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La Lettre des Achats - Mars 2019 N°280
Mars 2019

Tendances

Entretien

Marc Mortureux - Directeur général de la PFA
« Un de nos grands enjeux est d’être capable de susciter les bons partenariats »

Par Guillaume Trécan

Marc Mortureux - Directeur général de la PFA

« Un de nos grands enjeux est d’être capable de susciter les bons partenariats »

Les mutations des transports font planer beaucoup d’incertitudes sur les acteurs de l'automobile. Pour y faire face, donneurs d'ordres et fournisseurs peuvent s'appuyer sur les instances de dialogue entre clients et fournisseurs instituées par la Plateforme de la filière automobile (PFA). Son directeur général, Marc Mortureux, explique l’enjeu de cette approche collective.

Quels engagements du contrat de filière 2018-2022 sont propres à fluidifier les relations donneurs d’ordres sous-traitants automobiles ?

L’élaboration de ce contrat de filière a consisté à construire une vision partagée entre tous les acteurs de la filière et une feuille de route commune. Étant donné le contexte de défis et d’incertitudes, partager une vision et des actions concrètes élaborées dans le cadre d’un process collectif est fondamental. Parmi ces actions susceptibles d’impacter positivement les relations donneurs d’ordres fournisseurs figurent notamment les axes trois et quatre du contrat de filière sur la compétitivité des entreprises, et les enjeux en matière de compétence et d’emploi. L’accélérateur mis en place avec BPI France pour aider 150 PME et ETI prometteuses à se développer incarne bien l’esprit de solidarité que nous essayons de promouvoir entre petites et grandes entreprises. Nous avons également créé une plateforme digitale d’échanges sur les sujets d’innovation, sur laquelle les donneurs d’ordres explicitent leurs besoins et où toutes les entreprises de la chaine de fournisseurs peuvent déposer des projets en réponse à ces besoins. Nous organisons aussi des pitchs de PME qui permettent de les mettre en relation avec de grandes entreprises. C’est l’occasion pour elles de mieux comprendre les attentes des donneurs d’ordres.
Le dernier élément concourant à fluidifier les relations donneurs d’ordres fournisseurs, c’est le transfert de savoir-faire entre grandes et petites entreprises qu’impliquent les ambitions de la filière pour gagner en compétitivité, en particulier autour de l’« usine du futur ». Les exigences de compétitivité des grands donneurs d’ordres ne sont atteignables dans la durée que s’ils s’inscrivent dans des efforts de fond de leurs fournisseurs pour optimiser leur processus industriel, au travers de la digitalisation, de la robotisation…

Comment la PFA anime-t-elle ce dialogue en dehors de l’élaboration des contrats de filière ?


Au niveau national, plusieurs comités incarnent le dialogue entre clients et fournisseurs, dans le respect des règles de la concurrence, notamment sur des thématiques techniques : performance industrielle, R&D, innovation, normalisation. Nous avons aussi des instances pour définir des positions communes à porter auprès des pouvoirs publics aux niveaux national et européen. Mais c’est au niveau de nos instances régionales, les ARIA (associations régionales de l’industrie automobile), qu’existent les relations les plus directes avec le tissu des fournisseurs.

Quelles demandent les sous-traitants automobiles expriment-ils dans ce cadre ?

L’attente la plus forte de la part des sous-traitants et fournisseurs, porte sur plus de visibilité sur l’évolution des attentes des donneurs d’ordres et sur leurs contraintes, pour mieux anticiper leurs besoins. Nous vivons une période de disruption, avec des évolutions très rapides qui impactent beaucoup d’entreprises, comme la baisse du diesel et le développement de l’électromobilité. Elles ont besoin d’aide pour décrypter ces évolutions et comprendre ce que cela va impliquer pour elles dans les années à venir. Tout l’objet de ce contrat de filière c’est de donner de la visibilité à tous à quatre à cinq ans pour réussir collectivement.

Qu’est-ce que les participants aux instances de la PFA vous font remonter concernant les pratiques d’achats et le partage de la valeur avec leurs donneurs d’ordres ?

Plusieurs mécanismes ont été mis en place au niveau de la filière, à la fois en matière de médiation, sur une base volontaire, et un travail visant à faire remonter – notamment via le président de la FIEV – les pratiques qui posent problème aux fournisseurs. Nous avons également mis en place des enquêtes régulières au niveau de la PFA sur la qualité des relations clients fournisseurs. Cela permet aux fournisseurs comme aux donneurs d’ordres de se situer par rapport à la moyenne et cela alimente les discussions sur les pistes de progrès.
Le code de performance et de bonnes pratiques élaboré en 2009 reste la référence et traite en bonne partie ces sujets. Dans le contrat de filière, nous avons prévu d’étudier la nécessité ou non d’actualiser ce référentiel. Nous avons aussi travaillé sur le fait de revitaliser l’idée initiale des pôles de compétitivité qui confère aux grandes entreprises un rôle de locomotives pour tirer l’ensemble de la filière, notamment les PME et les startups, dans le cadre de projets collaboratifs de R&D. Les quatre grands pôles français dans le domaine de l’automobile ont été récemment relabellisés. Nous avons retravaillé avec les grandes entreprises, les pôles, les ARIA et le tissu des fournisseurs pour bien réactiver cette volonté d’une dynamique collaborative des petites et grandes entreprises.

Si une crise revenait, qu’est-ce que le dialogue établi au sein de la PFA changerait ?

Un des changements que nous avons essayé d’imprimer depuis 2008-2009, c’est d’être d’avantage dans l’anticipation. Un de nos grands enjeux à travers le contrat de filière – et nous le voyons dans le cadre des discussions sur l’impact de la baisse du diesel – c’est d’essayer d’identifier le plus tôt possible quelles seront les entreprises impactées, de les accompagner dans la recherche de pistes de diversification de leur portefeuille, avant qu’elles ne soient en situation de crise.

Quels sont les atouts de l’industrie automobile française pour affronter ces défis ?

L’innovation a permis de sauver notre industrie après la crise de 2008-2009. Notre principal atout, c’est d’avoir à la fois des leaders mondiaux très innovants qui peuvent entraîner la filière en avant et, à l’autre bout du spectre, un écosystème de startups et PME très riche dans l’automobile et les nouvelles mobilités. Un de nos grands enjeux est d’être capable de susciter les bons partenariats, y compris au-delà de nos frontières. Nous sommes dans une période où personne ne peut réussir tout seul. Il faut un écosystème cohérent, construit dans la durée, avec beaucoup d’acteurs nouveaux, à la fois privés et publics, que cela soit pour le développement de l’électromobilité, ou pour l’émergence de nouveaux services de mobilité fondés sur les véhicules connectés, autonomes, partagés avec une atténuation progressive de la frontière entre la voiture et les transports collectifs, etc.

En 2008-2009, l’industrie allemande d’une part et l’aéronautique d’autre part étaient citées en modèles face aux déboires collectifs de l’industrie automobile française. Qu’est-ce qui vous en différencie encore ?


Je pense qu’il existe tout de même des écarts assez importants entre la France et l’Allemagne dans ces approches collectives, notamment d’ordre culturel. Pour ce qui est du modèle aéronautique, il faut noter que ce secteur bénéficie d’une visibilité considérable sur son carnet de commandes, que nous n’avons pas du tout dans l’automobile. Nous sommes confrontés actuellement à beaucoup d’incertitudes. Nous investissons massivement pour la transition écologique et digitale, et cela reste un vrai défi de créer l’écosystème nécessaire à la réussite de cette transition. Mais cela représente aussi des opportunités fantastiques. C’est bien l’objet de cette dynamique collective que nous impulsons pour que l’ensemble des entreprises grandes et petites, pouvoirs publics, collectivités, le monde de l’énergie, tous, concourent à un certain nombre d’actions mises en cohérence pour convaincre le consommateur que c’est le bon moment d’évoluer vers de nouveaux modes de mobilité, plus propres, plus accessibles, plus sûrs et d’avantage partagés.
Portrait
Marc Mortureux (58 ans, Ecole polytechnique, ingénieur des Mines) est directeur général de la PFA depuis mars 2018. De 2008 à 2009, il fut le directeur de cabinet de Luc Chatel (actuel président de la PFA), alors chargé au gouvernement, de l’Industrie, de la Consommation et du Porte-Parolat. À ce titre, il a piloté les États généraux de l’automobile. Il était, depuis 2015, directeur général de la prévention des risques au ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie.

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