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La Lettre des Achats - Novembre 2015 N°243
Novembre 2015

Tendances

Entretien

Jean-Louis Liévin - Fondateur d’Idexlab
« Rapprocher les directions des achats et de l’innovation va de soi  »

Par Guillaume Trécan

Jean-Louis Liévin - Fondateur d’Idexlab

« Rapprocher les directions des achats et de l’innovation va de soi  »

Fondateur d’une plate-forme de mise en relation entre experts et prescripteurs d’innovations, l’ancien directeur de la recherche et de l’innovation de British Telecom, Jean-Louis Liévin, estime que si les directions achats se positionnent encore rarement sur le sujet, cela ne devrait pas tarder à changer.

Votre société est spécialisée dans l’open innovation. Quel est son objet ?

Idexlab s’est constituée autour d’une plate-forme qui facilite la mise en relation entre entreprises et experts, des individus comme des sociétés. En travaillant à partir de diverses traces laissés sur le web – publications scientifiques, dépôts de brevets, articles, etc – notre moteur de recherche est capable de repérer des profils pointus sur des thématiques pointues. Nous mettons en relation des gens qui ont une expertise, mais pas forcément d’idée d’application avec ceux qui ont des idées d’application, mais pas l’expertise nécessaire pour les faire éclore. Lorsque la thématique sur laquelle la recherche est lancée est plus mature, nous recherchons en général des entreprises innovantes, plutôt que des universitaires. Ce cas de figure est de plus en plus fréquent. L’usage de notre plate-forme est ouvert sur abonnement et nous proposons également des services d’accompagnement. Nous aidons les entreprises à bien formuler le problème qu’ils cherchent à résoudre. S’ils pensent devoir se mettre en relation avec des experts, nous les aidons à bien cibler ces experts et à organiser une première interview pour préparer une mise en relation éventuelle.

Qui sont à l’heure actuelle les utilisateurs de votre plate-forme ?

Aujourd’hui, le cœur de nos clients est essentiellement composé de grands comptes et de sociétés internationales ; des sociétés comme Thales, Safran, Schneider Electric ou encore le groupe Seb… Soit de grandes entreprises à fort potentiel d’innovation, intervenant sur tous les marchés dans le monde. Notre implication au côté de partenaires européens, dans le projet OpeniSME (Small and Medium Enterprise), qui a pour objectif de développer l’open innovation auprès des PME élargit notre cible (voir encadré en page 7). Nous avons également maintenant parmi nos clients des PME anglaises, allemandes, slovènes ou encore grecques.
Au sein de ces entreprises quelles sont les fonctions qui vous sollicitent pour rechercher des expertises ?
Dans les PME, c’est le plus souvent le patron ou bien une personne en charge de la recherche et de l’innovation. Dans les grandes entreprises, aujourd’hui nos interlocuteurs naturels sont les directions R&D, ou les directions de l’innovation. Mais les achats devraient être de plus en plus présents dans les années qui viennent du fait du besoin croissant d’outils permettant de trouver des fournisseurs innovants. Aujourd’hui, faute d’outil structuré pour le faire, identifier un fournisseur innovant sur une technologie extrêmement pointue demeure difficile. C’est pourtant un gage de compétitivité important pour les entreprises et certaines ont déjà pris conscience de l’importance d’avoir des fournisseurs de plus en plus dynamiques et d’être capable d’en rechercher des nouveaux rapidement, lorsqu’il est question de répondre à une nouvelle thématique.

L’implication des achats dans la recherche d’expertises innovantes est donc encore un phénomène rare ?

Certains groupes industriels ont pris les devants, notamment Safran, dont la direction de l’innovation et la direction des achats sont extrêmement proches, de sorte que la dimension innovation puisse être intégrée dans les achats et, réciproquement, la démarche achats dans l’innovation. Ce rapprochement est exemplaire car il permet de faire gagner beaucoup de temps et surtout d’éviter d’en faire perdre aux entreprises innovantes qui sont sollicitées. Mais tous les groupes ne sont pas dans cette optique.

Pourquoi ?

La plupart de ceux qui ne le font pas n’ont tout simplement pas anticipé le phénomène d’accélération liée à l’open innovation et à ces nouvelles pratiques. Le rapprochement entre achats et innovation, est le fruit d’une prise de conscience que l’innovation est un élément clef de compétitivité et qu’elle va de plus en plus vite. Cette évolution impacte un grand nombre de dimensions, notamment la dimension organisationnelle et dans ce sens la nécessité de rapprocher les directions des achats et de l’innovation va de soi.

Lorsqu’une entreprise est connectée au bon partenaire en innovation, que faut-il pour que la relation soit une réussite ?

Une relation réussie se prépare en amont, avant même qu’il y ait mise en relation. Pour aboutir à l’énoncé d’un problème clair, il faut au préalable définir correctement la question que l’on se pose et les raisons pour lesquelles on cherche à se mettre en relation avec un fournisseur. La deuxième obligation c’est d’avoir réfléchi en amont sur certains points contractuels, en particulier ceux qui concernent la politique de propriété intellectuelle que l’on est prêt à mettre en œuvre dans une relation partenariale. Si cette question n’est pas envisagée en amont, le risque est grand de devoir ensuite faire face à des déconvenues et, au moins, de perdre énormément de temps. Il faut s’assurer que l’entreprise que l’on sollicite a bien compris le besoin, qu’il n’y a pas d’ambigüité sur l’urgence de ce besoin et le niveau de maturité de l’innovation recherchée.

Quelle est la prochaine étape pour votre société ?

Nous lançons un service baptisé S4* qui va permettre de rechercher de l’information, de la sauvegarder, de la structurer et de la partager, pas seulement pour des entreprises mais aussi pour n’importe quel utilisateur qui s’intéresse à l’innovation à titre individuel. Il peut s’agir d’un étudiant comme du salarié d’une grande entreprise désireux de progresser dans sa fonction, d’avoir de nouvelles idées, voire de trouver de nouveaux partenaires experts pour progresser. L’idée derrière ce nouveau service est de stimuler la mise en relation afin d’être capable, à terme, de constituer un réseau social autour de l’innovation collaborative, en s’appuyant sur la communauté d’experts pointus dans leur domaine respectif que notre moteur de recherche permet d’identifier. Nous pensons qu’il y a une vraie demande aujourd’hui pour ce type de services.

* Search, Save, Structure & Share
Une startup ouverte sur l’Europe
Idexlab, qui bénéficie encore du statut de startup, emploie une dizaine de personnes autour d’une idée simple : partir d’une problématique et rechercher les experts les plus pertinents pour travailler sur la réponse adéquate. La société utilise pour cela un moteur de recherche travaillant sur la sémantique o-développé avec une société slovène. Cet outil a fait l’objet d’un dépôt de brevet. Idexlab cultive son ouverture européenne en participant avec sa plate-forme au projet OpeniSME (Open Platform for Innovative SME) qui vise à développer des outils pour soutenir et faciliter le processus d’innovation des PME. Porté par l’University College of London, OpeniSME mobilise les centres de recherche de six autres pays européens.

Portrait
Jean-Louis Liévin (PhD de physique de l’université d’Orsay, Master en économie de l’université de Paris I, Ensieg) est président d’Idexlab, société qu’il a co-fondé en 2011. Il a travaillé pendant plusieurs années pour Alcatel, dans des fonctions de développement produit et entre 1998 et 2002 comme VP stratégie et business développement. Il est ensuite passé chez British Telecom pour prendre en charge la mise sur le marché des projets de recherche et développement du groupe, puis pour y assumer les fonctions de directeur de la recherche et de l’innovation.





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