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La Lettre des Achats - Novembre 2016 N°254
Novembre 2016

Interview

Régine Lucas - Directrice des achats - L’Oréal
« Tous les grands enjeux du groupe trouvent un écho aux Achats »

Par la rédaction

Régine Lucas - Directrice des achats - L’Oréal

« Tous les grands enjeux du groupe trouvent un écho aux Achats »

S’appuyant sur ses efforts de professionnalisation – notamment sur les indirects – la direction des achats de l’Oréal contribue fortement au développement des nouvelles pratiques de retail et au dynamisme commercial du groupe. Elle est aussi une des clefs des ambitions du groupe en matière de développement durable.

Quels sont les points de convergence entre la stratégie achats et la stratégie d’entreprise de l’Oréal ?

La stratégie des achats doit répondre aux attentes du marché et satisfaire le consommateur. En ce sens, nos priorités épousent totalement la stratégie du groupe en suivant les trois mêmes axes. Le premier concerne notre aspiration à être plus universel dans un monde qui change à grande vitesse. Nous devons répondre aux besoins des consommateurs qui sont en constante évolution et varient selon différents types de peaux, différents climats, différents modes de consommation. Le deuxième nous amène à développer très fortement le digital, au travers de l’e-commerce, des pratiques du retail, mais aussi toutes les façons dont les consommateurs interagissent avec nos marques. Le troisième consiste à être plus durable d’un point de vue sociétal et environnemental, notamment par le biais de notre politique d’achats responsable, L’Oréal Buy and Care. Chacun de ces objectifs résonne aux Achats, aussi bien à travers les marchés que nous couvrons que dans notre façon de fonctionner.

Comment l’axe « plus universel » est-il décliné aux Achats ?

Cela se traduit pour nous par une double ambition, combiner la force de notre présence mondiale avec une grande agilité locale, au plus proche des marchés consommateurs et fournisseurs. Tous les grands enjeux du groupe trouvent un écho aux Achats, fonction transversale par excellence. A l’image des activités du groupe, les Achats sont répartis sur les différentes plaques géographiques, avec quatre centres de sourcing : Europe, Amériques, Asie Pacifique et Afrique Moyen-Orient. Cela nous permet d’appréhender finement les particularités de chaque zone en terme de marchés fournisseurs, de combiner des fournisseurs internationaux et locaux et d’avoir un sourcing adapté à la fois à notre tissu industriel et à nos besoins business. Nous souhaitons être un client de choix pour nos fournisseurs, attirant par sa capacité à valoriser leurs innovations et leur savoir-faire.
Allier les expertises particulières présentes aux Achats, la proximité avec le terrain et la force d’un grand groupe demande des modes d’animation transversaux pour garantir l’agilité. Notre action concerne toutes les divisions du groupe – du luxe aux produits grand public, en passant par la cosmétique active ou les produits professionnels. D’un point de vue familles d’achats, nous couvrons à part quasi égale les achats directs et indirects.

Comment votre organisation achats traduit-elle ce besoin d’agilité ?

L’organisation achats s’articule autour de trois grands profils de postes : des catégories managers qui constituent un réseau mondial et sont orientés sur la connaissance fine des marchés fournisseurs en amont de la chaîne de valeur ; en aval, des Business Teams très proches des différents métiers de l’Oréal, des divisions, des marques, des marchés ; et une Excellence Team qui accompagne tous les acheteurs sur les outils, les process, les budgets, etc. La coopération et les échanges fluides entre ces trois fonctions garantissent l’agilité de l’organisation achats et nous permettent de l’adapter aux enjeux universels du groupe.

Comment travaillent les acheteurs Business Team ?

Ils sont impliqués très en amont des projets et collaborent avec le marketing, les équipes de développement et la recherche sur des mix complets, dans des approches de création de valeur et de design par la valeur, en mettant en balance d’un côté l’ensemble du prix de revient des produits et de l’autre tout ce qui est important pour le consommateur. Ces approches de design par la valeur nous permettent de toujours placer le consommateur au cœur de nos démarches, mais aussi de faire avancer les objectifs du groupe en matière de RSE.
Les acheteurs Business Team travaillent au sein d’équipes qui agissent vite et contribuent à diminuer le time to market. C’est un enjeu très important pour L’Oréal dont beaucoup de produits sont liés à la mode et donc en constante évolution. Nous renouvelons plus de 20 % de notre portefeuille produits chaque année et les Achats sont très fortement mobilisés derrière les lancements. Combiner cette flexibilité avec les volumes d’un groupe de la taille du nôtre est un défi majeur pour les Achats et notre panel fournisseurs.

Le groupe a ouvert son sourcing pour accompagner son développement à l’international. Vous efforcez-vous à présent de resserrer le spectre ?

La priorité pour les acheteurs de catégories n’est pas la centralisation, mais la mise à disposition du meilleur panel fournisseur par zone et par division. Nous cherchons le portefeuille de partenaires le plus adapté à nos enjeux et, pour les catégories sourcées mondialement, nos équipes sont basées directement dans les zones pertinentes (par exemple en Asie pour l’Oléochimie). Ils assurent une proximité avec les différents marchés fournisseurs et effectuent la veille marché pour l’ensemble de l’organisation achats. Nous faisons bien sûr des économies d’échelle, mais ce n’est qu’un aspect du travail des Achats qui doivent aussi tenir compte d’autres impératifs comme la proximité, la réduction du temps de mise sur le marché, ou encore la réactivité de la supply chain, l’innovation et l’impact environnemental.

Avez-vous des outils et des process qui soutiennent le fonctionnement en réseau des acheteurs ?

Nous insistons beaucoup sur le travail collectif et l’importance de notre alignement, non seulement entre équipes achats, mais aussi avec les autres métiers du groupe. Nous partageons le plus possible nos objectifs. Pour appuyer cette démarche, nous avons bien sûr des outils classiques de management et de communication – nous utilisons notamment des outils communautaires comme Whatsapp et Yammer – mais cela repose avant tout sur des interactions humaines et sur un engagement très fort des équipes. Mobiliser du temps et des moyens pour faire en sorte que les gens se connaissent est incontournable. Nous organisons des Sourcing Days dans chaque Zone, au cours desquels la stratégie de l’entreprise est déclinée par business et par géographie, avec des intervenants qui font le lien direct entre l’impact des Achats et le business. Nous avons des marques mondiales, de nombreux fournisseurs en commun, ces interactions sont quotidiennes entre équipes.

Comment aidez-vous le groupe à intégrer plus de digital dans ses produits et ses pratiques commerciales ?


Nous avons constitué une équipe d’acheteurs digitaux. Ils accompagnent le groupe dans la structuration de tous nos accords importants avec les acteurs du digital. Nous travaillons à la fois sur le contenu, la technologie et la prestation de services.

Quel est leur profil ?

Au départ nous sommes allés chercher des acteurs du marché, pas systématiquement des acheteurs mais des parcours d’entrepreneurs du monde digital, plus éclectiques, parfois patrons de leur propre start-up. Puis des acheteurs les ont rejoints, venus de l’IT et du marketing.

Qu’ont-ils de particulier à part leur connaissance du marché ?

Ils savent travailler avec tout type de sociétés, de la start-up à la PME jusqu’aux grands groupes internationaux de média. Mais surtout ils sont très curieux, très agiles, très proches du business, très à l’écoute de leur écosystème.

Consacrez-vous des moyens spécifiques à l’innovation ?


Nous disposons de plusieurs cellules achats innovation dans différents domaines qui collaborent en amont avec la R&I, et le développement packaging du groupe pour développer, avec nos fournisseurs, des produits cosmétiques innovants, avec des modèles de collaborations variés : co-développement, open innovation ou open développement. Nous organisons également régulièrement des salons internes où certains fournisseurs sont invités à venir présenter leurs innovations aux marques. Notre rôle consiste à apporter cette innovation de marché au plus près des marques et des prescripteurs. Ces événements portent sur les matières premières, sur le packaging, mais aussi dernièrement sur les nouveautés du marché en matière de retail.

Quelle importance revêtent pour le groupe ses achats indirects ?

Ils représentent environ la moitié du montant des achats. Ces trois dernières années, nous avons étendu notre couverture à la quasi-totalité des catégories, jusqu’aux achats liés au retail, au marketing, au digital ou encore au conseil. Nous les avons systématiquement abordés par le côté création de valeur, en mettant notre connaissance du marché et notre expertise en matière de management des fournisseurs au service des business et des consommateurs.
Nous devons à présent consolider cette démarche, tout en restant en phase avec l’évolution de L’Oréal et les nouveaux besoins qui en découlent. L’objectif de réaliser 20 % du chiffre d’affaires du groupe via l’e-commerce aura ainsi une incidence très forte sur nos achats, en matière de digital, de supply chain, de systèmes d’informations. C’est un nouveau modèle pour l’Oréal, à nous de l’appuyer. De la même manière, nous accompagnons les nouvelles pratiques de retail que le groupe adopte à travers l’ouverture de nouvelles boutiques, en apportant notre expertise dans le choix du personnel, du mobilier, d’outils digitaux, de la 3D… Là encore, dans tous ces domaines il est aussi de notre responsabilité de faire avancer nos objectifs en matière de RSE.

Quels sont précisément vos objectifs en matière de RSE ?

Les Achats sont pleinement impliqués dans l’engagement du groupe en matière de développement durable, à travers son programme Sharing Beauty With All. Nous engageons nos fournisseurs dans la recherche constante de qualité et de sécurité environnementale depuis la production jusqu’à l’approvisionnement. Nous poursuivons ainsi une série d’objectifs ambitieux à l’horizon 2020. Responsabilisés à l’impact environnemental à travers le Carbon Disclosure Project, 100 % de nos fournisseurs participeront à notre programme de développement durable et 100 % de tous les nouveaux produits devront présenter un profil environnemental ou social amélioré tout en apportant un bénéfice équivalent, voire croissant, au consommateur. Au travers du volet achats solidaires de notre politique d’achats responsables, nous contribuerons également à l’objectif de faire accéder à l’emploi 100 000 personnes issues de communautés en difficulté sociale ou financière. Nous nous sommes aussi engagés à ce que 100 % de nos matières premières renouvelables soient sourcées de façon durable d’ici à 2020, avec pour objectif la zéro déforestation.

Toutes les catégories sont-elles aussi engagées ?

La RSE est l’un des cinq critères de performance pour tous nos appels d’offres, avec la compétitivité, la qualité, le service, l’innovation. A elle seule, elle compte systématiquement pour 20 % de la note et tous les acheteurs ont des objectifs sur ce sujet. Dernièrement, nous avons réalisé une enquête auprès de nos acheteurs et cet engagement est d’ailleurs un des points qui remontent comme l’une des plus fortes sources de motivation.

Quels seront les plus grands défis à relever par les Achats dans les trois ans à venir ?

Les Achats devront continuer à s’adapter très vite aux évolutions de notre environnement et être les oreilles du groupe sur le marché fournisseur. Ils devront aussi conserver ces éléments caractéristiques de L’Oréal, que sont la capacité d’innovation, la proximité avec le consommateur et la responsabilité sociale et environnementale. Enfin, l’éthique des achats est une dimension extrêmement importante chez L’Oréal.
Portrait
Régine Lucas (48 ans, ESC Tours) est directrice des achats de L’Oréal depuis janvier 2013. Elle était, dans ses précédentes fonctions, directrice des achats du groupe AXA. Avant de rejoindre l’assureur en 2010, elle a évolué pendant 18 ans au sein du groupe Danone, où elle a notamment exercé les responsabilités de directrice des achats France. Elle a commencé sa carrière chez Mars, en travaillant successivement dans les fonctions vente, contrôle de gestion et achats.

En chiffres
L'Oréal
Cosmétiques
Chiffre d’affaires : 22,3 Mds d’€
Effectif total : 82 900 personnes
Montant des achats : 9 Mds d’€
Effectif achats : 700 personnes

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