achat du groupe. Avec mes équipes, je définis des objectifs annuels aux utilisateurs, en fonction de la stratégie du groupe et de celle du directeur des achats. Ils se déclinent selon les applications d’achat. Pour les enchères, nous fixons un pourcentage de la masse des achats traitée par l’outil, le nombre d’enchères, le pourcentage de gains. Pour les catalogues, la part des commandes réalisée via l’outil électronique ad hoc. Pour les appels d’offres, nous établissons une cible du nombre de RFX et un chiffre d’affaires à traiter. Toutes les informations alimentant ces indicateurs remontent auprès des entités achats ainsi qu’à la direction des achats ; elles y sont agrégées dans un tableau de bord. Mis à jour mensuellement, ces résultats sont présentés sur des visuels de management dans les couloirs de la direction des achats.
Quels objectifs sont assignés aux utilisateurs de l’e-sourcing cette année ?
Pour l’e-sourcing, enchères et appels d’offres, nous renouvelons chaque année environ un quart du montant de nos achats, notamment parce que beaucoup de contrats sont pluriannuels. Pour les achats traités par les enchères, l’objectif est de l’ordre de 10 % cette année. D’une année à l’autre, ce chiffre oscille entre 8 % et 12 %. Je ne peux pas vous révéler le montant des gains sur enchères. Le gain constaté est surtout lié à l’application très stricte d’un long processus de choix des fournisseurs, l’enchère en tant que telle n’étant qu’un accélérateur de la négociation en termes de prix. Nous avons réalisé environ 1 000 enchères en 2004 et devrions faire de même en 2005. Pour les appels d’offres, nous devrions atteindre 50 % de nos consultations fournisseurs traitées par cet outil, soit environ 13 000 consultations cette année. Les appels d’offres sont très variés, de la demande de prix à la consultation pour des ensembles ou sous-ensembles automobiles complexes.
Où en êtes-vous de l’e-procurement ?
Les achats sur catalogues connaissent cette année un très fort développement. De 20 000 transactions en 2004, nous devrions passer à 400 000 cette année, soit un montant de 10 à 15 millions d’euros pour les frais généraux et les articles non stockés. Au total, notre outil SAP EBP, avec une base de données Requisite, héberge 57 catalogues et 70 000 articles alimentés par une cinquantaine de fournisseurs. Cela peut paraître peu mais à présent, pour accroître le nombre d’articles disponibles, nous ne créons pas de nouveaux catalogues mais demandons à nos fournisseurs d’enrichir leurs références.
Comment expliquez-vous cette augmentation très importante du volume des commandes ?
Cette explosion est le fruit d’un plan d’action lancé en octobre 2004 auprès du management des usines. Il s’agit avant tout d’animation du changement car l’outil est déjà très largement déployé auprès des 50 000 utilisateurs réguliers en France ; la plupart de nos vingt usines et de nos sites tertiaires sont équipés. Ce chiffre ne devrait guère évoluer. Il reste à convaincre tous les acteurs des avantages de cette solution. Nous avons des arguments de poids : de quinze jours, le processus complet de commande est ramené à zéro. Nous avons déjà formé près de 5 000 utilisateurs avec l’aide de prestataires extérieurs le plus souvent. L’« e-transformation » des catalogues en ligne demande un effort nettement plus important que les enchères car elle touche toutes les directions du groupe.
Votre outil d’analyse des dépenses sert-il également aux achats ?
Tout à fait. Le module SAP BW installé en janvier assure un reporting mensuel de la totalité de nos dépenses. Outre l’analyse de ce qui a été réalisé et donc de la performance achats sur la masse comptable, nous y avons intégré des prévisions de dépenses qui servent au pilotage des achats futurs. Cet outil conduit aussi à repérer facilement des achats dissidents : en nous donnant le taux de « catalogabilité » d’une famille, il permet de connaître le montant de la part achetée hors de l’outil.
Presque tous vos outils sont intégrés à votre système d’information. L’ASP n’offrait-il pas un modèle intéressant ?
Pour notre entreprise, il est économiquement plus intéressant d’intégrer nos applications d’achat. Pour autant, notre modèle n’est sans doute pas généralisable. Les enchères font exception car nous avons pu négocier avec Ariba la reconduction de la tarification appliquée par notre prestataire précédent, Covisint. De plus, dans le cadre de la relation fournisseurs, nous apprécions la neutralité de la plate-forme, gage de transparence, et les services associés. Notre prestataire propose ainsi aux fournisseurs un service pour mener les ordres à leur place en cas de problème de connexion.
Où vous situez-vous par rapport à vos objectifs de déploiement ?
Notre objectif est d’atteindre les 100 % de ce qui est déployable. Pour les appels d’offres en ligne, nous sommes à la moitié du chemin. Pour les enchères, soit environ 10 % de nos achats, nous avons atteint nos objectifs. Quant aux catalogues, il nous reste encore une belle marge de progression mais leur utilisation s’accélère avec l’intégration de l’auto-facturation, gain important de processus pour la comptabilité fournisseurs. En matière de stratégie, les outils b to b ne sont pas une fin en soi mais un moyen de réduire les délais, d’obtenir de meilleurs prix, c’est-à-dire d’accompagner la croissance du groupe par l’innovation. De ce point de vue, je pense que nous avons un niveau de maturité élevé.

Portrait

Annick Gentès-Kruch (52 ans, sciences éco, ICN école de management, IAE) est directrice b to b de PSA depuis mai 2001. Précédemment directrice des achats du domaine tertiaire et prestations, elle a occupé des postes de direction informatique, de direction des fabrications et de direction financière.



En chiffres

PSA Peugeot Citroën
Constructeur automobile
Chiffre d’affaires : 56,797 milliards d'euros
Effectif : 207 200 personnes
Montant des achats : 29 milliards d'euros (prévisions 2005) dont 7 milliards hors production
> e-sourcing : près de 3 milliards d'euros par enchères (Ariba), 1 000 enchères, 13 000 consultations (SAP EBP adapté)
> e-procurement : 10 à 15 millions d'euros (2005 ; SAP EBP), 50 000 utilisateurs réguliers, 57 catalogues, une cinquantaine de fournisseurs, 70 000 articles
> analyse des dépenses : 100 % des achats de production et de frais généraux sur e-catalogues (SAP BW)
> facture électronique : auto-facturation pour les e-catalogues
Effectif achats : 1 050 personnes

Par la rédaction

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